stranger011
20/04/2006, 16h08
Né le 5 juillet 1927 à Constantine; mort le 2 juin 1978 à Alger. Études primaires et secondaires. Bref passage dans l'enseignement. En 1954, fait des études de droit à Aix-en-Provence. Voyage, puis collabore à des revues et hebdomadaires. Tentative de travail en Camargue, puis Paris, radiodiffusion. Effectue des missions pour le F.L.N. en U.R.S.S., en Égypte et en Inde. Après 1962, dirige, à Constantine, la page culturelle d'An-Nasr (1965-1968). D'avril 1968 à août 1972, directeur de la culture au ministère de l'Information et de la Culture. S'occupe du premier colloque culturel national (31 mai-3 juin 1968) et du pre*mier festival panafricain en 1969. En juillet 1972, est conseiller technique chargé des études et recherches dans la production culturelle en fran*çais. Après l'indépendance, a décidé d'arrêter d'écrire puisque le français, qu'il utilisait, le sépa*rait de ses « vrais » lecteurs. Une entorse en 1967 un poème pour la Palestine. Quelques articles. Le Malheur en danger (poèmes; Paris, la Nef, 1956) ; La Dernière Impression (roman; Julliard, 1958) ; Je t'offrirai une gazelle, (roman; Julliard, 1959) ; L'Élève et la leçon (roman; Julliard, 1960) ;Le Quai aux fleurs ne répond plus (roman; Julliard, 1961) ; Écoute et je t'appelle (poèmes; Maspero, 1961, précédés de « Les zéros tournent en rond », essai).
ILS VONT DANS LA LÉGENDE
Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras
Je leur avais parlé
J'avais senti leur main
Ils avaient des enfants et même des défauts
Comme ils savaient sourire alors qu'il faisait nuit
Je les retrouve en achetant
Un journal
Ils étaient mes amis ils n'étaient pas des mots
Des chiffres ou des noms
Ils étaient mille jours et dix ans de moi-même
Le repas qu'on partage
La cigarette de l'ennui
Ils savaient mes enfants
Je leur donnais tous mes poèmes
Ma mère aimait leur coeur
Ils étaient mes copains
Je leur avais parlé
Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras
Et ils sont devenus une âme et ma patrie
Je ne verrai jamais mon copain le mineur
Son sourire éclairait son regard d'amertume
Mon copain le boucher et l'autre instituteur
Et je m'excuse
D'être vivant
Je suis plus orphelin qu'une nuit sans la lune
Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras...
stranger011
22/04/2006, 18h50
Quand Reverrai-je Hélas
« J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta
C’est à douter d’un souvenir et l’Algérie
Me dit dans un regard que mes yeux m’ont menti
Et rien d’autre mon cœur que cette rêverie
Au bastingage lourd d’un bateau qui partit
Suis-je né dans l’exil et dans mon habitude
A chercher au métro le couloir étranger
Suis-je le prisonnier de cette servitude
Qui nous fait dire blanc dés lors qu’il a neigé
Mon cœur est un touriste aux étapes d’ennui
Je ne visite rien qu’un souvenir qui râle
Hôtel tout n’est qu’hôtel pour allonger la nuit
Ah ! la fiche à remplir testament des escales
Je connais sous les ponts à l’écoute du fleuve
L’impassible dialogue et les mornes questions
Que se pose un maudit à qui manque la preuve
Qu’il est juste pour lui de dormir sous un pont
Verrai-je un nouvel an aux couleurs de cerise
La rue blonde au pavé d’un jour du mois de mai
Et vers le Djebel Ouach quand bavarde la brise
Tous ces rêves noyés d’un lac aux yeux fermés
J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta ».
malek haddad
Je me souviens de son roman "Je t'offrirai un gazelle".
Exils et royaumes des écrivains algériens
Par Sadek Aïssat
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L'exil est une longue insomnie, disait Victor Hugo, au moins, tient-elle les écrivains éveillés.
Albert Camus (1) n'est pas le seul écrivain algérien à avoir connu l'exil. Malek Hadad, parmi ceux qui écrivaient en langue française, a franchi le limes du silence; après l'indépendance, celui qui avait déclaré " Le malheur en danger " cessa d'écrire. Il en est mort. Kateb Yacine, le torturé, s'est tourné vers le théâtre en arabe parlé, ceux pour qui il voulait écrire ne pouvant le lire.
