PDA

Voir la version complète : Yes we can


Iska
07/01/2011, 17h39
Yes we can

© (ERRAMI)

Un grand journal se doit d’aborder les grands sujets de son temps. C’est le seul moyen de continuer de grandir. Et cela veut dire prendre des risques et accepter de se faire violence.

Qu’est-ce qu’un édito et à quoi sert-il ? Si la question est rarement posée, c’est que la réponse va de soi. Il est pourtant utile de la rappeler. Un éditorial donne le ton, le la, il explique et dit les choses, il exprime le point de vue d’un journal, la sensibilité de ceux qui le font, et il a forcément quelque chose de solennel. Sauf qu’il est, Dieu merci, moins rébarbatif, beaucoup plus personnel et, dans tous les cas, plus “vrai”, plus agréable à lire qu’un communiqué officiel. Dans notre esprit, et vous le savez autant que nous, un édito n’a jamais été une formalité mais un plaisir. Un plaisir partagé entre celui qui l’écrit
http://www.telquel-online.com/455/images/image_edito%20KB.jpg
et celui qui le lit. Nous et vous. Ce plaisir-là est essentiel. Il ressemble à celui que peuvent éprouver deux adultes qui se parlent simplement, librement, en effectuant un bout de chemin ensemble. Le plus important n’est pas d’être toujours d’accord (ce serait plutôt ennuyeux, vous ne trouvez pas ?) mais de poursuivre le dialogue, de stimuler l’échange, de confronter les choix et les analyses même et surtout quand ils sont contradictoires.
Votre magazine préféré entame un nouveau cycle de sa vie. Le chapitre un, conclu sous la direction inspirée d’Ahmed R. Benchemsi, a été une réussite. Le chapitre deux, conduit par votre serviteur qui vous donne rendez-vous chaque semaine sur cette même page, se veut une évolution tranquille et sereine. Avec le même credo (défendre une ligne moderne et qui nous ressemble) et le même supplément d’âme que vous avez toujours retrouvé à TelQuel. Nous avons donc choisi, et après mûre réflexion, d’entamer ce nouveau chapitre par un sujet fort : un reportage entre Israël et la Palestine. Pourquoi ? La raison est d’une simplicité élémentaire. Un grand journal se doit d’aborder les grands sujets de son temps. C’est le seul moyen de continuer de grandir. Bien entendu, et tous les spécialistes le diront, grandir, cela veut dire prendre des risques et accepter de se faire violence. C’est un passage obligé, c’est le prix à payer pour s’affranchir des dogmes et continuer d’aller de l’avant. Nous estimons, aujourd’hui, que tout cela est possible. Yes we can. C’est dans nos cordes et nous pouvons le faire : en tant que journalistes, en tant que lecteurs, et finalement en tant que pays qui aspire au développement.
D’un point de vue purement journalistique, les professionnels que nous sommes ont toujours rêvé d’effectuer deux grands reportages : à Tindouf et en Israël. Les deux destinations fascinent parce qu’elles sont fermées et, vous le savez bien, l’objet défendu a toujours été le plus convoité. Ce n’est bien sûr pas l’unique raison et nos motivations sont plus profondes, allant au-delà du côté inédit, tabou ou “sensationnel” dans le sens noble du terme. Tindouf représente beaucoup pour le Maroc et la terre de Palestine a façonné et continuera de façonner le visage du monde. Les deux sujets, qui n’ont strictement rien à voir l’un avec l’autre, sont d’une extrême importance. TelQuel a pu réaliser le premier en juin 2008. Aujourd’hui, il réalise le deuxième. Et il était temps, tout simplement.
Nous savons qu’il y a des pour et qu’il y aura nécessairement des contre qui accompagneront notre choix. Nous acceptons ce débat-là, ce dialogue-là. Mais dans les règles de l’art : nous ne sommes pas sur un ring de boxe et, si bataille il y a, elle est purement intellectuelle. Le but est de comprendre l’autre et, pour cela, il n’y a rien de mieux que d’aller à sa rencontre et de se faire une opinion propre et indépendante. Nous croyons qu’il est possible, et surtout très instructif, de le faire. Nous avons voyagé en Israël et dans les territoires palestiniens et nous avons vu, pour reprendre une belle formule de Régis Debray, “comment la rue arabe est aveugle à la Shoah, et comment la rue juive est aveuglée par la Shoah”. Nous avons vu combien la société israélienne est hétéroclite, complexe, et comment elle peut représenter le tout (démocratie – liberté) et son exact contraire. Nous avons vu comment les Palestiniens sont ballottés entre les check-points et les interminables contrôles d’identité assurés par des gamins de 20 ans. Nous avons vu combien la “compétition des douleurs” entre les deux peuples n’a fait, au final, que des perdants. C’est notre opinion et nous n’aurions pas pu nous la forger si l’on n’avait pas accepté l’idée de prendre des risques. Notre chapitre deux, qui commence aujourd’hui, nous verra prendre d’autres risques. Nous enclencherons de nouveaux débats et nous continuerons d’explorer la “contemporanité”, ne serait-ce que pour prolonger le plaisir qui nous lie à vous, et vous à nous.
Telquel

