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Sioux foughali
13/03/2011, 10h44
Au moment où l’Algérie commémore le double anniversaire de la création de l’UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures, dans un contexte de troubles dans la plupart des pays arabes, Liberté a interrogé M. Francis Perrin, , directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz Arabes, pour tenter d’obtenir le rendu d’un regard extérieur sur les politiques énergétiques algériennes. Peut-on considérer que l’Algérie continue de jouer la carte de l’énergie pour assurer l’essentiel de son développement sur les années à venir ? Quels sont les risques mais aussi les promesses d’un tel choix, (s’il s’agit vraiment d’un choix) ? Lorsqu’un pays est dépendant à environ 97% des hydrocarbures pour ses exportations, ce qui est le cas de l’Algérie sur les dernières années, il est totalement illusoire de penser que des changements radicaux puissent intervenir en quelques années.

L’énergie, notamment le gaz et le pétrole bien sûr, vont donc rester la base du développement du pays pour de nombreuses années et ceci ne constitue pas en soi une malédiction. Par contre, il est essentiel d’engager une réelle diversification de l’économie, en sachant que cela ne pourra être que très progressif, de faire en sorte que la rente pétrolière et gazière favorise cette diversification et non le contraire et, au sein du secteur énergétique, de développer les énergies renouvelables et les économies d’énergie. Tout ceci prendra beaucoup de temps, ce qui est une raison supplémentaire pour s’y mettre dès à présent.

Quelles sont ses chances de succès face à la concurrence mondiale ? Et si une telle option venait à fonctionner, de quoi serions-nous assurés (ou contre quoi) ? En clair, qu’est-ce qui est en train de se jouer ?

L’Algérie dispose de pas mal d’atouts face à cette concurrence internationale en termes de ressources humaines et naturelles mais elle ne le sait pas forcément. Il ne faut jamais partir battu face à la concurrence nous avons souvent aussi cette tendance en France mais l’ensemble du potentiel national, qui est très important, doit être beaucoup mieux exploité, ce qui suppose, entre autres, une montée en puissance du secteur privé et une plus grande confiance dans les capacités de la jeunesse qui est l’avenir de l’Algérie. Les initiatives doivent être encouragées pour libérer ce potentiel, qui s’exprime souvent plus en dehors du pays qu’à l’intérieur… Un pays marche mieux avec deux jambes, l’une (secteur public) et l’autre (secteur privé) solides.

On a inauguré la première ferme-pilote éolienne en fin d’année 2010. On pense faire un effort dans les énergies renouvelables (éolien, solaire, principalement, ou les procédés combinés), en songeant à encourager la mise en place d’un savoir-faire national. Officiellement, en Algérie on parle des deux projets, l’un français, l’autre allemand (Désertec), mais on refuse d’être confiné en seul territoire de passage ou d’installation d’équipements, et on insiste sur le partenariat gagnant-gagnant. L’annonce, au tout début de cette année, d’un plan ambitieux pour les énergies renouvelables, axé notamment sur le solaire et sur l’éolien, est une très bonne chose. L’Algérie a des atouts importants dans ce domaine et il est important que ce potentiel soit lui aussi valorisé pour des raisons internes et externes. Pour ce qui concerne la coopération avec le projet Desertec, avec Medgrid (pour la mise en place de réseaux électriques transméditerranéens) et dans le cadre du Plan solaire méditerranéen au sein de l’Union pour la Méditerranée, l’Algérie a indiqué qu’elle gardait à ce stade toutes les options ouvertes mais qu’elle entendait d’abord déterminer ses priorités et son propre programme avant de voir quels seraient les partenaires les plus adaptés, ce qui est très raisonnable.

Et, enfin, quels seront les meilleurs partenaires de l’Algérie ? Choisirons-nous d’avoir affaire à des États ou à des entreprises ?

Il faut être très pragmatique en matière de coopération industrielle. Certaines compagnies peuvent être de très bons associés sur certains aspects et de moins bons sur d’autres, en fonction de leurs compétences technologiques, managériales et autres. Il n’y a pas forcément un meilleur partenaire ou quelques meilleurs partenaires dans l’absolu. Il en est de même pour les États. De toute façon, le champ est très large, ce qui permet d’envisager de multiples partenariats, publics et privés, comme on le voit dans le cas des hydrocarbures.

Le ministre de l’Énergie et des Mines pense que si on avait appliqué la réglementation en vigueur dans les pays de l’UE, concernant la passation des marchés, on n’en serait pas là où on est. Entre autres choses, connaître d’abord les prix des équipements et produits à acquérir sur les marchés internationaux, avant de les acheter. Qu’en pensez-vous ? Il est essentiel, en Algérie comme ailleurs, de disposer d’une réglementation stricte en matière de passation des marchés et, surtout, de veiller à ce qu’elle soit appliquée. Cela a des avantages industriels, économiques et financiers évidents et c’est le meilleur moyen de prévenir des scandales tels que ceux qui ont frappé la Sonatrach en 2010. Acheter est utile, bien sûr, mais il faut surtout être un acheteur avisé, ce qui suppose d’avoir une idée claire de ses besoins et une bonne connaissance des équipements, matériels ou services recherchés, de leurs fournisseurs ainsi que des coûts réels et des prix. Il faut aussi avoir la volonté de développer les compétences nationales pour pouvoir intégrer ces achats dans un processus plus large et accroître au fil du temps la part de ce qui peut être fabriqué localement.

Pensez-vous qu’il est urgent, pour l’Algérie, de songer à diversifier ses sources d’énergies renouvelables et peu polluantes (solaire, éolien, entre autres) pour des raisons de développement durable, ou à cause de l’arrivée de nouveaux concurrents dans un marché déjà encombré, et que de toute façon il faudra faire vite, ou alors le temps ne presse pas comme on veut bien le laisser entendre ?

C’est urgent pour les deux raisons que vous évoquez, le développement durable-et le développement tout court, d’ailleurs-et l’évolution des industries des énergies renouvelables au plan mondial. Il y a aussi la croissance de la demande interne d’électricité, le fait que les hydrocarbures sont des ressources non renouvelables, l’existence d’opportunités au niveau européen et le développement de compétences et d’emplois en Algérie. Il n’est jamais bon d’être dans les derniers face à ces enjeux. Il faut donc commencer rapidement et le plan annoncé récemment marque la prise de conscience par les autorités que le temps est venu pour l’Algérie de prendre toute sa place dans les énergies renouvelables. Ceci étant dit, la mise en œuvre prendra du temps, beaucoup de temps, comme tout ce qui concerne le secteur énergétique. Il ne faut jamais confondre vitesse et précipitation dans ce domaine. Quand on veut construire quelque chose de solide et de durable, l’essentiel est de poser de bonnes fondations.

Liberté

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