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Voir la version complète : 4ème Festival culturel d’ahellil à Timimoun


morjane
30/12/2010, 16h49
Plus d’une vingtaine de troupes locales du chant ahellil sont présentes à la 4ème édition du festival national dédié à ce patrimoine immatériel qui se tient actuellement à Timimoun, dans la wilaya d’Adrar.

Au menu, des soirées artistiques qui se partageront l’affiche avec des troupes de baroud, de hadra et de karkabous venues de différentes régions. Classé patrimoine immatériel universel en 2005 par l’Unesco, l’ahellil sera aussi le thème d’un séminaire qui sera organisé durant le festival.

Outre les veillées artistiques, des expositions d’art plastique et d’artisanat traditionnel sont également prévues. C’est à l’esplanade du 1er-Novembre à Timimoun que le festival a été inauguré avec un défilé des troupes participantes et cela face à un public nombreux.

Parmi les artistes à l’affiche, on citera les troupes de l’association «Noudjoum du folklore de Gourara» (Timimoun), «Aoulane» de la commune de Ouled Aïssa, «Itren Negroud» de la commune de Charouine et «Intemgueriout» pour la préservation du patrimoine local d’Ougrout. Avec cette 4ème édition, le commissariat de ce festival compte bel et bien relancer l’action touristique dans la région en mettant en avant ses richesses.

Mais au-delà de l’événement festif, de véritables efforts pour la réhabilitation et la revalorisation de ce patrimoine restent à faire.
Car l’ahellil est pour l’heure essentiellement abordé sous sa forme festive, touristique dirions-nous. Les études et les recherches sociologiques, ethniques, ethnosociologiques, musicologiques… sur ce patrimoine manquent.

Le défunt Mouloud Mammeri a bien ouvert la voie avec son étude qui a fait connaître l’ahellil. «Le coefficient d’accélération qu’a pris depuis peu l’histoire des peuples sans écriture à peu près partout dans le monde, leur fatal et bientôt irréversible alignement sur le type de la civilisation techniciste d’Occident font qu’en certaines régions on assiste probablement aux dernières années où l’on peut recueillir des documents de littérature orale non encore adultérée.

Le Gourara du Sud-Ouest algérien est de celles-là.

Longtemps préservée par les sables dans un relatif isolement, la société du Gourara évolue aujourd’hui rapidement. Déjà une politique du tourisme, soucieuse de rentabilité, travaille à transformer la communion recueillie de l’ahellil en foire, ses officiants en bateleurs. Il était temps de sauver d’une mort indigne un genre qui, pendant des siècles, a traduit la joie, les phantasmes et les désirs des hommes, pour lui donner ne fût-ce que cette vie demi-morte que constitue pour le verbe son enfermement dans les pages froides de l’écrit.

C’est par hasard qu’une équipe de chercheurs a découvert en même temps que la poésie de l’ahellil sa musique polyphonique, probablement millénaire. Dans l’ahellil ont sédimenté des éléments divers, certains venus de très loin. Il y en a d’actuels, un grand nombre récite les vertus des chorfa, arrivés dans le pays à partir du XVIe siècle ou leur adresse de longues prières ; certains chantent les parfums, les bijoux, les amours souvent courtoises de la grande époque que fut pour le Gourara le Moyen Age ; quelques-uns gardent les souvenirs d’une judaïté nombreuse et prospère, jusqu’à sa
destruction brutale à la fin du XVe siècle ; d’autres encore remontent plus loin dans le passé.Dans une humanité bientôt uniformisée par ses propres inventions et qui dispose de moins en moins de variantes civilisationnelles, un genre comme l’ahellil constitue un exemple encore vivant d’une façon de dire autre chose autrement», écrit Mouloud Mammeri dans son ouvrage l’Ahellil du Gourara.

Le sociologue Rachid Bellil s’est engagé dans la même voie que son aîné et a entrepris de fixer par écrit sur son ouvrage Textes zénètes du Gourara, publié en 2006 par le Centre de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), tous les éléments de la mémoire collective qu’il a pu recueillir sur le terrain.

Le livre rapporte en zénète (une variante de la langue amazigh) et en français des récits sur les relations entre tribus et ksour, les rapports avec les saints, la fondation et l’évolution des ksour, des scènes de la vie quotidienne, les structures sociales, les pratiques culturelles, les ahellils, des contes et des proverbes… Mais de nombreux éléments appartenaient déjà au passé. Des fêtes et des traditions ainsi que leurs expressions socioculturelles ont disparu sans qu’aucun document ne les ait consignées.

Le risque de voir encore disparaître des pans de ce patrimoine oral est toujours là.

La préservation par la transcription des poèmes et l’enregistrement en son et image des ahellils s’impose comme une urgence. L’ahellil s’est bien internationalisé et de grandes figures de jazz, à l’image du pianiste Omar Sosa, s’y sont «intéressées et ont travaillé avec des maalim.» N’est-ce pas là une voie à suivre, en faisant cependant tout pour préserver l’authenticité de cet art pour qu’il ne soit pas dissous dans ce grand melting-pot culturel qui est porté par la mondialisation ?

Par la Tribune

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