Iska
07/01/2011, 17h40
Benchemsi est parti, l'editorial change, le contenu aussi changera , tout doucement .

Bachi
07/01/2011, 18h27
Pourquoi Benchemsi a quitté ?

Iska
07/01/2011, 18h34
"
Pourquoi Benchemsi a quitté ?

Il a jeté l'eponge, il a vendu ses actions .
Je pense que c'est le ministre marocain de l'info et la MAP qui ont eu sa peau.
C'est juste aprés les émeutes d'El Ayoune, il a écrit un article(posté sur FA) critiquant les déclarations de ce haut responsable, et de l'analyse faite par la MAP , à ce sujet.
Le dit ministre a lui même ecrit a benchemsi le critiquant et meme le menaçant .

La lettre un veritable appel au lynchage populaire, jouant sur la sensibilité de sahara marocain....ETC.......

Bachi
07/01/2011, 18h39
Salut Iska...:)

Eh bien dis donc, le toto Naciri a donc eu sa peau...

Je le pensais plus coriace...

C'est dommage!...Le meilleur journaliste du Maghreb, le plus classe nous quitte.
Aprs tout, nous ne méritons peut-être que les médiocres

bonsai
07/01/2011, 19h13
Pourquoi Benchemsi a quitté ? Il l´explique lui meme dans son dernier Edito-Adieu:

Au revoir et merci
Chères lectrices, chers lecteurs,

Ceci est le dernier éditorial que j’écris pour TelQuel.
à sa prochaine parution, le 8 janvier 2011, j’aurai démissionné de mes fonctions d’éditorialiste et de directeur de la publication. A cette date, j’aurai également vendu toutes les actions que je possède dans Presse Directe, la société d’édition de TelQuel, dont je n’assurerai plus la fonction de directeur général, ni aucune autre fonction (lire le communiqué de Presse Directe, ci-dessous). C’est là une décision libre et personnelle, que je prends avec l’assentiment de mes collègues et


des propriétaires de ce magazine que j’ai fondé voilà près de 10 ans. Il y a déjà eu, ça et là, quelques commentaires sur mon départ, dont la rumeur a filtré – avant même confirmation – depuis quelques semaines. Il y aura peut-être d’autres commentaires, d’autres rumeurs. à travers cet intérêt flatteur pour ma personne, je vois un hommage et une reconnaissance au travail des dizaines de journalistes, photographes, graphistes et autres professionnels, qui ont fait de TelQuel ce qu’il est aujourd’hui : un journal phare du Maroc des années 2000, au centre de l’attention et des conversations. Chacun, bien entendu, est libre d’émettre les interprétations qui lui semblent pertinentes. L’explication, mon explication, est lucide autant qu’apaisée : si je pars, c’est qu’il arrive un moment, dans la vie de chacun, où il faut savoir prendre de la distance et oser de nouvelles expériences. L’heure est venue pour moi de répondre à l’appel du large, de continuer mon apprentissage ailleurs, autrement. En l’avenir et la pérennité de TelQuel, j’ai une confiance forte et sereine à la fois. Cela fait longtemps que ce magazine existe au-delà de son fondateur, grâce au professionnalisme de ses équipes et, avant tout, grâce à votre fidélité.

