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chegevara
09/08/2010, 08h49
http://www.youtube.com/v/qQZ1QJRzWQw&hl=fr_FR&fs=1
Pour les Constantinois, les habitués de ce moyen de transport, la ligne ouverte en 2008, entre les hauteurs de la banlieue nord et la place de Souk El Asser, en passant par le CHU, est devenue un passage obligé pour ceux qui désirent rejoindre le centre-ville, où tous les flux convergent vers les artères animées, notamment les rues commerçantes de Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Meriem Bouatoura, Abdellah Bouhroum et 19 Juin 1965, lesquelles débouchent sur les venelles de la vieille ville. Pour le touriste avide de découvertes et d’explorations, c’est un périple qui commence à 800 m d’altitude pour traverser les pages de l’histoire d’une ville plus de deux fois millénaire. La télécabine se lance dans le vide à partir de la pointe nord du plateau du Mansourah. La sensation première de vertige étrange s’estompe à la vue des paysages magnifiques de la ville.
Falaises de Fedj Errih

En survolant le terrain Tennoudji, dans la partie supérieure de la cité Emir Abdelkader, autrefois abritant une ancienne ferme coloniale, l’on peut voir, à droite, la cité Halbedel, perchée comme un nid, surplombant les falaises de Fedj Errih. En contrebas, la rue Pierre et Marie Curie sépare de petits îlots où ont été érigées des constructions d’une architecture simple et conviviale, avec un petit jardin autour, un étage avec balcon donnant sur la rue, et toits en tuiles rouges. Des maisons qui n’ont rien perdu de leur charme au fil des ans. Le quartier était autrefois habité par les familles françaises de la classe moyenne, qui ont quitté la ville en 1962 ; mais il y avait aussi des familles algériennes. Là, juste derrière le lycée des Frères Beskri (ex-Ecole normale de garçons), à quelques encablures de l’école Rokia Ghimouz (ex-école Bianco), à l’extrémité de la rue Mohamed Boumaghoura (ex-sergent Marcel Gurriet), se trouve le domicile familial des Haddad, dont le fils est le célèbre écrivain Malek Haddad.
La cabine continue sa descente vers le CHU, où l’on peut voir, loin à droite, le cimetière israélite qui surplombe la cité Mohamed Loucif (ex-Gaillard) et le fameux bâtiment Picasso (rien à voir avec le célèbre artiste), qui d’ailleurs ne passe pas inaperçu, alors qu’apparaissent à gauche les immeubles de la cité des Frères Bouchama (ex-Chemin des dames), et ceux de Bab El Kantara, où l’on peut apercevoir de loin la bâtisse imposante du lycée Hihi El Mekki. Il fait chaud à l’intérieur de la cabine. Le système de climatisation ne fonctionne plus. Même les programmes de la radio locale, qu’on pouvait écouter il y a quelques mois, n’accompagnent plus les passagers. On n’entend que le silence et les vibrations à l’approche des pylônes. Le plus important dans ce projet reste la haute technicité et la qualité des travaux réalisés par des entreprises algériennes, notamment lors de l’implantation des pylônes sur des pieux ancrés dans la roche à une profondeur de 3,5m. Pour rappel, le projet du téléphérique a été réceptionné clé en main pour un montant de 1,1 milliard de dinars. Il permet d’assurer le transport de 25 000 passagers par jour grâce à 33 cabines, d’une capacité de 15 places chacune, capables de traverser 1 516 m, à une altitude de 800 m, entre la station de Tennoudji à la rue Tatache en une dizaine de minutes.
Vue pittoresque sur les gorges du Rhummel

Station du CHU Benbadis. Située à six minutes de la station Tennoudji, on l’appelle aussi la station intermédiaire. Difficile d’y trouver une place avant et après les heures de visite des malades. Cette partie du téléphérique est de loin la plus attractive. Reliant les deux parties du rocher, entre le CHU et la station Tatache Belkacem, dans le vieux quartier de Charaâ, autrefois habité par les Juifs de Constantine jusqu’à l’indépendance, celle-ci offre une vue pittoresque sur le gorges du Rhummel. Un décor naturel qui ne laisse personne indifférent. Dans un rapport paru en 1848 sous l’intitulé « L’Algérie et les États tripolitains », le capitaine de Génie, Carette, qui a accompagné les troupes françaises lors de l’expédition de 1837, décrit le Vieux Rocher en ces termes : « Il est difficile d’échapper à un sentiment mêlé d’étonnement, de respect, et presque d’effroi, lorsque, pour la première fois, l’on se trouve en face de cette ville étrange, de ce nid d’aigle, comme on l’a dit souvent, qui fut la capitale de la Numidie-royaume et de la Numidie-province, et dont la conquête a été pour la domination française elle-même un si puissant auxiliaire, un si utile enseignement. » Dans la télécabine qui prend son envol, le passager, pris d’un étrange vertige, est émerveillé par un paysage aux reliefs uniques au monde.
Sur la pointe nord-ouest du rocher, culmine le Monument aux morts, dominant la vallée du Rhummel, avec ses cascades, et la cité Sidi M’cid, accessible à partir de la route de la Corniche, creusée dans la roche, juste en contrebas du fameux pont suspendu, l’un des symboles de la ville, élevé à 110m de hauteur et reliant le boulevard de l’Abîme à la route de l’hôpital. Entre la rive sud et la rive nord du rocher, une autre passerelle a été construite dans le quartier de Bab El Kantara, en référence à l’une des anciennes portes de la ville. Apparent grâce à son grand arc, l’ouvrage, érigé du temps de Salah Bey, sera reconstruit par les Français après avoir subi les dégâts des deux expéditions de 1836 et 1837. Selon la légende, rapportée par certains historiens, les anciens habitants de la ville comparaient l’antique Cirta à un burnous déployé, et assignent à la pointe sud, occupée par La Casbah, la place du capuchon. flaubert, dumas…
On ne peut parler de Constantine sans citer les gorges du Rhummel. La cité doit d’ailleurs sa réputation de forteresse infranchissable et redoutable grâce à ce gouffre qui demeure l’une de ses plus belles attractions touristiques. Curiosité naturelle chargée d’histoire, les gorges du Rhummel ont marqué par leur beauté de nombreux voyageurs, dont des hommes de lettres célèbres, à l’instar de Gustave Flaubert, qui, en 1858, y fit une promenade équestre. L’on citera aussi Alexandre Dumas, Guy de Maupassant, et Théophile Gautier, auteur d’un drame constantinois : La Juive. La télécabine passe lentement au-dessus d’un arc rocheux, le fameux site dit Dhlamaite, en raison de l’obscurité des lieux marqués par une forte humidité et un froid glacial. En deux minutes, l’on rejoint la rue de la Belgique où fut érigé le lycée Rédha Houhou (ex-Duc d’Aumale), le plus ancien de Constantine, dont la bâtisse au style colonial domine majestueusement les berges du Rhummel. A la station Tatache Belkacem, la foule se disperse dans les artères de la Médina, où les commerces de tissus et de prêt-à-porter foisonnent à quelques encablures du marché populaire de Souk El Asser, véritable mecque des nostalgiques de la belle époque.


S.ARSLAN

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