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Voir la version complète : L'entreprise algérienne: sortir du bricolage


morjane
24/11/2010, 16h23
Avec la mondialisation, les entreprises maghrébines sont contraintes d’évoluer dans un contexte d’ouverture commerciale et de concurrence accrue. Il devient alors vital pour elles d’améliorer sérieusement leur compétitivité interne (sur leurs propres marchés intérieurs) et externe (sur les marchés d’exportation).

Il faut d’ailleurs observer qu’en renforçant leurs performances, les entreprises créent les conditions d’une croissance économique robuste et durable nécessaire à la création d’emploi, et donc à la résorption du chômage qui frappe ces économies. La mise à niveau des entreprises s’inscrit dans cette problématique de la performance et de la croissance. Elle est, au départ, une préoccupation microéconomique, mais elle vise aussi un objectif macroéconomique.

Qu’est-ce que la mise à niveau des entreprises ?

Le concept de mise à niveau des entreprises est né de l’expérience portugaise (1988). Plus près de nous, la Tunisie en 1996 puis le Maroc en 2002 ont mis en œuvre des programmes de mise à niveau de leurs entreprises qui ont fait suite à la signature des accords d’association qu’ils ont signé avec l’Union européenne et qui prévoient un démantèlement tarifaire et donc une ouverture plus grande de leurs économies, ce qui implique concurrence et compétition. Les programmes de mise à niveau sont des processus qui visent à aider les entreprises à s’adapter aux exigences de l’ouverture économique, de la concurrence et du libre-échange.

L’objectif recherché consiste à aider l’entreprise à maîtriser ses coûts, à améliorer la qualité de ses produits, à innover, à perfectionner le management. Mais ces programmes, pour réussir, exigent aussi d’améliorer le climat des affaires, l’efficacité des institutions, la débureaucratisations des réglementations, l’allégement des procédures.

On voit bien que la mise à niveau des entreprises concerne aussi l’environnement de celles-ci, le contexte institutionnel, réglementaire, procédurier dans lequel elles fonctionnent. La compétitivité, d’une part, les liens ouverture-croissance à, d’autre part, sont les questions que vise à résoudre la mise à niveau des entreprises.

Dans le contexte économique mondial actuel fait de compétition, de libéralisation et de … crise, les économies maghrébines, probablement plus que les autres économies émergentes, ont besoin de se préparer à la bataille. Le démantèlement tarifaire et non tarifaire exige, pour minimiser les dégâts d’une compétition inégale, une préparation des entreprises.

Cette préparation doit-elle avoir lieu avant d’engager concrètement l’ouverture commerciale, économique et financière, ou bien doit-elle avoir lieu en même temps, dans un même mouvement fait d’ouverture et de mise à niveau ?

La Tunisie et le Maroc semblent avoir opté pour la deuxième démarche. Leurs programmes de mise à niveau s’amplifient et s’étendent au fur et à mesure de la progression de l’ouverture.

En Algérie, le retard est aujourd’hui considérable et s’explique par un engagement dans des démarches libre-échangistes non accompagnées de programmes sérieux de mise à niveau, et des entreprises et de l’économie. Les pertes de parts de marché sont alors de plus en plus significatives, ce qui a contraint les pouvoirs publics, non pas à rattraper les retards dans la mise à niveau par des politiques courageuses et appropriées, mais plutôt à «rebrousser chemin», à «baisser les rideaux» et tenter de remettre en cause tous les accords de libre-échange signés sous le mot d’ordre de «patriotisme économique».

La démarche la plus juste aurait été d’engager des actions d’amélioration de la productivité de nos entreprises.

Celle-ci passe, selon une récente étude de l’OCDE, par la combinaison de trois facteurs.

1. Le renforcement au sein de l’entreprise de l’intensité capitaliste. Celle-ci exige à la fois des investissements de capacité et des investissements de productivité (nouveaux équipements et nouvelle technologie). Elle exige aussi une requalification des collectifs de producteurs.

2. L’entrée en production de nouvelles usines qui évincent les usines les moins performants et les moins rentables. Il s’agit ici de programmes de «restructuration défensive », c’est-à-dire celle qui consiste en la liquidation des «canards boiteux» et des «éléphants blancs».

3. La consolidation des entreprises à haute productivité qui gagnent de nouvelles parts de marché. Ceci signifie que les programmes de mise à niveau ne concernent pas de manière systématique toutes les entreprises.
Ainsi le concept de mise à niveau s’élargit et peut être défini comme «l’ensemble des mesures qui contribuent à l’accélération de la croissance et à la création d’emploi par un renforcement de la compétitivité des entreprises».

Le lieu entreprise-économie

Le succès d’un programme de mise à niveau des entreprises passe par la mise à niveau de l’économie dans son ensemble, l’une renforçant l’autre. Il faut bien comprendre que le succès de l’entreprise dépend de plusieurs facteurs, les «facteurs coopérants» comme les dénomme la théorie économique.

Ce sont principalement :

1/ Le climat des affaires ou les actions de modernisation des procédures administratives, d’allégement des réglementations.

2/ Le développement des infrastructures nécessaires à l’activité économique.

3/ La restructuration et la modernisation du secteur bancaire et le développement du marché financier.

4/ La modernisation du système d’éducation- formation (grandes écoles, corporateuniversity, formation professionnelle qualifiante).

Après les plans de relance et les programmes d’équipement du pays, c’est d’un programme de mise à niveau des entreprises et de l’économie que l’Algérie a urgemment besoin. Sortir du bricolage et aller à un véritable projet économique.

Est-ce pour bientôt ?

Par Abdelmadjid Bouzidi , Le Soir

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