Le succès de TelQuel n’est pas une affaire de chiffres, mais de valeurs. S’il est depuis 5 ans l’hebdomadaire le plus vendu et le plus lu du royaume, c’est d’abord parce qu’il n’a jamais cessé de refléter “le Maroc tel qu’il est”, avec des enquêtes et reportages honnêtes, rigoureux et équilibrés. C’est ensuite parce que TelQuel s’est toujours démarqué par son ton, sa créativité et son audace, devenus avec le temps sa “marque de fabrique”. C’est enfin, et surtout, parce que sa ligne éditoriale a clairement et hautement défendu les idéaux suivants :

La démocratie, avant tout. Depuis son tout premier numéro, TelQuel affirme que la monarchie marocaine doit changer, s’ouvrir, se démocratiser. Pas d’une manière naïve et angélique, ignorante des rapports de forces qui, partout, sont l’essence de la politique. Bien sûr que non. Contrairement aux accusations faciles qui nous poursuivent depuis 10 ans, nous n’avons jamais été “nihilistes” ni “radicaux”, et encore moins “irresponsables”. Notre système monarchique part d’une situation de prééminence absolue, forgée par 38 ans de hassanisme, qu’il serait hasardeux de vouloir trancher d’un coup de hache. D’où la conviction qui a toujours été celle de TelQuel : la démocratisation du Maroc ne saurait être qu’un processus réfléchi et graduel. Comme pour un tagine réussi, il faut jeter dans la marmite politique des ingrédients soigneusement choisis, délicatement dosés, et laisser tout cela mijoter à feu doux, le temps qu’il faudra. Autrement dit, il faut créer les conditions institutionnelles de la citoyenneté, de l’Etat de droit et de la méritocratie pour qu’enfin, le peuple puisse s’asseoir autour de la table du pouvoir et déguster ce mets de roi qu’est la démocratie. Mais pour le préparer, la royauté marocaine doit se mettre aux fourneaux institutionnels. Ce qu’elle n’a pas encore fait. Notre pari est qu’elle y arrivera tôt ou tard. Son évolution démocratique est la condition de sa pérennité, de sa stabilité et de son prestige. Malgré ce qu’en pensent certains, TelQuel est un magazine monarchiste. Mais son monarchisme est rationnel et lucide, refusant la complaisance et la courtisanerie qui affaiblissent le trône plutôt que le grandir.

L’identité marocaine, ensuite. Peuple arabo-musulman, nous ? Sans doute, mais pas seulement. Notre identité, amazighe à l’origine, est le creuset d’un formidable melting-pot historique. Depuis 10 ans, TelQuel exhume inlassablement nos influences culturelles occultées en creusant dans la petite et la grande Histoire de notre nation, l’une des plus vieilles au monde. Cette inclination à réécrire le passé a un objectif évident : nous éclairer sur le présent afin de mieux comprendre qui nous sommes. Tels les zelliges, ces motifs artisanaux purement marocains dont l’art a été forgé à travers les siècles, nous sommes un peuple-mosaïque aux figures et aux couleurs infiniment variées, mais qui forment néanmoins un ensemble d’une limpide cohérence. Un ensemble uni, non par un patriotisme réinventé pour des besoins politiques, ni par des traditions en inéluctable déliquescence - car comme tous les peuples, nous sommes atteints par l’heureuse contagion du mondialisme et de la modernité. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le peuple marocain est uni par sa diversité – une diversité synthétisée dans la darija, qu’il faudra bien nous décider un jour à appeler “le marocain”. Cette langue qui nous est propre parle de nous au-delà des mots. A travers ses subtilités, ses nuances, sa richesse et son humour, elle dit nos ressorts intimes et notre mentalité profonde. Il est nécessaire de la réhabiliter pour renouer avec notre identité, “telle qu’elle est” vraiment. TelQuel est fier d’avoir lancé ce débat – l’un des plus cruciaux du Maroc d’aujourd’hui.

