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morjane
24/02/2006, 16h27
La présidente Gloria Arroyo vient d'instaurer l'etat d'urgence aux Philippines suite à la tentative de coup d'Etat visant à la destituer. Plusieurs hauts responsables de l'armée et de la police ont été arrêtés.

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Ce qui avait commencé comme un épisode sans grande conséquence du folklore politique philippin - une énième tentative de coup d'Etat - a tourné, vendredi 24 février, à une sérieuse crise gouvernementale, avec la décision de la présidente Gloria Macapagal Arroyo de décréter l'état d'urgence devant un complot apparemment destiné à instituer une junte "transitoire".

La mise aux arrêts d'une dizaine de hauts gradés, annoncée par le chef d'état-major de la présidente, Michael Defensor, intervient à la veille du 20e anniversaire de la chute du dictateur Ferdinand Marcos devant la rébellion pacifique soutenue, en 1986, par l'armée et l'Eglise catholique. Le pouvoir présente aujourd'hui le commandant du régiment des Scout Rangers, le général de brigade Danilo Lim, comme le chef des mutins.

Sans promulguer la loi martiale - une terminologie qui évoquerait les mesures d'exception en cours de 1972 à 1986 -, Mme Arroyo a pris des dispositions similaires : rassemblements publics interdits, arrestations possibles sans mandat d'arrêt, blanc-seing donné à l'exécutif pour appeler l'armée à la rescousse et prendre le contrôle de sièges de médias au nom de la sécurité nationale. La troupe a été consignée par crainte de la voir se joindre aux manifestations antigouvernementales.

"Je déclare l'état d'urgence en raison d'une menace claire contre la nation", a dit Mme Arroyo dans une intervention télévisée suivant une réunion, à l'aube, dans son palais de Malacanang, à Manille, des organes de sécurité intérieure. "J'avertis ceux qui menacent le gouvernement : la loi pèsera de tout son poids contre votre trahison. Vous sapez les piliers d'une économie qui se renforçait", a-t-elle ajouté. Peu après, chevaux de frise, véhicules blindés et conteneurs maritimes étaient installés par l'armée sur les voies menant à Malacanang.

Le coup d'Etat, réel ou fictif, est un trait récurrent de la politique philippine, avec une dizaine de tentatives depuis 1986. Cette fois, l'alerte semble avoir été chaude. S'exprimant sur GMA7, la principale chaîne de télévision nationale, un militaire identifié comme "le capitaine Batingaw" et affirmant parler au nom d'un groupe dit Magdiwang, composé de jeunes officiers venant particulièrement des unités de "guerre spéciale" (Special Warfare), a déclaré jeudi vouloir, "dans le respect de la Constitution, (se) porter au secours du peuple philippin devant le contrôle d'une dirigeante qui a truqué des élections pour s'assurer de la victoire". L'un des griefs faits à Mme Arroyo porte sur des achats de voix lors de sa réélection de 2004. Aux yeux du "capitaine Batingaw", la solution ne peut passer que par une équipe militaire "de sept hommes pour une période de transition".

Depuis 2001, la présidente a conduit des réformes fiscales et sociales peu convaincantes et survécu à deux mutineries nourries par le mécontentement de secteurs défavorisés de la population.

Par Le Monde

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