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menara
31/03/2006, 15h18
Le torchon brûle entre l’ONA et Auchan

· Désaccord sur la vision de développement et la composition des organes de gouvernance

· L’hypothèse du retrait du groupe français ne serait pas exclue

C’EST la première crise majeure entre le groupe marocain et son partenaire stratégique dans la distribution, le groupe français Auchan, même si «le mariage marche difficilement depuis le début», complète un connaisseur de la maison.
Auchan et ONA sont en partenariat dans Marjane et Acima à travers deux holdings de gestion pour chaque enseigne: Marjane Holding pour les hypermarchés, et Acima Holding pour les moyennes surfaces. Dans le tour de table des deux entités, l’ONA détient 51% et Auchan, 49. Le groupe français a tenté en vain, ces dernières années, de convaincre son partenaire de prendre la majorité du capital. Il s’est vu opposer une fin de non-recevoir, l’ONA estimant que la distribution était un axe stratégique. Mais ce n’est pas cela qui est à l’origine de la tension actuelle. Les deux parties sont en total désaccord sur plusieurs points. Un, la composition des organes de gouvernance, directoire et conseil de surveillance. Que ce soit dans Marjane Holding ou Acima Holding, jusqu’à présent, c’est le principe de parité qui s’appliquait entre les deux partenaires, en dépit du poids majoritaire de l’ONA dans le capital: un président ONA et un directeur général Auchan. Mais tout récemment, l’ONA a fait savoir à Auchan qu’il souhaitait accroître sa représentativité de manière à ce qu’elle soit plus conforme à la configuration du tour de table: 51% ONA et 49% Auchan). Le groupe français a catégoriquement rejeté cette orientation, mais celle-ci doit quand même se mettre en place car la décision a été entérinée dans le dernier Conseil de surveillance.
Le deuxième point de discorde tient à la différence de vision entre les deux partenaires. L’ONA souhaiterait que les synergies entre Marjane, Acima et les autres métiers du groupe soient privilégiées. Cela veut dire, par exemple, que les approvisionnements se feraient en priorité dans les entités du groupe.
La traduction de ces synergies aura été le retrait, en juillet 2005, de la carte de fidélité que gérait Cetelem pour le compte de Marjane et son transfert à Wafasalaf. Par ailleurs, l’ONA défendrait l’option que l’implantation des Marjane et Acima s’intègre aussi dans la «citoyenneté» de l’entreprise. Quitte à aller, à Tétouan par exemple, aider les pouvoirs publics à affronter la contrebande. Chez Auchan, on privilégie d’abord la rentabilité des investissements.
Interrogé sur les tensions avec Auchan lors de la présentation des résultats du groupe, le PDG de l’ONA a botté en touche: «Nous avons réalisé un très bon chemin depuis la conclusion de notre accord, assure Saâd Bendidi avant de lâcher, être partenaire signifie aussi de la franchise et une bonne relation, ce n’est pas obligatoirement celle où tout coule de source». C’est aussi une relation où l’on peut avoir des opinions mais toujours dans la courtoisie. Sur ce plan, nous vivons très bien notre partenariat avec Auchan, martèle le président de l’ONA. D’ailleurs, ajoute-t-il, «nous souhaitons accélérer le rythme d’expansion des Acima, l’ambition étant d’ouvrir 7 à 10 magasins par an». Il semble pourtant que ça coince entre les deux actionnaires sur l’investissement des Acima.
Un nouveau magasin Marjane est en construction dans le quartier Hay Hassani à Casablanca (400 millions de dirhams d’investissement) et un deuxième Marjane ouvrira à Marrakech à la fin de l’année.
Le parc des magasins comprend actuellement 12 hypermarchés Marjane (contre 6 au départ du partenariat avec Auchan) et 20 moyennes surfaces (Acima).
Le potentiel de développement est colossal, si l’on s’en tient à la part de la distribution moderne dans le commerce alimentaire. Tout le réseau de libre-service moderne représente seulement 8% des achats alimentaires au Maroc, estimés entre 140 et 150 milliards de dirhams.
Quelle pourrait être l’issue du bras de fer entre l’ONA et son partenaire? Si quelque chose devrait se passer, la décision interviendrait rapidement, prédit une source proche du dossier. Soit Auchan tire les conclusions de ce désaccord et décide de se retirer, soit il révise à la baisse ses prétentions ou qu’il concède aux demandes de son partenaire. Tous les scénarios sont ouverts.
Marjane comme Acima seraient de «bonnes affaires» même si les charges courantes sont grevées par le poids des expatriés détachés par Auchan -une douzaine de postes à haute responsabilité- et qui coûtent très cher, car facturés par le groupe français à son partenaire. De toute façon, quel que soit le solde du compte de résultat, Auchan touche une redevance sur le chiffre d’affaires des hypermarchés (Marjane) et des supermarchés (Acima).
Côté marocain, la volonté est de pouvoir aussi alléger le poids des expat. Dans sa stratégie, Auchan n’a jamais prévu que les postes occupés par les cadres expatriés étaient biodégradables. C’est un des reproches qu’on peut lui faire.

Abashi SHAMAMBA

http://www.leconomiste.com/article.html?a=69626

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