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Voir la version complète : Sahara Occidental : Les mots pour dire les choses


Raco
20/11/2010, 10h57
Proches dans le temps, les deux événements n’ont pas connu le même retentissement médiatique. Sur Yahoo et sur Google, le nom de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud envahissait l’espace réservé aux actualités. Ce responsable du Polisario en rupture de ban et converti aux thèses du Palais royal marocain méritait peut-être ou méritait certainement le bruit fait autour de son arrestation par le Polisario.

Le fait n’est quand même pas banal de changer du tout au tout ses convictions et d’aller défendre sa nouvelle religion auprès de ses anciens compagnons. Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud savait le sort que réservent les partis à ceux qu’ils considèrent comme «renégats». Il a eu de panache, donc, ou s’était assuré de solides arrières avant de s’aventurer dans le prosélytisme de la doctrine royale.

Il s’en est bien tiré, devenu héros du réalisme politique à la veille d’une rencontre de plus dans les rencontres «informelles» entre le Palais et le Polisario qu’organise depuis trente-cinq ans l’ONU elle-même, hors de son cadre et de ses résolutions. C’est quoi une rencontre informelle ? C’est au moins une rencontre sans les contraintes du droit. En trente-cinq ans, ces rencontres ont transformé le Polisario et son armée de libération capable de peser sur les rapports de force en réfugiés.

Trente-cinq ans de rencontres informelles qui ont transformé une cause politique en problème «humanitaire» et fait d’un peuple fier des réfugiés en déshérence, des nécessiteux en attente des aides extérieures, des indigents en charge de la communauté internationale. Peu importe comment les choses en sont arrivées à cette situation. Toujours est-il que la lutte politique n’a pas relayé l’abandon de la lutte armée comme si le cas du FLN en Algérie et du FNL au Vietnam n’avaient pas montré qu’aucune négociation ne peut aboutir pour les peuples si elle ne se mène pas en même temps que la résistance et la lutte. Si on ne mène pas les négociations comme un moment de la lutte.

Peu importe donc comment on en est arrivé là. On peut évoquer le mur construit avec l’aide d’Israël car cela peut nous rappeler utilement que ce dernier est plus proche que nous croyons. On peut rappeler que cette option a coïncidé avec la désaffection, ici et ailleurs, pour le socialisme et l’anti-impérialisme et un penchant immodéré pour l’infitah, le libéralisme, le libre-échange, bref pour l’économie de marché alias l’économie capitaliste, dont les maîtres occidentaux, l’Etat français en tête, tenaient aussi quelques clés pour la solution du conflit du Sahara occidental. Cela n’est pas spécifique au Sahara occidental. C’est encore plus dramatique pour la Palestine.

Alors que les dirigeants d’Israël, de droite ou de gauche, expliquent à leur peuple dans une impeccable dialectique de la lutte qu’il «faut négocier avec les Palestiniens comme s’ils ne leur faisaient pas la guerre et leur faire la guerre comme s’ils ne négociaient pas avec eux», Mahmoud Abbas serine aux Palestiniens qu’il a choisi entre la lutte et la négociation avec le résultat que l’on connaît.La couverture médiatique des aventures et mésaventures de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud semblait correspondre à un bon coup, bien préparé. Comme cela tombait la veille de la rencontre «informelle» entre le Polisario et le Palais royal, il faut avouer que cette «affaire» arrangeait réellement le Palais royal.

voilà-t-il pas que de l’intérieur du Polisario lui arrivait un soutien, mieux une confirmation que sa démarche rassemblait autour d’elle la grande majorité des Sahraouis, y compris au sein du Polisario ? Que la presse des magnats de la finance, outre-Méditerranée, en ait rajouté sur cette info ne pouvait étonner personne. L’autonomie au sein du Maroc reste quand même la thèse chérie de la France et de quelques autres Etats. Il suffit, comme pour la Palestine, de laisser le temps imposer des réalités du terrain impossibles à discuter.

A partir de quels facteurs décisifs des Sahraouis ont cassé le statu quo et sont entrés dans la lutte brisant la fausse alternative : lutte ou négociations ? Toutes les analyses ne sont pas disponibles. Mais, depuis un moment, il apparaît que les Sahraouis engagent des luttes politiques à l’intérieur même des territoires occupés. La grève de la faim d’Aminatou Haïder et celle des cent trente et un prisonniers sahraouis détenus dans les geôles marocaines restent les signes proches et les plus visibles que les militants sahraouis sont prêts à reprendre et à intensifier la lutte pour leur cause.

Le camp de protestation dressé près d’El Ayoun a largement contrebalancé l’effet de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud. Atout politique pour atout politique, le camp pesait nettement plus et le Polisario a eu le bon réflexe de laisser passer librement Mustapha Salma. La prise d’assaut de ce camp n’a pas mobilisé autant la presse. Les médias espagnols ont, selon tous les rapports de presse, largement couvert et plutôt critiqué la répression.