Ceux parmi les Algériens qui trouvent en eux-mêmes les ressources pour continuer à écrire en français, quand ils ne font pas commerce de mots, portent des exils multiples et l'ombre lancinante de royaumes éthérés. Exil de la langue, dans la langue - tunique de Nessus, dit Assia Djebar -, exil de soi, et exil d'un pays. La volonté d'être, d'exister, de dire, pour beaucoup, passe par la douleur d'un exil non plus spatial, mais d'une exclusion du temps. Le malheur est là, dont le poids subtil déroule ses signes tout au long d'un itinéraire incertain vers le royaume des mots et de l'émotion échangés: l'homme. Car il demeure la seule certitude.
http://www.regards.fr/archives/1995/199512/199512cre05.html
stranger011
23/04/2006, 13h56
Poète dans l'âme, la prose de Malek HADDAD est comme un long poème lyrique, il fut l'un des bâtisseurs de la littérature algérienne d'expression française, encore très juvénile. Il vit le jour à Constantine le 5 juillet 1927, mais sa véritable naissance fut le 8 mai 1945, c'est durant les événements sanglants que traversa le pays la veille de la fin de la guerre mondiale qu'il découvrit véritablement la cruauté du colonialisme. Cette date demeurât cruciale pour le jeune Malek HADDAD qui prit conscience de l'occupation française face à laquelle sa plume lui servira de canon, durant la guerre de libération (1954 - 1962). Plus tard il entreprit des études de Droit à la faculté d'Aix-En -Provence en France mais il tourna vite le dos au Droit pour s'adonner entièrement à sa passion, l'écriture.
Poète engagé, ses oeuvres étaient attachées à la cause algérienne et ses romans et recueils de poèmes se situent entre 1956 et 1961, sa poésie et sa prose c'était une manière de lutter contre le colonialisme, après l'indépendance Malek HADDAD s'est tût en disant que la langue française était son exil, un exil qu'il refusa de vivre après la souveraineté retrouvée de l'Algérie.
Cependant, il participa à la préparation de la page culturelle du quotidien constantinois " Ennasr ", plus tard il sera directeur de la culture au ministère de la culture et de la communication avant d'être le premier secrétaire de l'Union des écrivains algériens, un poste qu'il occupa de 1974 jusqu'a 1976. Il travailla comme instituteur durant une longue période, puis dans le journalisme à l'instar de son confrère Kateb Yacine. Son premier roman, " la dernière impression ", publié par Juliard en 1958 fut son œuvre la plus expressive de la cause algérienne, plus tard suivront " je t'offrirai une gazelle " en 1959, " l'élève et la leçon " en 1960 " le quai aux fleurs ne répond plus " en 1961 toujours chez Julliard. Il publia deux recueils de poésies " le malheur en danger " en 1956, puis " Ecoute et je t'appelle " en 1961. C'est en silence le 02 juin 1978 qu'il mourut suite à un cancer. " Ne frappez pas si fort, je n'habite plus là ".
stranger011
24/04/2006, 19h14
Alors, toi tu demandes :
un ennemi qu’est-ce donc ?
Un ennemi c’est un monsieur qui a deux bras et
deux jambes comme toi, mais qui croit au printemps
que lorsqu’il est inscrit au calendrier.
Cette totalité de l’homme dans un drapeau,
dans une orange, dans un automne tiède,
comme un sein de femme bien aimée,
dans tous les gars du monde
qui se donneront la main
quand ils ne seront plus manchots :
Cette totalité de l’homme tu l’atteindras en
farfouillant tous les recoins de ton malheur,
Promènes-toi au Sahara
promène ton Sahara.
Fais-en une morale comme une rose des sables.
Fais-en quelque chose qui suit une morale
et une rose
malek haddad
stranger011
24/04/2006, 19h23
Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'oublie Nuremberg et que j'oublie Dachau
Mais là je suis chez moi chez moi dans ma mémoire
Dans ce Moyen-Orient où l'intrus est de trop
Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'oublie Varsovie devenant Polonaise
Ni les trains qui drainaient la mort au crématoire
Mes frères par millions hurlant dans la fournaise
Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'appelle à la haine en saluant nos tanks
Je n'oublierai jamais dans la Nuit le Brouillard
Le regard angoissé de ma sœur Anne Frank
Mais là je suis chez moi chez moi en Palestine
Chez moi parce qu'Arabe Arabe à en mourir
Arabe dans les yeux Arabe en ma poitrine
De Damas en danger à notre El-Djazaïr ".
malek haddad
Tizinissa
24/04/2006, 22h51
Merci Stranger pour la presentation de Haddad !!
J'ai beaucoup apprecie ses poemes !
Bonjour,
J'aime bien cet écrivain de talent, je ne sais pas qui me fait penser à l'autre A.Mostaghanmi ou bien M.Hadad. A bellevue (Constantine), une mosqué portant son nom comme pour lui rendre hommage...
stranger011
25/04/2006, 19h46
Malek Haddad disait : "nous écrivons le français, nous n'écrivons pas en français" pour souligner que la langue n'est qu'un instrument, qui exclut toute aliénation culturelle. Il vivra la langue française, l'école, comme un exil plus fort que l'exil : "L'école coloniale colonise l'âme. C'est insidieux, c'est profond... Chez nous, c'est vrai, chaque fois que l'on a fait un bachelier, on a fait un français. Il y a toujours eu une école entre mon passé et moi. Je suis moins séparé de ma patrie par la Méditerranée que par la langue française. "
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