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Voir la version complète : Localisation des entreprises et concurrence spatiale


morjane
27/04/2006, 17h13
Les questions liées aux délocalisations pour les uns et aux localisations pour les autres, font beaucoup de bruit aujourd’hui et posent de réels problèmes aux gouvernements.

Autrement dit, il s’agit de maintenir l’attractivité des territoires au niveau des pays à haut niveau de vie, alors que d’autres pays offrent aux firmes des localisations à coûts nettement plus bas. En même temps, en dépit de la faiblesse des coûts du facteur de travail et de transaction au niveau de ces derniers pays ainsi que de la mobilité internationale facile des firmes, il est important de signaler qu’il reste beaucoup d’entreprises préférant demeurer dans certains de ces pays que d’autres.

Les coûts du travail ne sont évidemment pas les seuls déterminants des choix entre les différentes localisations possibles des entreprises à l’étranger. En effet, les décisions de localisation deviennent un élément majeur des stratégies de ces entreprises, qu’elles soient commerciales ou industrielles. Ces décisions s’appuient sur des méthodes où l’analyse et la perception du marché doivent s’accompagner d’une nécessaire volonté «d’efficacité et d’opérationnalité». En plus, elles doivent tenir compte de l’influence grandissante des stratégies et décisions publiques sur la structuration de l’espace. Elles s’intéressent aux perspectives renouvelées liées aux questions de localisation en s’appuyant sur les travaux et recherches récents des spécialistes. Ces recherches concernant ce domaine posent vraiment aujourd’hui un regard, à la fois, synthétique et nouveau sur les choix de localisation industrielle ou commerciale. Il faut signaler ici que l’influence des politiques publiques n’est, bien sûr, pas omise quand on connaît l’importance de leur rôle dans les décisions de localisation et d’attirance de ces firmes.

En effet, l’Etat qui s’intéresse à cette «attractivité» des firmes et à leurs investissements directs, et qui offre des coûts salariaux moins élevés, dans le cadre de sa politique en faveur de l’implantation des différentes entreprises, notamment productrices, pour pouvoir tirer profit et améliorer réellement la croissance, doit mettre en oeuvre un ensemble d’actions visant, entre autres, à mobiliser les différentes incitations spatiales, administratives, financières et fiscales...

Il est clair qu’une entreprise internationale localise ses unités de production là où elle espère qu’elles seront les plus profitables. Donc, le choix de son implantation tient compte, en général, de trois grandes catégories de facteurs. La première catégorie de déterminants concerne ceux qui conditionnent sa production et son écoulement: les plus importants sont la taille et l’accessibilité des marchés (la taille de la demande à laquelle la filiale peut accéder selon sa localisation), la présence de sous-traitants et de fournisseurs de services, la formation et les coûts de la main-d’oeuvre. Le coût du travail est bien entendu central ici, mais beaucoup d’autres éléments entrent aussi dans la formation des coûts de production; de plus surtout, les politiques publiques centrales et locales par le biais de quelques stratégies (fiscalité, orientation, bureaucratie...) peuvent intervenir sur ces coûts. La deuxième catégorie concerne l’offre de biens et services publics fournis par l’Etat et les collectivités locales, comme les infrastructures, les formes d’organisation socio-économique, les biens environnementaux... La dernière catégorie touche les aménités, les bienveillances et les civilités, c’est-à-dire un ensemble de caractéristiques avantageuses.

Dans tous les cas, seule la demande locale intervient dans le choix de localisation: naturellement et logiquement, le choix entre plusieurs localisations prend en compte le potentiel de marché offert par chacune. Selon le centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) qui a publié un ouvrage intitulé l’économie mondiale 2006, cette notion (de choix entre plusieurs localisations) a été analysée par les géographes dans les années cinquante et récemment redécouverte et formalisée par les spécialistes d’économie géographique tels que Hanson en 2005 et Fujita et d’autres en 1999: pour mesurer le potentiel de marché, les travaux empiriques retiennent donc des estimations plus élaborées des différentes barrières aux échanges et utilisent des données de branches par rapport à la situation de chaque pays. En effet, il y a de bonnes raisons pour que les firmes internationales ne se précipitent pas sur un marché même s’il est important.

Donc le cas de l’Algérie, malgré que le coût du travail est l’un des plus bas de la région méditerranéenne, l’on constate qu’il n’y pas de bousculade ou de forte demande des entreprises internationales pour venir s’installer avec de grands investissements étrangers directs notamment dans la production (usines de fabrication d’automobiles et de machines ou de leurs accessoires... etc.) qui reste le domaine primordial qui caractérise l’avancement réel d’un pays en voie de développement. Mais paraît-il qu’en Algérie, on est beaucoup plus intéressé d’acheter de l’extérieur que de produire ici dans le pays. Il s’agit de mettre une politique publique efficace pour combattre cette dérive qui a tendance à freiner toute action productive et réunir les conditions et les déterminants nécessaires pour attirer «des localisations productives», en Algérie.

En conclusion, on doit attacher une grande importance à la production, qu’elle soit le résultat des localisations des entreprises étrangères ou algériennes, seule alternative à l’éloignement de la dépendance des hydrocarbures et de l’importation de tout et de rien qui se constate aujourd’hui. Il s’agit de mettre à niveau et améliorer la compétitivité du secteur productif, ce qui créera l’emploi, la productivité et les mécanismes de la concurrence spatiale.

Par Riadh Bouriche : Docteur En Sciences Politiques (Le QO)

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