La laïcité et les libertés individuelles, enfin. Avec la darija, TelQuel s’honore d’avoir, le premier, placé ces concepts au cœur du débat social marocain. Qu’on l’admette ou non n’y change rien : les Marocains ne sont pas réductibles à un groupe monolithique, fonctionnant selon des normes figées par le temps. Nous sommes une collection d’individus aux croyances, aux convictions et aux mœurs diverses et évolutives. Mais ces choix de vie individuels sont souvent vécus dans la dissimulation, la honte et la culpabilité de s’affranchir de normes “traditionnelles” oppressantes, car nimbées d’une trompeuse “sacralité”. Permettez-moi d’emprunter les mots de Abdellah Laroui, sans doute le plus grand penseur marocain vivant. Selon sa définition, la laïcité est “une autorité neutre qui ne participe ni de la politique ni de la transcendance, et nous protège de nos faiblesses, de nos humeurs et de nos folies”. En cela, elle n’est pas une menace pour notre corps social, pas plus qu’une revendication décalée de quelques esprits acculturés. Elle est au contraire le seul moyen de nous révéler à nous-mêmes, de sortir du mensonge et de l’hypocrisie en permettant à nos différences de coexister légalement et pacifiquement. Laroui présente la laïcité comme un “espoir de sagesse”. Mais c’est aussi un espoir fou, car en menaçant l’illusion de la conformité religieuse et traditionnelle, il défie les fondements mêmes du Pouvoir. Depuis 10 ans, TelQuel assume fièrement ce paradoxe : s’il faut être fou pour défendre la sagesse laïque, alors oui, nous sommes fous. Et nous le resterons.

...a suivre

bonsai
07/01/2011, 19h14
...suite:
Voilà résumés les trois grands axes de l’“esprit TelQuel”. Voilà les idées qui ont remporté votre adhésion, nourri une décennie de débat et, souvent, de controverses.

Cette ligne éditoriale ne changera pas. J’en ai certes posé les bases il y a 10 ans. Mais depuis, une génération de journalistes s’en est saisie et l’a développée avec passion et engagement. Cette ligne éditoriale est aujourd’hui la sienne. J’ai eu l’honneur de l’incarner à travers cet éditorial, en assumant le rôle de “figure publique” de ce magazine. Je passe aujourd’hui ce flambeau à mon collègue et ami Karim Boukhari. Rédacteur en chef puis directeur de la rédaction, il dirige depuis 4 ans les journalistes de TelQuel, dépositaires de sa ligne et de ses valeurs. C’est sous sa conduite que la rédaction de TelQuel s’est étoffée, renforcée, ouverte à des profils jeunes et diversifiés, tout en capitalisant sur le professionnalisme madré des anciens. C’est aussi sous sa supervision que ses articles et dossiers de fond ont permis à TelQuel d’atteindre ses seuils de vente les plus élevés. Karim devient désormais éditorialiste et directeur de la publication. Il en a la légitimité, la compétence et le talent.

