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Voir la version complète : Les peurs qui nourrissent les vieux démons de l'Occident


chegevara
29/12/2010, 07h37
Décidément, la fille de Jean-Marie Le Pen ne doit pas savoir de quoi elle parle. En parlant d'occupation des espaces publics par les fidèles musulmans lors de la grande prière du vendredi, elle ne faisait pas moins que de désigner la communauté musulmane à la vindicte populaire.

Au lieu de comparer l'accomplissement de ce rite religieux, somme toute légalement autorisé, à l'occupation nazie qui n'a été que de courte durée, elle aurait mieux fait de revenir à la longue nuit coloniale que ces aïeux et son propre père ont fait subir à l'Algérie. Lors de son premier face-à-face avec Rachida Dati, qui l'a clouée au pilori, tout le monde avait cru qu'il ne s'agissait que d'un simple débordement langagier fréquent dans ce genre de débat. Il n'en était rien, malheureusement, puisqu'elle revient à la charge quelques jours après pour dire : «Qu'elle persiste et qu'elle signe ses précédents propos ». Là, ce n'est plus la Jeanne d'Arc que le populiste Jean-Marie Le Pen aime à sublimer, mais bien Catherine de Médicis reine-mère des Français sous le règne de son rejeton de fils Charles IX qui, sous l'injonction insistante de sa mère, ordonna froidement le massacre des protestants le jour de la Saint Barthélemy de 1592 à Paris. La vice-présidente du F.N s'en est allée dans le discours habituel de son géniteur de père. Subliminale, sa logorrhée raciste, que par une sournoise allusion à son refus de la différence avait, en toute apparence, des relents, n'ayant pas peur des mots, de sélection raciale. Le génocide serbe des Bosniaques encore vivace dans les mémoires, plus lointains encore ceux de Dachau et d'Auschwitz, pour ne citer que les plus tristement célèbres, ont tous eu pour litière l'extrémisme discursif de tribuns en mal d'aventure. D'ailleurs, ces pogroms ont été tristement qualifiés de « détail de l'histoire » par le leader du même Front national, c'est dire la propension à souffler le chaud et le froid chère à ce néofascisme qui ne disait pas encore son nom à sa naissance.

Le culot lepéniste n'a même plus besoin d'être dissimulé, encouragé par l'extrême droite de tout bord, d'Autriche, d'Allemagne et tout récemment celle de la Suisse, il se découvre des vertus de laïcité. La fascisation des vieilles sociétés européennes par les partis populistes est apparue au grand jour ; démasquée par la votation pour l'interdiction ou non de la construction de nouveaux minarets en Suisse, elle gagne de nouveaux territoires. On dit même que, dans leur immense majorité, les Français disent tout bas ce que les Helvètes ont dit tout haut. La presse hexagonale, quant à elle, dénonce des bouts des lèvres cette vague d'islamophobie qui déferle sur l'Europe des droits de l'Homme. En fait, s'agit-il de l'homme universel ou de l'homme européen exclusivement ? S'il arrive aux médias d'ouvrir leurs colonnes à la problématique, en voici l'exemple illustratif : « Le Parisien s'intéresse lui aux musulmans de France : que pense-t-il du choix des Suisses d'interdire la construction de minarets dans leur pays ? Et bien, ils sont «choqués », affirme le journal. « Ils redoutent une stigmatisation de leur religion mais ils restent confiants sur la tolérance des Français ». Bref retour en arrière. Le 29 novembre 2009, le peuple suisse a voté, à une majorité de 57.5%, pour l'interdiction de construction de nouveaux minarets. Une initiative portée par l'extrême droite populiste incarnée par l'Union démocratique du centre (Udc) qui surfe sur la vague de l'islamophobie. L'affaire des deux otages suisses détenus par la Libye a lourdement pesé sur cette votation (voir notre article du 2 mai 2010). Faut-il rappeler que seules quatre villes en Suisse possèdent un minaret (Genève, Zurich, Winterthour et Wanger)? Cinq mois avant le vote du 29 novembre 2009, un centre musulman, dans la ville de Langenthal rattachée au canton de Berne a reçu un permis de construction pour un minaret et une coupole. Fin de citation ».

Le réveil de ce rêve rose, qu'a constitué dans l'imaginaire collectif le pays du chocolat et de l'horlogerie de précision, sera probablement cauchemardesque le jour où les Alémaniques se sentiront à l'étroit dans cette petite contrée alpine partagée par 3 communautés linguistiques et scindée par deux églises. La belle mosaïque volera en éclats, ce que personne ne souhaite. Ce référendum a eu le mérite de dévoiler la face cachée du paisible pays de Guillaume Tell et refuge historique des Huguenots persécutés par les fanatiques catholiques.

En disant défendre la République et ses valeurs, Marine Le Pen, « princesse héritière » du trône lepéniste, pensait-elle vraiment à une république multiraciale et multiconfessionnelle ? Oh que non ! Elle avoue être de confession catholique, elle qui prétend être inspirée par la loi sur la laïcité de 1905 et prévient prophétiquement de l'islamisation rampante de la société française si les pouvoirs publics ne réagissent pas vigoureusement et promptement. Elle ne manquera pas, toutefois, de marquer sa différence en enguirlandant « ostentatoirement » son arbre de Noël comme le fait la jeune prosélyte beure en se couvrant le chef du voile islamique. Ce voile et cette burqa qui « avilissent » la femme semblent être le credo de ces émancipateurs d'arrière garde. Le respect de la femme est d'abord dans la préservation de son esprit qui aura à choisir entre emmitouflement ou exploitation éhontée de son corps dans les souks pornographiques. De souvenir de Francilien ou même de Provençal, la kippa ou la voilette de religieuse n'a jamais posé problème, encore moins en terre d'Islam ; mère Térésa et sœur Emmanuelle n'ont jamais connu de harcèlement de ce genre. Le débat est donc ailleurs.

Cet ailleurs clairement exprimé par le banquier « skinhead » Thilo Sarrazin ( son nom prédestiné ne le prédisposait-il pas à la haine du musulman en général et de l'Arabe en particulier ?) se résume en peu de mots : « Les immigrés, notamment les musulmans, sont «moins intelligents”. “Ils vivent aux crochets de l'Etat” et font tellement d'enfants qu'ils seront bientôt majoritaires en Allemagne ». Voici de la ségrégation raciale exprimée dans sa quintessence à la fois ethnique et religieuse, et mise à disposition d'un lectorat abruti par les fantasmes de nations dites supérieures à travers le brûlot de Sarrasin intitulé : L'Allemagne va à sa perte.

Dans cette tumultueuse actualité de veillée d'armes de guerre de religion, voilà que l'histoire fait un pied de nez aux nostalgiques de la Saint Barthélemy par la découverte tonitruante de la tête royale d'Henri IV, après 4 siècles d'escamotage. Protestant converti au catholicisme pour le besoin de la succession royale et signataire de l'Edit de Nantes qui mettait définitivement fin aux guerres de religion, il revisite l'histoire en post mortem. N'est-ce pas là un post-scriptum à l'édit de tolérance qu'il avait décrété par le passé ? Le crâne momifié est déformé par un rictus béant qui semble ricaner de l'inconséquence du genre humain.

le Quotidien d'oran.

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