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04/10/2010, 11h49
Electricité : le Maroc profite de la chute des prix en Espagne et achète au lieu de produire

A fin juillet, il avait importé pour 3,3 milliards de DH, 2,5 fois plus que l'année dernière.
En contrepartie, des économies plus importantes ont été faites en coût de production.

L’interconnexion fonctionne bien avec l’Espagne. Cela a été particulièrement le cas pour cette année 2010 durant laquelle les importations d’électricité à partir du réseau espagnol ont atteint un chiffre record.
La facture que l’Office national de l’électricité (ONE) a dû payer aux opérateurs espagnols a atteint 3,3 milliards de DH à fin juillet contre seulement 1,3 milliard à la même période de l’année dernière.
A l’origine de cette hausse vertigineuse des importations, les prix largement abordables sur le marché espagnol. Comme le signale Abderrahim El Hafidi, directeur de l’énergie électrique au ministère de l’énergie et des mines, «l’interconnexion a fonctionné au maximum dans le cadre de l’arbitrage économique». En fait, les cours sur le marché espagnol ont touché leur plus bas niveau cette année. La récession économique que connaît ce pays a considérablement affecté la consommation locale d’électricité. Celle-ci a baissé d’environ 20%. Face à une demande fragile, les producteurs d’électricité locaux se sont retrouvés avec une offre surabondante. Du coup, les prix ont chuté. L’ONE en a ainsi largement profité. «Au prix proposé par le marché espagnol, il était économiquement plus intéressant de s’approvisionner sur ce marché que de produire», estime un expert en énergie électrique.

Les centrales électriques ont tourné au ralenti

Pourtant, on croyait qu’on n’allait pas recourir à l’importation massive de ce produit durant cette année. Les pluies abondantes ainsi que le taux de remplissage des barrages laissaient supposer que les centrales électriques, notamment hydrauliques, tourneraient à fond. Rien de cela ne s’est produit. Bien au contraire. Selon un responsable de l’ONE, la plupart de ces unités ont fonctionné au ralenti, du moins pendant les premiers mois de l’année. A l’exception des installations des opérateurs privés, notamment JLEC (dont la production doit impérativement être rachetée par l’opérateur national conformément au contrat qui lie les deux parties), la plupart des centrales ont fonctionné bien en deçà de leur capacité maximale. En premier lieu, les centrales fonctionnant aux turbines à gaz dont le coût de production est très élevé.
Quant aux centrales hydrauliques, elles ne sont pas de toute façon importantes dans le processus de production de l’opérateur national. D’ailleurs, la part de l’électricité d’origine hydraulique dans la consommation nationale n’est pas encore très significative. Elle représente à peine 14% et elle baisse considérablement lorsque le pays fait appel à des importations massives d’électricité. En outre, comme nous l’explique ce cadre du ministère de l’énergie, «la politique de l’Etat place la production de l’électricité en troisième position dans les priorités des barrages derrière l’agriculture et la production de l’eau potable».
Pour autant, auprès de l’ONE, on rassure que l’approvisionnement à partir de l’Espagne ne s’est pas fait au détriment de la production nationale. Bien au contraire, «[l’office] a profité de cette conjoncture pour procéder à des opérations de maintenance et d’entretien dans plusieurs centrales», explique-t-on. On pourrait cependant être tenté de se demander pourquoi les pouvoirs publics continuent à investir dans des installations de production électrique. En effet, après la mise en service de plusieurs centrales, l’Etat est en train de réaliser plusieurs projets dont en particulier ceux de Kénitra (300 MW), Jorf Lasfar (700 MW), Safi (1 320 MW) et Tarfaya (100 MW).
«Pendant les périodes de pointe, il nous arrive de faire tourner toutes les installations pour subvenir à la demande pressante et là même le réseau de l’interconnexion ne peut absolument pas résoudre seul le problème», confie un responsable de l’ONE.
Autrement dit, faire appel à l’électricité espagnole et même algérienne n’empêche pas l’Etat de renforcer ses capacités de production pour une meilleure optimisation des ressources et surtout pour faire face aux pointes de consommation.
Par ailleurs, une hausse vertigineuse des importations est synonyme de sorties importantes de devises. Il faut relativiser cependant car la production nationale de l’électricité est essentiellement à base de charbon qui, lui, est également importé. Autant dire qu’en important aussi bien le produit fini que la matière première pour le même résultat final, la facture à payer en devises ne change pas beaucoup.

Hakim Challot

la vie eco

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