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zek
07/07/2010, 20h58
Tripoli dépense des milliards pour moderniser le pays. Une aubaine pour les entreprises étrangères et les proches de Kadhafi, alors que 8% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté

La Libye multiplie des missions commerciales et économiques pour attirer les investisseurs étrangers. Dernière en date, elle a tenu salon mardi à Londres où il a été question de contrats. La précédente a eu lieu à Tripoli même en mars, en présence d’une centaine d’entreprises américaines, européennes et asiatiques.

Depuis la levée de l’embargo en 2003, qui l’a frappé durant une décennie, le pays a hâte de se reconstruire. Tout est à faire. Tant dans le pétrole et le gaz, dont les réserves sont parmi les plus importantes au monde, que dans les infrastructures (route, rail, télécommunications, électricité, eau).

Les moyens ne font pas défaut. Selon Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cernam) à Genève, un plan quinquennal de développement prévoit d’investir 65 milliards de dollars. Un autre organisme gouvernemental, la Libyan Investment Authority, dispose de 130 milliards pour le développement et l’armement. A ne pas confondre avec le fonds souverain libyen doté de 100 milliards et dont la mission est de faire des acquisitions à l’étranger.

Les entreprises étrangères n’hésitent pas à déployer les grands moyens, y compris le trafic d’influences d’Etat, pour décrocher les contrats. La semaine passée, c’est le secrétaire d’Etat français aux Transports, Dominique Bussereau, qui a assisté à la signature d’une commande d’un paquebot de croisière auprès du chantier naval de Saint-Nazaire par l’armateur libyen GNMTC, pour 565 millions d’euros. Salué par Nicolas Sarkozy, ce contrat arrive à point nommé. Les 2280 salariés et autant d’emplois chez les sous-traitants n’avaient qu’un seul engagement à jour. «Sans les bonnes relations, il n’y aurait pas eu de contrat», a avoué Dominique Bussereau.

L’axe Londres-Tripoli fonctionne aussi à merveille. Dans le Daily Mail du 5 juin, Saif al-Islam Kadhafi a révélé que l’ancien premier ministre Tony Blair travaillait pour le fonds souverain libyen et était devenu un proche ami de son père. L’entourage de Tony Blair a démenti, mais la révélation fait penser aux documents publiés par The Observer en août 2009, selon lesquels les autorités britanniques au plus haut niveau avaient traité des contrats, notamment pour Shell et BP.

«Ce sont les mêmes types de bonnes relations qui ont permis à des dizaines d’entreprises italiennes de décrocher des contrats en Libye, dans le pétrole et le gaz, mais aussi dans les infrastructures, explique Hasni Abidi. La Grèce a aussi sollicité l’aide libyenne dans cet esprit.»

Les entreprises suisses ne participent pas moins à la course aux contrats libyens. En 2004, une délégation commerciale a visité Tripoli avec un certain succès. L’affaire des otages a empoisonné les relations entre la Suisse et la Libye, mais les affaires devraient retourner à la normale. En septembre, ABB disait qu’il n’était pas question de quitter la Libye.

Une société à deux vitesses

Les milliards et les contrats ne font cependant pas le bonheur de tous les Libyens. Hasni Abidi décrit une société à deux vitesses. «Les hôpitaux manquent d’équipements, raison pour laquelle les riches se font traiter à l’étranger. Le système d’éducation est peu performant et, jusqu’à récemment, l’enseignement de toute langue étrangère était interdit. Le chômage touche 20% des jeunes.» En 2009, le PIB par habitant était estimé à 14 600 dollars par année, mais 8% de la population, sur un total de 6,3 millions, vit au-dessous du seuil de pauvreté.

Ram Etwareea
Le Temps

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