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Maghreb-United
26/01/2011, 21h30
Le Sommet du Partenariat» qui vient de se tenir à Bombay (Inde) a été marqué par une forte participation du Maroc, représenté par Ahmed Réda Chami, ministre de l'Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, et autres institutions. La présence du Maroc à cette manifestation économique internationale est d'autant plus significative que le ministre de l'Industrie a souligné l'impératif pour notre pays de renforcer ses relations avec les Etats asiatiques, notamment l'Inde et la Chine dont les taux de croissance constants depuis quelques années, entre 7 et 8%, laissent plus ou moins rêveur. Soulignant qu'il est «temps de tisser des relations économiques solides avec les pays d'Asie», il a affirmé par la même occasion «la nécessité de l'ouverture de l'économie marocaine afin de stimuler les échanges et les investissements entre les deux parties».

Ce n'est pas un propos de circonstances ni un slogan, mais une conviction chevillée au corps. Le ministre ouvre en effet une voie de réflexion, sans doute même une piste aux investisseurs internationaux, asiatiques en l'occurrence, mais aux exportateurs marocains, jusqu'ici portés à privilégier les échanges avec l'Europe.
Avec un souci de cohérence plus qu'affirmé, il a rappelé que « la tournée asiatique de la délégation marocaine qui a englobé la Chine, la Corée du Sud, Hong Kong et l'Inde » s'inscrit dans un cadre de large prospection destinée à promouvoir le produit Maroc. « Ces rencontres, a-t-il dit, ont été l'occasion d'informer les principaux interlocuteurs sur les réformes économiques structurelles initiées par le Maroc et qui ont concerné l'arsenal juridique et institutionnel régissant l'activité économique afin de faciliter les transactions commerciales et drainer davantage d'investissements étrangers directs ».

Considéré comme un pays émergent, le Maroc ne saurait de nos jours demeurer indifférent à l'évolution des pays asiatiques, dont le poids se mesure, certes, à l'aune des taux de croissance et du nombre des transactions, mais aussi d'une présence économique et politique. S'il entretient de bonnes relations diplomatiques traditionnelles avec les pays, tous les pays d'Asie, le Royaume du Maroc est plus qu'interpellé à présent par les marchés que ces pays représentent. Il lui faut refonder sa diplomatie économique et se positionner sur des marchés exponentiels et relever, par anticipation dirions-nous, les défis de la concurrence. C'est dire qu'il en possède à la fois les critères et les capacités. Comme l'a encore souligné le ministre de l'Industrie, il existe un grand intérêt manifesté par les investisseurs étrangers pour le marché marocain, sachant que le Maroc peut constituer une porte vers les marchés européen et africain ». C'est d'autant plus vrai que les réformes profondes et innovantes, mises en œuvre depuis quelques années maintenant au Maroc, ouvrent toutes les perspectives possibles aux investisseurs, en termes de fiscalité, d'incitations diverses et de garanties réglementaires.

On n'en veut pour preuve que l'implantation de plus en plus forte des groupes étrangers, la réalisation d'importantes infrastructures à tous les niveaux, l'ouverture accélérée vers l'étranger et notamment la signature d'accords de coopération dont ceux du libre-échange. Une telle évolution, saluée par ailleurs de partout, inspire une remarque fondamentale : non seulement le Maroc entre de plain-pied dans le cercle vertueux des économies émergentes, mais il est fortement interpellé pour y renforcer sa place et exalter son modèle économique et social. C'est si vrai qu'il assume aisément son rôle de carrefour et de pont entre l'Europe et l'Afrique, entre l'Asie et l'Afrique aussi.

Les pays asiatiques, comme l'a dit le ministre, sont conscients de l'importance du marché africain qui, selon des études modernes, devrait compter, à l'horizon 2020, près de 1 milliard d'habitants, une forte classe moyenne. Le Maroc pourrait constituer une plate-forme pour les investissements afin d'attirer cette force consommatrice. Le Royaume du Maroc saisit aujourd'hui les opportunités d'échanges avec les pays d'Asie, ce qu'on a appelé les « Tigres », Chine, Singapour, Corée du sud et Malaisie, mais aussi avec une Inde forte importatrice d'ores et déjà de grandes quantités de phosphates du Maroc pour son agriculture et qui incarne aussi l'un des modèles démocratiques. Il constitue pour eux la plate-forme idéale pour accéder à l'Afrique, par la grande porte.

Tous ces pays ont adopté un credo : la croissance, l'économie monde pour la grande Chine et la spécialisation dans les services pour l'Inde. La Chine finance le déficit budgétaire des Etats-Unis et s'implante progressivement dans le continent africain, l'Inde exporte sur un créneau, celui des technologies, franchissant la barre des 55% au niveau des exportations des services. Autant dire que ces marchés, le Maroc les reluque non sans un fort intérêt. Autant dire également, qu'il est invité à renforcer sa diplomatie économique qui s'articule sur la prospection déterminée, la coopération économique et financière, l'exploration des marchés porteurs, la mise en place au niveau des entreprises de joint-ventures et, ce qui n'est pas la moindre dimension, une volonté politique multilatérale. La question demeure néanmoins, cruciale et impérative : existe-t-il une doctrine de la diplomatie économique ?

Le Matin

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