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Voir la version complète : Législatives en Égypte le 28 novembre : Le régime Moubarak à la croisée des chemins.


RoboCop
23/11/2010, 15h46
Des élections législatives se dérouleront en Égypte le 28 novembre. D'ordinaire, il s'agirait d'une simple formalité, même vue de l’étranger.

Mais, cette fois, elles sont suivies avec attention, car le pays peut connaître un séisme politique. Son Président, l’octogénaire Hosni Moubarak, qui dirige le pays d'une main de fer depuis près de 30 ans, a atteint ses limites.
Il souffle sur Le Caire comme un vent de changement qui arrive à survivre cette fois aux efforts faits par le régime pour l'étouffer. Ce qui y bruit est d’autant plus examiné à l’extérieur que ce qui va advenir aura, d’une façon ou d’une autre, des conséquences ailleurs dans le monde arabe. L'hypothèse audacieuse d'Ibrahim Eissa n’est pas si farfelue qu’elle en a l’air. Ce journaliste égyptien, figure de proue de l'opposition au régime de Moubarak, reste persuadé que la théorie des dominos est fonctionnelle à partir de son pays. Il a pris pour exemple l’aventure de George W. Bush en Irak où les États-Unis avaient caressé le rêve de voir s’implanter la démocratie qui se serait exportée, ipso facto, dans le monde arabo-musulman. L’Égypte a toujours constitué pour le monde un exemple et demeure, malgré tout, le poids lourd du monde arabe, via la Ligue arabe, par son leadership socioculturel et sa situation géographique, notamment de sa frontière avec Israël et de ses accès à la Méditerranée et à la mer Rouge ! Ce n’est pas sans raison si son pays demeure aujourd’hui encore au premier plan des priorités de nombreux pays, à commencer par les États-Unis qui versent d'ailleurs à cet allié crucial 1,5 milliard de dollars par année. Et ce n'est pas un hasard non plus si le président américain Obama a choisi en 2009 Le Caire pour prononcer son premier grand discours à l'attention du monde musulman. Moubarak a promis, au début du mois de novembre, que ces élections seront “libres et honnêtes”. Mais l'intimidation et les arrestations de candidats de l'opposition ainsi que de leurs partisans ont déjà commencé. Les autorités égyptiennes imposent des restrictions aux militants de l'opposition et restreignent l'accès de la population à l'information avant les élections, dénonce dimanche Amnesty International : les opposants font l'objet d'intimidations et d'interpellations sans inculpation ni jugement en vertu de la législation d'exception en vigueur depuis 1981, souligne l'organisation internationale de défense des droits de l'homme. Par ailleurs, des journaux publiant des articles sur des sujets considérés comme sensibles sont saisis et détruits, et des chaînes de télévision privées fermées. Les islamistes ne se laissent pas pour autant impressionner par les manœuvres du régime, bien qu’ils soient convaincus que le scénario de 2005 est en place. Lors de ce rendez-vous législatif, le Parti national démocrate (PND), de Moubarak, a raflé la majorité en maniant corruption et répressions.
Pour appâter un électorat très peu motivé, Moubarak, faute de démocratie et de transparence, a promis de réserver 64 sièges aux femmes. Mais si le PND est certain de s’emparer, comme par le passé, de la majorité des 508 sièges de la Chambre des députés, pourquoi le rendez-vous du 28 novembre suscite-t-il cette année un intérêt réel ? À la fois au sein de l'opposition et parmi les observateurs de la région aux quatre coins du monde ? Ces législatives sont considérées comme le prélude à une autre élection qui, elle, pourrait provoquer un séisme politique en Égypte et secouer le monde arabe au grand complet : le scrutin présidentiel de 2011. Hosni Moubarak aura alors dirigé le pays pendant trois décennies ! Et même si ses proches ont récemment affirmé qu'il se représenterait, plusieurs pensent qu'il pourrait jeter l'éponge. Peut-être dans le but de passer le flambeau à son fils, Gamal Moubarak. Quoi qu’il en soit, l'incertitude plane autour de la succession du Président, et la pression du régime a grimpé d'un cran. Moubarak veut un retour en arrière, à la situation qui prévalait avant 2004, au règne omnipotent de la pensée unique. Il veut effacer les assouplissements qu’il a concédés. Cette année-là, la palette de l’opposition devait s’enrichir avec le mouvement Kefaya (Assez, assez des Moubarak, Hosni et son fils Gamal) qui réclame une véritable démocratie. Il a organisé plusieurs manifestations publiques, chose inimaginable auparavant. Kefaya, qui s’est même rapproché des Frères musulmans pour raisons tactiques, a fait monter la mayonnaise en début d’année avec son soutien à Mohamed El-Baradei, ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Le prix Nobel de la paix, qui avait tenu tête à George W. Bush dans le dossier irakien, a rompu un tabou : défier le régime Moubarak. Accueilli en héros, soutenu également par les Frères musulmans, El-Baradei a même recueilli des millions de signatures pour convaincre le régime de mettre fin à l'état d'urgence et d'instaurer des réformes démocratiques. Les législatives sont cruciales pour l’opposition, car, selon les règles actuelles, El-Baradei ne peut pas être candidat à la présidence s’il n’a pas l'appui de 250 élus, dont une grande partie issue du Parlement. Or, le parti de Moubarak est décidé à contrôler la presque totalité de ses sièges. Il reste que la seule annonce de l’ex-patron de l’AIEA a poussé le régime Moubarak dans le mur et confirmé que l'Égypte est à la croisée des chemins. Et c’est tout dire lorsque le ministre de l’Intérieur de Moubarak dit s'attendre à ce que ces prochaines élections soient passionnées, prévenant que les autorités traiteraient avec fermeté toute personne qui s'écarterait du droit. La couleur a été annoncée par la vague d’arrestations dans les milieux des Frères musulmans, dont le réservoir électoral est immense, malgré la répression. L’autre casse-tête est la pression des États-Unis qui plaident pour des élections libres. Le Caire a rejeté jeudi dernier des demandes “absolument inacceptables” de Washington, notamment l’envoi d’observateurs étrangers, visant à assurer la transparence des élections législatives du 28 novembre.

Par : Djamel Bouatta (Liberté).

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