Quant à moi, ce n’est pas sans émotion que je vous fais aujourd’hui mes adieux. Ces 10 dernières années auront été les plus belles, les plus intenses et les plus enrichissantes de ma vie. Celle-ci va continuer sous d’autres cieux, avec d’autres objectifs et d’autres ambitions. Mais je conserverai toujours, chères lectrices et chers lecteurs, le souvenir chaleureux de vos encouragements et de votre soutien. Une ultime fois et du fond du cœur : merci.
Source: Telquel

Iska
07/01/2011, 19h18
"Il l´explique lui meme dans son dernier Edito-Adieu:


Bon joueur , il a écrit cet article, il ne pouvait faire autrement.

Cequ'il pouvait faire, c'est garder ses 20% d'actions et quitter le journalisme, mais il a preferé tout vendre et partir .

Iska
07/01/2011, 19h30
A partir de cet article, Benchemsi a recu les menaces du ministre marocain.


Le Maroc et le loup
(ALEX DUPEYRON)


Même avec des moyens ridicules, le Polisario a remporté sa guerre médiatique contre le Maroc. Il est temps que nous en tirions des leçons…


Vous connaissez la fable du berger et du loup ? Ceux qui la connaissent peuvent sauter ce paragraphe et passer au suivant. Pour les autres, c’est l’histoire d’un berger qui, pendant qu’il surveillait ses moutons, criait régulièrement “Au loup !” Mais à chaque fois que les villageois couraient à son secours, ils découvraient qu’il n’y avait aucun loup, et
http://www.telquel-online.com/448/images/image_edito.jpg
que le berger était un menteur. Après être tombés dans le panneau une, puis deux, puis trois fois, les villageois ont cessé de prendre le berger au sérieux… jusqu’au jour où un loup a vraiment attaqué les moutons. Le berger a alors crié “Au loup !” une fois de plus. Mais croyant à un nouveau mensonge, les villageois n’ont pas réagi, et le loup a mangé les moutons. Morale de l’histoire : personne ne croit un menteur, même quand il dit la vérité.
Cette fable illustre bien ce qui s’est passé après les évènements sanglants de Laâyoune, le 8 novembre 2010. Par réflexe, l’agence officielle MAP a immédiatement imputé la mort des 11 agents marocains des forces de l’ordre à des “malfrats”, des “bandes criminelles” et autres “mercenaires à la solde de l’Algérie et du Polisario” – comme d’habitude : un torrent d’insultes sans le début d’une preuve. Il se trouve, pour une fois, que tout cela était vrai (sauf pour la dimension algérienne de la chose qui, même vraisemblable, reste à prouver). Mais personne n’a cru la MAP, tellement on est habitué à ses mensonges grossiers, relayant des instructions officielles non moins grossières. Le film vidéo montrant les images atroces de nervis indépendantistes égorgeant de sang-froid des soldats marocains et urinant sur leurs cadavres (voir en p. 26) a, certes, rectifié le tir. Mais il n’a été diffusé que le 15 novembre, soit une semaine trop tard.
Entre-temps, les médias du monde entier – et surtout les espagnols, toujours très concernés par le Sahara – ont largement répercuté la version du Polisario. Pour deux raisons : d’abord parce que le Maroc a empêché les journalistes espagnols de se rendre à Laâyoune (énorme erreur, sachant que la réalité du terrain accablait nos ennemis) ; ensuite parce que le Polisario a communiqué, lui, dès le premier jour (énorme avantage tactique, à une époque où l’information se diffuse en temps réel). Résultat, un flot de mensonges venus de Tindouf : “Des centaines de cadavres civils jonchent les rues de Laâyoune”, “les blessés et les disparus se comptent par milliers”, etc., le tout saupoudré de photos sanglantes… prises en réalité des années plus tôt à Gaza sous les bombes, ou à l’occasion d’un crime de droit commun à Casablanca !
