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Voir la version complète : Tunisie : protestation et colère ne faiblissent pas


nacer-eddine06
08/01/2011, 13h35
Après les obsèques du jeune Bouazizi, qui ont donné lieu à une manifestation contre le régime, les avocats tunisiens ont observé une grève dans tous les tribunaux du pays.

Mohamed Bouazizi, vingt-six ans, qui s’était immolé par le feu sous les fenêtres du gouverneur (préfet) de Sidi Bouzid (à 260 km de Tunis) aura été le détonateur d’un mécontentement populaire au cours duquel trois autres jeunes ont trouvé la mort. Jeudi, à Sidi Bouzid, ils étaient plus de 5 000 personnes à marcher derrière son cercueil scandant « Adieu Mohamed nous te vengerons », « ton sang n’aura pas coulé pour rien ». La veille, les autorités ont dû couper l’électricité pour prévenir un suicide collectif, une femme et ses trois enfants, qui avaient escaladé un pylône à haute tension pour exiger du travail et un logement ! Et hier, jeudi, des milliers d’avocats ont observé une grève dans tous les tribunaux tunisiens pour dénoncer la répression le 31 décembre d’une manifestation de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid. Et ce en dépit d’une vaine tentative d’opposition à cette grève émanant des avocats membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) au pouvoir. « La grève a été suivie par 95 % des avocats dans l’ensemble des tribunaux », à l’appel du Conseil national de l’Ordre des avocats (Cnoa), a indiqué le bâtonnier Abderrazak Kilani. « Cela s’est déroulé dans le calme et aucun incident n’a été enregistré dans les régions ni dans Tunis, les avocats démontrant qu’ils peuvent riposter avec sagesse et responsabilité », a-t-il ajouté.

Une chose est certaine, Mohamed Bouazizi aura été le symbole du refus du chômage et du mépris affiché par le régime envers les Tunisiens. Son oncle n’a pas tout à fait tort en estimant que « Mohamed a sacrifié sa vie pour attirer l’attention sur sa condition et celle de ses frères ». Car ils sont nombreux ces jeunes – plus de 200 000 diplômés universitaires chômeurs – à la recherche d’un emploi correspondant à leurs qualifications et contraints d’accepter des emplois précaires ou de vivre d’expédients. Plus que la question sociale, le contexte répressif éprouvant, sans équivalent en Algérie et au Maroc, est devenu à la longue insupportable. L’omniprésence policière est un sujet occulté par les partenaires européens, dont notamment la France, pour qui la petite Tunisie est un modèle de bon élève des institutions financières. En plus de la police, qui intervient partout, il faut compter avec les structures du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti au pouvoir et ses relais qui quadrillent les quartiers des villes et des villages, véritables milices, participant à la mise sous surveillance de la société tunisienne. Dans la vie, cela se traduit par d’innombrables abus de pouvoir émanant de petits potentats locaux contre de simples citoyens, de multiples tracasseries au quotidien, comme faire attention à ce qu’on dit en public, et qui à la longue ont fini par exaspérer les Tunisiens. Et si, jusque-là, seuls les intellectuels et les militants politiques et associatifs tentaient de casser cette chape de plomb répressive, aujourd’hui force est de constater que la contestation, qui a gagné les milieux populaires, est en train de poser avec force la question de la justice sociale et du respect des droits fondamentaux longtemps bafoué par le régime avec la complicité européenne.

Hassane Zerrouky

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