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Pecos
01/01/2011, 13h40
Le coup de pied de King Éric est toujours aussi ravageur. Hier réservé au ballon et au derrière de certains supporters, c’est à la fourmilière de la finance qu’Éric Cantona a réservé sa dernière fulgurance

Les faits :
Dans une interview accordée le 6 novembre dernier à Presse-Océan, Éric Cantona explique : « La révolution est très simple à faire aujourd’hui. Au lieu d’aller dans les rues faire des kilomètres (pour manifester), tu vas à la banque de ton village et tu retires ton argent ».?Sur le réseau social Facebook, un groupe a spécialement été créé : « Révolution ! Le 7 décembre, on va tous retirer notre argent des banques ! » 30 000 personnes s’y sont inscrites et 23 000 déclarent « peut-être » y participer. La vidéo de l’appel a été vue des centaines de milliers de fois et l’appel a été relayé dans 26 pays.
Emoi dans les arcanes du pouvoir :
Depuis quelques jours, de nombreux politiques (Lagarde, Baroin…) montent au créneau pour expliquer l’irresponsabilité d’une telle action, accréditant du même coup le fait que retirer son argent de sa banque peut devenir une action politique déstabilisatrice.?Certains journalistes font remarquer, un rien narquois, que ceux qui ont le plus à se plaindre du système n’ont pas beaucoup d’argent à retirer. C’est oublier un peu vite la vitesse avec laquelle les foules peuvent croire à la pénurie et renforcer le phénomène. Il suffit de voir des queues devant les banques de clients venant retirer de l’argent pour accréditer l’hypothèse d’une pénurie. Lors du dernier conflit sur les retraites, la crainte de la pénurie d’essence a bel et bien enclenché un phénomène imprévu par le pouvoir.?Des économistes distingués sont priés d’intervenir pour expliquer au public que les premières victimes d’une telle déstabilisation seront les plus démunis. Ce n’est pas faux, mais lorsque les gens sont désespérés...
Les réussites déjà engrangées d’un échec annoncé :
Le 7 décembre la banque ne sautera pas ! Mais le grand Gandhi lui-même n’a pas réussi ses premières actions. Elles lui ont permis de préparer les foules, et lui-même. Le 7 décembre ne sera que le début de nouvelles formes d’actions politiques auxquelles les institutions semblent bien mal préparées.
La communication catastrophique des politiques expliquant qu’une telle action est irresponsable cherche à nous convaincre qu’on n’a pas le droit moral de retirer notre peu d’argent des banques à qui on l’a confié. Un comble ! Ce n’est plus un déni de démocratie, c’est un déni de libéralisme. Fantastique ! Cantona a bien réussi son coup : montrer la fragilité du système.?Depuis le début de la crise que nous traversons, les mêmes politiques et commentateurs zélés nous expliquent qu’il a fallu financer les errements de l’économie virtuelle pour sauver l’économie réelle. L’affaire Cantona va faire voir aux foules la profondeur abyssale du mensonge.
Un billet de banque ne vaut que par la croyance qu’il vaut quelque chose. Un tel système nous a amené développement et prospérité au niveau global, mais la répartition de la richesse ainsi créée pose question. Si les exclus du système sont plus miséreux qu’au temps du troc pourquoi joueraient-ils le jeu de l’économie virtuelle ? Plus grave, les classes moyennes rejoignent les plus miséreux dans leur désespoir et certains privilégiés comme Éric Cantona qui ne peuvent pas jouir paisiblement de leur bonne fortune à côté de tant de misère grossissent la liste des révolutionnaires potentiels…?Si l’économie immatérielle (même, celle dite réelle est virtuelle) n’entraîne que l’immoralité des riches et la démoralisation des pauvres, les moyens numériques devraient permettre de fédérer des actions collectives d’un genre nouveau pour nous entraîner dans une aventure collective à l’issue bien incertaine et probablement bien sombre.
Conclusion :
Le pouvoir est bien fragile. Retirer son argent des banques suffit à menacer des banques dont on dit depuis si longtemps à quel point elles sont solides. Divulguer les notes diplomatiques comme l’a fait wikileaks suffit à montrer à quel point les institutions qui amassent depuis des années toujours plus de données sur les citoyens en prétextant qu’elles ne seront pas mal utilisées sont incapables d’en assurer la protection.?La puissance du réseau est souvent utilisée par les puissances de l’argent et de la politique pour asseoir leur pouvoir et protéger les rentes ainsi constituées. Mais la puissance est toujours ambivalente. Plus le pouvoir est fort, plus il est fragile pour peu qu’on sache taper là où cela fait mal. Les vrais révolutionnaires du numérique sont en marche... les connaissons-nous vraiment ?

Le Monde

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