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zek
03/09/2010, 21h00
L’artiste JR colle une image géante sur un silo. Provocation ?

http://img155.imageshack.us/img155/5476/minaret.jpg

Entre mercredi et jeudi, un minaret de 40 mètres de hauteur a été érigé en amont de la gare de Vevey, sur un ancien silo à grain. L’artiste français JR, invité du festival d’arts visuels Images, a collé avec son équipe l’image géante. Celle-ci est un détail d’une photo prise par le duo Lehnert & Landrock en Afrique du Nord au début du XXe siècle.

Le minaret collé sur le silo est l’une des quinze interventions de JR sur les murs de Vevey. L’exposition, baptisée Unframed (décadré), est une collaboration entre l’artiste, le festival Images et le Musée de l’Elysée de Lausanne, où ont été puisées les images historiques qui servent de base au projet.

Un minaret de 40 mètres en pleine ville lémanique, quelques mois après un vote dont l’issue a été âprement discutée, est-ce raisonnable? JR se défend de toute provocation gratuite, ou de message politique. L’idée, racontait-il jeudi matin à Vevey, est une conséquence directe de sa manière de travailler. Que ce soit à Paris, Amsterdam, Jérusalem ou Rio, où il est déjà intervenu, JR commence par s’intéresser à l’espace construit: telle façade, telle structure, tel pont. Puis il choisit ses images en conséquence, «pour que le dialogue entre la photo et l’architecture fasse sens, à cet endroit précis, pour les gens sur place».

«Mon art est engageant»

Dès lors, poursuit le jeune artiste parisien, «lorsque j’ai découvert le grand silo de Vevey, je me suis demandé ce que je pourrais bien trouver comme image qui contraste avec ce bâtiment. Je suis alors tombé sur la photo de Lehnert & Landrock prise en Algérie. C’est un minaret rond qui n’est plus du tout de notre époque. Aujourd’hui, ces structures religieuses sont toutes carrées.»

Si on lui demande s’il est musulman, ou religieux, JR répond par la négative: «Non. Je crois au religos, à ce qui relie les personnes entre elles. Mais peu importe: mon rôle d’artiste n’est pas d’apporter des réponses, mais de soulever des questions. En particulier sur le sens des images, sur la distance problématique que nous avons avec elles. Car nous avons tous un peu trop tendance à voir le pire dans chacune d’entre elles.»

Et de raconter que lorsqu’il a mis en place près du débarcadère de Vevey une image de Coréens endormis, des passants ont protesté devant cette photo de «clandestins morts asphyxiés dans un wagon». Lorsqu’une dame a avisé une photo géante de soldats embusqués collée sur une façade située près de la gare, elle a interpellé JR pour lui dire qu’elle trouvait l’image menaçante. L’artiste lui a expliqué la correspondance entre le bâtiment photographié pendant la Seconde Guerre mondiale et celui qui lui sert de support: vus de loin, les deux façades coïncident parfaitement, jusqu’à en devenir un trompe-l’œil.

Avec le minaret, il ne s’agit de tromper personne, simplement de susciter un dialogue: «Lorsque j’ai collé des photos d’imams et de rabbins côte à côte sur le mur de séparation à Jérusalem, beaucoup ont eu peur que mon propos soit ressenti comme une provocation. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Un dialogue s’est engagé. Depuis, à cet endroit, le mur s’est couvert d’œuvres. Mon art n’est pas engagé. Il est engageant.»

Luc Debraine
Le Temps

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