La presse française n’a pas mis le paquet et l’affaire a été vite enterrée. En gros, on nous a informés que des affrontements ont mené à la mort d’une dizaine de militaires marocains et de deux Sahraouis. Vraiment, pouvions-nous suffire de ce communiqué des autorités marocaines ? Une si grave disproportion dans les pertes ? Des soldats marocains si fragiles et si faciles à prendre pour des civils sahraouis ? Quelque chose dans la présentation de cette info choquait.

Comment le sort de Mustapha Salma, pour dirigeant politique qu’il soit, pouvait-il mobiliser infiniment plus que la prise d’assaut d’un camp de civils par des militaires marocains pas du tout réputés pour leur mollesse ? Ce traitement de l’info avait pour but d’écarter de nos esprits l’idée d’une répression marocaine. Un affrontement même grave, même opposant civils et militaires reste un affrontement ; une confrontation entre des forces inégales mais des forces quand même. C’est pour cela que ce bilan a été mis en avant. Deux jours et deux seulement : une confrontation très grave qui a débouché sur la mort d’une dizaine de militaires et de deux Sahraouis. Pas crédible du tout, bien sûr. Tout le monde en sera resté là, sur ce bilan. En deux jours, on a enterré la répression qui continue. Sur le plan professionnel, cette façon de reprendre l’info marocaine en signalant juste que les Sahraouis contestent s’appelle du neutralisme.

Le plus important est de reprendre les mots, les termes de la version marocaine et la vision qu’elle représente. Signaler que les Sahraouis contestent devient un maquillage de l’alignement sur le Maroc. Ce neutralisme est tout sauf de la neutralité. En un mot comme en cent, présenter les versions des protagonistes revient à ne pas présenter la réalité. Il n’y a aucun intérêt à nous présenter leurs versions, ce qui nous invite à renvoyer dos à dos les colonisateurs et les colonisés.

Il existe, en revanche, un devoir d’éthique de nous présenter les faits.Depuis toujours, le neutralisme est un alignement sur les puissants et sur les agresseurs. En soi, le devoir de vérité est une prise de position pour les opprimés car le neutralisme est un parti pris pour les oppresseurs. Aujourd’hui, le neutralisme a aussi gagné des titres de la presse algérienne. On y parle de guerre médiatique entre Polisario et royaume chérifien à propos de ce camp. Beaucoup de choses ont changé.

Post-scriptum :
1- Obama le communiste.

Saviez vous qu’Obama était communiste ? Non, vraiment ? Je l’ai appris grâce aux Américains. Quand vous proposez d’élargir l’assurance-maladie, vous êtes un dangereux communiste. Nous savions que la plupart des Américains ne situaient pas les pays auxquels ils font des guerres. Mais qu’ils aient cette vision de la répartition politique des gens, c’est effrayant. Ce manichéisme ne peut être le résultat d’une école performante et de programmes scolaires ouverts sur le monde et sur l’histoire réelle de l’humanité.

C’est forcément le fruit d’un immense appareil de mise en condition des gens. C’est le fruit de la presse, de la télé, du cinéma, etc. En fait, c’est le produit de la propagande, de la pensée unique imposée à tous. Et qu’à partir d’un schéma de base n’importe qui peut raconter n’importe quoi pourvu qu’il «travaille» dans ce schéma de base. Les Etats-Unis sont bien le pays du maccartisme ; le pays d’un «ennemi intérieur» qui n’a pas changé : le communisme. On voudrait en rire mais on ne peut pas. Le communisme vaincu politiquement avec la chute du mur de Berlin habite la Maison-Blanche ! C’est quand même ça Américains qui prennent Obama pour un communiste, qui élisent les présidents, qui décident de la guerre et de la paix pour le monde entier. Il y a de quoi avoir peur !

2- La démocratie du G20

Les dirigeants des plus grands pays du monde se sont réunis. Ils sont sortis en plein désaccord sur les réponses à apporter aux problèmes de notre époque. Ont-ils évité l’échec avec leur promesse de revenir l’an prochain ? C’est possible. Mais de quel droit décident-ils pour tous les autres pays que les leurs ? Vous entendez la réponse : du droit de la réalité. Cette réalité fait de leurs pays les pays dominants de l’économie mondiale et ferait d’eux les responsables de facto de la bonne santé de l’économie mondiale. La situation de fait est-elle opposable au droit ? Car on veut nous expliquer par-là qu’un gouvernement mondial devient nécessaire.

Nous ne pouvons en faire partie, nous ne pouvons le désigner par élection ou autre procédé «démocratique», nous ne pouvons le contrôler.
Les décisions essentielles sur les dossiers lourds mènent au désastre ou à la prospérité. Cette très démocratique façon de faire est-elle compatible avec les discours sur les valeurs démocratiques ou bien ces dernières ne sont-elles justement que celles de la grande finance ?
20-11-2010
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Par Mohamed Bouhamidi 20-11-2010

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