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Voir la version complète : Le Maroc face aux lobbies du solaire


Raco
03/06/2010, 08h48
L’augmentation galopante des investissements, dans le domaine du solaire au niveau mondial, souligne la conviction grandissante des secteurs industriels et de la finance, ainsi que des politiques gouvernementales pour la rentabilité de ce marché. En avril 2009, l’Union Européenne a publié une directive, dont le mot d’ordre est: délocaliser la production d’électricité hors UE puis l’importer.

La politique européenne est très claire: la nécessité de contourner la dépendance à l’énergie fossile, pour disposer d’une ressource supplémentaire en période de crise, devient vitale. Aujourd’hui, les leaders mondiaux que sont la Chine, l’Espagne et les Etats-Unis, dopent leurs industries pour mieux se déployer sur le marché des énergies propres. Les Etats-Unis multiplient les financements publics pour le développement des technologies solaires, en accordant des subventions et des facilités à leurs industriels. Des actions de lobbying se font partout où le business est favorable et les alliances sont complexes. Prenez, par exemple, le cas des bailleurs de fonds, derrière lesquels se cachent des producteurs. Les bailleurs de fonds dopent les industries qu’ils financent, en fournissant des fonds aux projets que ces mêmes industries réalisent. Cette chaîne d’intérêt peut facilement faire basculer le débat d’un côté ou de l’autre.

Qui choisir? Gros dilemme… Rien que pour les deux premiers mois de l’année 2010, plusieurs approches, de la part des principaux pays leaders de l’industrie du solaire, ont eu lieu. En janvier, les Etats-Unis, intéressés par le projet national, ont chargé leur ambassadeur Samuel L. Kaplan de discuter, avec le ministère de tutelle, des possibilités de développer la coopération entre les deux pays. Le même mois, les représentants de l’Observatoire Méditerranéen de l’Energie se sont déplacés au Maroc pour discuter de projets de dessalement d’eau par le solaire thermique à concentration. Par ailleurs, Jean Luc Bodson, ambassadeur de Belgique au Maroc, s’est entretenu, deux semaines plus tard, avec la ministre de l’Energie, sur les possibilités de développer une coopération dans le domaine du renouvelable.

Les promoteurs du projet Desertec ont dépêché, en février dernier, Gerhard Knies, responsable du projet, pour les mêmes objectifs: séduire les responsables marocains et s’assurer de l’adhésion du pays aux desseins de ce grand projet maghrébin. La France, premier partenaire du Royaume, a eu droit à un traitement de faveur. C’est à Paris qu’Amina Benkhadra a choisi de faire sa première sortie à l’international, pour ce projet. Le 10 mars dernier, à l’issue d’une présentation du plan solaire marocain, la ministre de l’Energie a signé un partenariat institutionnel, technique et financier, afin d’assurer le succès du plan.

Quelques entreprises asiatiques ont également exprimé leur intérêt pour ce projet solaire, notamment la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Bien que les pays européens puissent, à priori, être considérés favoris pour le plan solaire national, il ne faut pas sous-estimer la Chine, qui peut peser de tout son poids industriel. Mais, si les dimensions technique et industrielle sont une maîtrise asiatique, les fonds et les financements sont soit européens soit américains.

Les fonds marocains ont leur mot à dire Au Maroc et, malgré la crise de liquidité qui pointe du nez, plusieurs investisseurs institutionnels et des fonds dédiés au financement des énergies renouvelables, ont manifesté leur résignation à mettre la main à la pâte pour le projet solaire. En tête de file, le Moroccan Infrastructure Fund (MIF), un fonds de capital investissement monté par Attijariwafa Bank, doté de 805 millions de dirhams et principalement dédié au développement de projets d’infrastructures au Maroc. Son directeur, Samir Belrhandoria, a toutefois noté, lors de la conférence-débat organisée par le MASEN, l’absence d’un cadre de subventions financières ou fiscales pour la production d’énergie renouvelable au Maroc, notamment sous forme de tarifs d’achat. «Si l’Allemagne possède la puissance installée la plus importante dans le monde, la raison principale réside dans les tarifs incitatifs d’achat qui sont les plus élevés en Europe, avec 461 euros /MWh», rappelle Belrhandoria.

De même, le MIF ne cache pas le fait que le paramètre technologique compte beaucoup pour les bailleurs de fonds. «Il faudrait idéalement utiliser un «mix technologique» des deux options (PV et CSP) permettant d’obtenir, à la fois, une solution rentable et pratique», a insisté Belrhandoria. Autre son de cloche, du côté des banques-conseils. Pour Youssef Rouissi, directeur de la banque de financement d’Attijariwafa Bank, «en matière de financement dans l’électricité, deux approches sont possibles. La première peut directement se faire soit par l’ONE soit par l’investisseur privé et une seconde, réalisée par le secteur privé mais dans une approche de partenariat public/privé».

La seconde approche est plus sollicitée, vu les montants d’investissement en question. En effet, cette approche permet au partenaire de se projeter dans le très long terme, avec un partage des risques mais aussi des performances. «Les business models attractifs sont ceux qui proposent des incitations tarifaires et une approche IPP (independent power producer) incluant les dispositions Take or Pay», ajoute Rouissi. Les partenariats public/privé sont, de ce fait, un moyen adapté à la mise en œuvre de tels projets, dans la mesure où ils permettent une répartition des efforts à consentir entre les différents acteurs du programme.

Mais prudence ! Ce même modèle de partenariat public/privé est à l’origine du déséquilibre financier que connaît, aujourd’hui, l’ONE. Le projet solaire marocain est encore à ses balbutiements et, comme l’a si bien précisé Mustapha Bakkoury, «beaucoup d’interrogations d’ordre technique et financier restent sans réponse». Et d’ajouter: «le schéma institutionnel sera arrêté au moment des concessions».

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Novembre 2009, le Maroc prend de court le monde entier, en annonçant son plan solaire gigantesque, d’une puissance de 2.000 MW, pour un investissement estimé à 9 milliards de dollars.

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