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Voir la version complète : Adonis parle aux enfants a Tanger


Tizinissa
14/03/2006, 15h32
Adonis : N'écoutez-pas toujours vos pères et vos mères
Cette 10ème édition du Salon International du Livre de Tanger (2006) constitue une rencontre entre l'histoire de l'art et l'histoire de la littérature. Une occasion de rencontrer des artistes, écrivains, conteurs et Adonis. Adonis vous transmet un message, lequel ? Lisons...

Propos recueillis par Khalid FENSAB - Menara Juniors

Quand Adonis a-t-il écrit son premier poème ?

Adonis : J'ai écrit mon premier poème à l'âge de 13 ans. C'était enfin mon rêve que j'avais formulé dans ce poème. A ce jour, c'est le seul de mes rêves qui s'est réalisé, et c'est ce même rêve qui m'a permis d'être ce soir d'être parmi vous à Tanger.

Pouvez-nous parler un peu de ce poème ?

Je l'ai oublié, je me rappelle juste du rêve, celui d'être un grand poète.

Comment le poète doit-il communiquer avec l'enfant ? Doit-il investir dans sa petite mémoire pour en faire de lui un passionné de la poésie ?

Le poète doit apprendre de l'enfant, son rôle est de devenir un enfant et de laisser s'exprimer l'enfant qui dort en lui. Il n'est pas tenu d'enseigner quoi que ce soit, le poète n'est pas un instituteur. C'est nous qui devons apprendre des enfants.

Quels conseils pouvez-vous donner à tous les enfants qui rêvent de devenir des poètes ?

Je leur dis : " N'écoutez-pas toujours vos pères et vos mères. Créez votre propre marge de liberté vis-à-vis d'eux, mais, respectez-les. Respectez vos parents même quand vous vous révoltez contre eux". (Sourire). La plus belle expression de la loyauté d'un enfant envers son père, c'est quand il se révolte contre lui. C'est le plus beau signe de loyauté. (Silence puis sourire).

Un petit mot pour les fidèles internautes de Menara Junior ?

J'aimerais bien écouter parler les enfants du Maroc, ce qu'ils disent et ce qu'ils pensent, ensuite je leur parlerai.

Tizinissa
14/03/2006, 20h55
Hier

J'ai fermé la porte de ma chambre avec la prime étoile
J'ai tiré l'unique rideau et j'ai dormi avec ses lettres
Et voilà l'oreiller mouillé et les mots pleins

je suis magicien, son nom est encens et encensoir
je suis magicien, elle est étincelles et temple aux primes braise
je m'étends dans l'épaisseur de la fumée
je dessine les signes
je jette un charme à sa blessure
L'efface avec ma peau
O toi blessure ô enfer éclairant
Ô toi blessure ô mort ma familière

Dans la blessure il y a des tours avec des anges
Une rivière ferme ses portes, des herbes marchent
Un homme se dénude
Il effeuille la myrte sèche et il rend grâces,
L'eau tombe goutte à goutte sur sa tête,
Il se prosterne et disparaît

je rêve -
Je lave la terre jusqu'au miroir
je la frappe d'une muraille de nuages d'une haie de feu
Et je bâtis une coupole de larmes je les façonne

Que m'as-tu préparé comme ultime cadeau?
« - Ma chemise, celle qui le jour des noces nous entourait.
Et je descendrai avec toi dans la tombe
Pour te rendre facile la mort de l'amour

te mélange avec mon eau et je te donne à boire à la mort
je te donne mon bien: la tombe et la gratuité de la mort. »


Une fois je l'ai vue sur la terre un flacon
Mer qui se penche
Pleine de conques et créatures réincarnées


Oiseaux et ailes
Et lors j'ai dit
Que la transparence de femme soit la transparence du ciel
Que le monde devienne une pierre de sexe


Et je la verrai mer qui se penche
J'aimerai son écume et creuserai pour elle un coin près
de mon oeil


je jurerai aux vagues qu'elles sont mes voisines
Promenant selon leur sel mes angoisses
Elles veillant avec moi ou s'endormant
Lisent en moi leur propre écho:
Il dit: (Tu es ange et tu ne vois que sous la peau
C'est entre toi et l'ange l'unique ressemblance
Ne veux-tu découvrir le continent des profondeurs?
Donc, abandonne
À quelque autre que toi le continent des cimes.)


(Traduction de Martine Faideau) © Poésie 1 juin 2001

Source (http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/adonis.html)

elisa
15/03/2006, 00h42
amour , fraîcheur , candeur , légèreté , force , plein de belles choses avec ces mots bien ensemble ! Merci Tizi !