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biskra
20/04/2011, 03h21
Par rapport à la crise syrienne, on voit l’administration Obama observer une retenue dont elle ne s’est guère embarrassée lors des soulèvements tunisien et égyptien. Et moins encore par rapport à la drôle de révolution libyenne, en passe de devenir un cas d’école, le modèle même d’une équipée impérialiste se faisant passer pour une action de bienfaisance : empêcher Kaddafi de massacrer son peuple qui veut le renverser.

Barack Obama et Hillary Clinton ont dit et redit qu’ils ne conspiraient pas contre Béchar El Assad et son régime. Ils n’ont cessé de se laver les mains du mouvement de contestation, de s’en démarquer, d’affirmer leur neutralité dans le conflit, et, surtout, d’assurer le pouvoir syrien qu’ils s’y tiendraient dans les jours et les semaines. À charge pour lui de ramener le calme en satisfaisant les revendications démocratiques légitimes à l’origine de la rébellion, pour autant qu’il veuille s’en sortir à moindres frais. Ils n’iraient toutefois pas, semblent-ils dire en même temps, jusqu’à l’assurer qu’ils resteraient jusqu’au bout sur la même attitude de réserve, car il doit bien comprendre que celle-ci deviendra insoutenable si la crise doit durer plus longtemps qu’il ne serait raisonnable.

Il doit donc accélérer la cadence de la reprise en main, se dépêcher de prendre le dessus sur la contestation et, bien entendu, sans avoir pour cela à se rendre coupable d’un bain de sang si effroyable qu’eux-mêmes se verraient dans l’obligation de le condamner, et peut-être même de lâcher sur lui la Ligue arabe, puis – le moyen de faire autrement après cela – la communauté internationale. Déjà qu’il n’y va pas de main morte, et qu’eux-mêmes ont beaucoup de peine à prolonger le délai de grâce qui lui est accordé.

Mais qu’il fasse vite, parce que d’ici à ce que le monde commence à s’émouvoir de ses crimes il n’y a peut-être pas loin. Il n’aura en tout cas pas toujours les coudées franches dans sa lutte à mort contre une cause dont tout indique qu’elle est juste. Qu’il sache d’ailleurs que ni les Américains ni personne n’auraient réussi à lui ménager cette période de tranquillité si les «révolutionnaires libyens» n’accaparaient pas l’attention du monde, aussi bien d’ailleurs que ses moyens militaires disponibles. A chaque jour suffit son dictateur à déboulonner.

Certes, la Syrie n’est pas la Lybie. Mais on disait aussi que l’Egypte n’était pas la Tunisie. On connaît la suite.
Néanmoins, la Syrie n’est pas la Lybie, ne serait-ce qu’à cette aune : pas de révolutionnaires en nombre suffisant (car il doit bien s’en trouver quelques-uns si on cherche bien) sur le mode libyen, et qui n’auraient de cesse qu’ils n’aient provoqué une intervention de l’Otan.

Une révolution de cette nature-là, il n’y a probablement que les révolutionnaires libyens pour être preneurs. Le peuple syrien n’en voudra certainement pas. A la limite, il lui préférera le maintien de Bachar El Assad. Mais il n’est pas obligé en l’espèce de choisir entre la peste et le choléra. Il peut faire comme les Tunisiens et les Egyptiens, encore que vraisemblablement il ait à payer plus chèrement la liberté pour laquelle il se bat désormais ouvertement.

Mai posons-nous franchement la question : est-il possible qu’apparaissent en Algérie des «révolutionnaires libyens» si les circonstances le permettent ?
A s’en tenir à la tonalité des discours, à la qualité des attitudes, ayant cours dans une certaine frange de l’opinion, on serait porté à répondre par l’affirmative à cette question. Oui, certains d’entre nous présentent le même profil idéologique et politique que les révolutionnaires libyens. Ils n’hésiteraient pas à demander une intervention étrangère pour venir à bout du régime, et s’emparer du pouvoir par la même occasion, si le pays était plongé dans la crise.

D’autant plus qu’ils ne sont pas sans savoir que les puissances occidentales ne feraient pas alors preuve de la même retenue qu’on leur voit vis-à-vis du soulèvement syrien. Mais le fait de se savoir aujourd’hui à contre-courant des sentiments de la majorité de leurs compatriotes les force à mesurer leur soutien aux révolutionnaires libyens, dans lesquels cependant il est clair qu’ils se reconnaissent.

Par Mohamed Habili

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