Malgré les excuses contrites des médias espagnols qui se sont fait manipuler de bout en bout, le mal était fait. Le Polisario, rompu depuis longtemps aux techniques de l’agit-prop(1), avait remporté la bataille de la communication. Avec, suprême humiliation, des moyens ridicules comparés aux nôtres ! Je l’ai vérifié de mes yeux en 2008 lors de mon voyage à Tindouf : l’essentiel de la propagande y est coordonné au camp de Rabouni, dans une petite baraque dotée de deux ordinateurs connectés à Internet, de quelques téléphones et d’une liste impressionnante de contacts, tant parmi les indépendantistes opérant au Sahara (et ailleurs au Maroc) que parmi des “journalistes amis” de la presse internationale, en premier lieu espagnole. Une poignée de militants déterminés dans une baraque de fortune : voilà “l’ennemi” qui a défait tout l’appareil d’Etat marocain, avec ses centaines de cadres et ses moyens illimités. Par “défait”, on entend médiatiquement, bien sûr. Mais n’est-ce pas sur le terrain médiatique que, de nos jours, se jouent tous les conflits du monde ?
La conférence de presse tenue lundi dernier à Rabat (avec en guise de “clou”, la diffusion de cette vidéo accablante pour le Polisario), était une première. Une excellente première, qu’il convient d’applaudir. D’abord parce que la vérité a été rétablie, même trop tard (mais mieux vaut tard que jamais). Ensuite et surtout, parce que le Maroc semble comprendre, enfin, que celui qui maîtrise la communication gagne la guerre. Il y a pour cela des spécialistes qu’on appelle “spin doctors”, payés très cher par quasiment tous les gouvernements démocratiques du monde (Israël, à cet égard, est champion toutes catégories). Attention tout de même : pour les spin doctors, ce n’est pas la vérité qui compte, mais la “gestion de la perception du public”. Autrement dit, leur métier est un art cynique, consistant le plus souvent à étouffer la vérité et crédibiliser le mensonge(2). A Laâyoune le 8 novembre, la vérité était de notre côté. Mais il serait inacceptable que, demain, des spin doctors payés par le Maroc maquillent des violations des droits de l’homme en faisant gober l’inacceptable au public. A cela, la raison d’Etat répondrait : “A la guerre comme à la guerre”. Mais pour ceux qui la défendent encore, la morale journalistique consisterait à révéler la vérité nue, aussi dérangeante soit-elle pour nos “intérêts supérieurs”.
Nous n’en sommes pas encore là. Le Maroc doit d’abord sortir définitivement du schéma du berger qui crie au loup. Depuis que le Grec Esope a écrit cette fable, au VIIème siècle avant Jésus-Christ, les moyens de communication ont quelque peu évolué. Si nos officiels s’en rendent comptent et s’y adaptent, ce serait déjà formidable. Mais si demain, ils s’y adaptent tellement bien que des abus en résultent, rétablir la vérité sera alors le rôle de la presse marocaine libre…
si elle existe encore. Mais c’est là un autre débat…

(1) Cette expression tire son origine du “département pour l’agitation et la propagande”, un des organes centraux du parti communiste soviétique.
(2) Lire à ce propos l’excellente enquête du journaliste Paul Moreira “Les nouvelles censures. Dans les coulisses de la manipulation de l’information” (Robert Laffont, 2007).

nacer-eddine06
07/01/2011, 19h46
(avec en guise de “clou”, la diffusion de cette vidéo accablante pour le Polisario)

je suis certains qu il ne croit pas a ce qu il a ecrit

Cell
07/01/2011, 20h01
je ne sais pas comment , Intellectuellement parlant , on peut faire le lien entre le dernier edito de benchemsi et l'idée que le départ de ce dernier est du à des pressions venant de Naciri .............

bonsai
07/01/2011, 20h30
je ne sais pas comment , Intellectuellement parlant , on peut faire le lien entre le dernier edito de benchemsi et l'idée que le départ de ce dernier est du à des pressions venant de Naciri .............

J´ai aussi la meme remarque. Meme les analystes (surtout la presse) marocains n´ont pas eu l´imagination de faire sortir un tel parallel.

Cookies