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nacer-eddine06
04/10/2010, 12h41
BERLIN - La nouvelle gare de Stuttgart (sud), mais aussi une centrale à charbon, un barrage, des lignes à haute tension: en Allemagne, le nombre de grands chantiers bloqués ou ralentis à cause de l'opposition des riverains explose, au grand dam des industriels.
A Stuttgart, c'est le projet de réaménagement géant de la gare, avec creusement de tunnels et arrachage d'arbres, qui déchaîne les passions.
Depuis plusieurs semaines, des manifestations, emmenées par les écologistes, agitent la ville. Elles ont donné lieu à des affrontements entre participants et police la semaine dernière.
Sans provoquer de mobilisations aussi spectaculaires, plusieurs grands chantiers en Allemagne butent depuis plusieurs mois, voire années, sur l'opposition des riverains, sous forme de manifestations, de référendums locaux ou d'offensives juridiques, au point que le quotidien des affaires Handelsblatt titrait lundi: "la République bloquée."
Les secteurs les plus touchés sont le transport aérien et l'énergie.
A Francfort, plus grand aéroport d'Allemagne, un interminable conflit à propos des nuisances sonores empêche l'exploitation d'une nouvelle piste.
A Berlin, des voix commencent à s'élever contre les nuisances que causerait le futur grand aéroport Berlin Brandebourg International (BBI), qui doit commencer à fonctionner en 2012.
Côté énergie, c'est la construction d'une centrale à charbon géante à Datteln, dans le bassin industriel de la Ruhr (ouest), qui fait le plus de bruit.
Les travaux, menés par le groupe EON, ne cessent depuis plusieurs mois de s'interrompre puis de reprendre sporadiquement au gré des décisions de justice.
Les riverains de la future centrale, qui craignent pour leur santé et l'environnement, sont à l'origine de ces blocages. Ils ont en particulier décelé des failles dans l'attribution des permis de construire.
EON a reporté d'au moins un an la mise en service, prévue en 2011. Le groupe, qui a déjà englouti 900 millions d'euros dans les travaux, ne risque pas seulement de ne jamais voir tourner sa centrale: il pourrait aussi devoir payer son démontage, estimé à une somme au moins équivalente.
Mais au-delà de cet exemple de centrale conventionnelle, "c'est pour les énergies renouvelables que je me fais le plus de souci", explique à l'AFP Claudia Kemfert, experte en énergie de l'institut de recherche DIW.
"En ce moment en Allemagne, on descend dans la rue contre l'atome et le charbon, mais on ne veut pas non plus de centrales à biomasse, de nouvelles lignes électriques, de nouvelles éoliennes....", énumère Mme Kemfert.
Un site internet comme "Windkraftgegner.de" rassemble ainsi diverses initiatives locales visant à empêcher la construction de nouvelles éoliennes.
La mise en place des lignes à haute tension, indispensables pour amener l'électricité produite dans les régions venteuses du nord jusqu'aux bassins d'activité du sud, est également bloquée ou retardée.
"Si l'Allemagne veut atteindre ses objectifs de 80% d'électricité verte en 2050, la population doit suivre", s'inquiète la chercheuse.
(©AFP / 04 octobre 2010 13h05)

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