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Voir la version complète : Enterré par Adam Smith, le mercantilisme refait surface


nacer-eddine06
29/12/2010, 04h59
Lorsque les partenaires européens accusent l’Allemagne de favoriser ses exportations et de freiner ses importations, ils ne font pas que lancer des piques contre un pays réticent à assumer son rôle de pivot de la zone euro en crise. Ils lui reprochent de pratiquer consciemment une politique qui a laissé des mauvais souvenirs lorsqu’elle a été appliquée pour la dernière fois à grande échelle, entre les deux guerres mondiales, le mercantilisme.

Surnommée parfois «vole ton voisin» («beg thy neighbour»), cette politique consiste pour un pays à stimuler ses exportations et freiner ses importations afin d’accumuler le plus de richesses possibles. Apparue dès la Renaissance, développée au fil des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment dans la France de la monarchie absolue, la théorie devait permettre au roi d’affirmer sa puissance aux plans économique et militaire. Le principal artisan a été le ministre de l’Economie et des finances de Louis XIV Jean-Baptiste Colbert, qui a cherché à stimuler les exportations en développant l’industrie du luxe dans le royaume. Dénoncé par les économistes libéraux dont Adam Smith dès la fin du siècle des Lumières, le mercantilisme a cédé la place au libre-échange lors de la révolution industrielle du siècle suivant.

Désorganisation accrue

La théorie a refait une apparition durant l’entre-deux-guerres, lorsque les grands pays occidentaux ont cherché à sortir de la crise à coups de dévaluations et de mesures protectionnistes. Avec, comme résultat, une désorganisation accrue des circuits économiques à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La mise en place du Marché commun après le conflit, puis la mondialisation des échanges, ont paru ranger définitivement le mercantilisme au cimetière des idées dépassées.

«Hélas, ce n’est pas qu’une utopie», soupire aujourd’hui Pascal Bridel, professeur d’économie politique à l’Université de Lausanne. L’Allemagne n’est pas seule à se voir accusée de ressusciter un fantôme. Les Etats-Unis et la Chine aussi. Les premiers, en raison de leur création monétaire débridée qui entraîne une dévaluation du dollar et freine les importations. La seconde, en raison de son refus de laisser le yuan s’apprécier, stimulant ainsi les exportations. Dans les cas de ces trois pays, le protectionnisme ne s’effectue plus par le bureau de douane, contrairement aux années 1930. En Allemagne, c’est par une politique concertée de modération salariale. Aux Etats-Unis et en Chine, l’instrument choisi est la politique de change.
«Le problème, avec les politiques mercantilistes, c’est qu’elles soustraient de larges parts de leur économie intérieure à la concurrence internationale, ce qui entraîne, à terme, un manque de compétitivité des entreprises», poursuit Pascal Bridel. L’Inde, qui l’a pratiquée plus de quarante ans dès son indépendance en 1947, a dû adapter son secteur industriel après l’ouverture graduelle de ses frontières dès 1991. Les théoriciens classiques ont dénoncé, de plus, un effet inflationniste: «Si vous accumulez de l’or dans votre économie sans permettre au marché intérieur de croître, vous provoquez, à terme, une hausse des prix», ajoute Pascal Bridel.

Le mercantilisme n’est cependant pas dénué de partisans. «Il a une utilité sociale car il confère à l’Etat la responsabilité de déterminer les biens et services qui doivent échapper au libéralisme, dont les limites ont été démontrées par la crise», soutient Jean-Christophe Graz, professeur de sciences politiques à l’Université de Lausanne. Dans les années 1930, John Maynard Keynes s’était également fendu d’un éloge en raison de la sauvegarde de l’emploi en périodes de crise.

Tchektchouka
29/12/2010, 12h11
Les economistes du calibre de Smith et Keynes n'existent plus. Les économistes de nos jours ne font que ressasser ce qui a été développés par les maitres dans d'autres contextes. C'est devenu une ideologie ou chacun se contente de défendre la sienne.

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