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gdesmon
06/05/2011, 17h22
La Tribune 06/04/2011 Sylvain Rolland -

Oui, mais pas tout de suite. La promesse d'une démocratie stable renforce l'attractivité du pays, qui séduit grâce à sa compétitivité, une main d'œuvre très qualifiée, et sa proximité culturelle avec la France. Mais si la plupart des investisseurs comment à imaginer leur implantation, ils sont suspendus aux résultats des élections du 24 juillet prochain, qui désigneront une assemblée constituante.

"On va enfin pouvoir faire du business correctement". Comme Eric Labonne, patron de L&L Consultants Associés, une entreprise d'assistance juridique, les investisseurs français voient la Tunisie post-révolution de jasmin d'un nouvel oeil. Depuis la chute du régime de Ben Ali, le 15 janvier dernier, et la constitution d'un gouvernement provisoire qui doit déboucher le 24 juillet sur l'élection d'une Assemblée constituante, la promesse d'une démocratie stable et de réformes économiques favorisant les investissements redonne confiance aux investisseurs français.

Thierry Miremont, directeur de Photowatt, une entreprise française spécialisée dans l'énergie solaire, est bien décidé à profiter du marché en plein boom des énergies renouvelables, un des domaines où la Tunisie fait figure de pays moteur en Afrique. "Le régime de Ben Ali, caractérisé par les passe-droits, l'opacité et la corruption, ne m'inspirait pas du tout confiance, alors que maintenant je veux m'y implanter le plus vite possible", sourit ce chef d'entreprise.

La France, premier investisseur mondial dans le secteur industriel

Avec 800 millions d'euros d'investissements en 2010 selon le ministère des Finances tunisien, la France est le premier investisseur dans le secteur industriel (sauf dans l'énergie) et occupe le troisième rang en valeur derrière les Emirats arabes unis et le Royaume-Uni. Réputée pour la qualité de ses ressources humaines, la Tunisie devrait continuer à attirer les entreprises en quête d'externalisation de leur main d'œuvre. "La proximité des tunisiens avec la culture française et la qualité du personnel sont d'énormes atouts pour nous. La possibilité d'une démocratie stable rend la Tunisie beaucoup plus attractive que d'autres pays comme le Maroc par exemple", explique Asma Aïdi, tunisienne et chef de projet chez Steria, une multinationale en conseil informatique et infogérance.

La perte de compétitivité liée aux augmentations de salaires (10%) depuis la révolution de jasmin ne rebute pas les entreprises déjà implantées dans le pays, comme Alstom. "La situation est un peu difficile mais Alstom est en Tunisie depuis longtemps et ne voit aucune raison de ne pas y être pour longtemps encore", affirme Paul Moneyron, premier vice-président d'Alstom Power Service. L'enjeu pour ces entreprises déjà implantées : récupérer les marchés publics à venir... Ou s'implanter sur les marchés qui vont s'ouvrir grâce à l'arrivée de la démocratie, comme la culture et l'édition. Sous Ben Ali, la censure empêchait la vente de livres jugés subversifs. "La révoltuion a créé un marché énorme à prendre sur les livres. Les livres auparavant interdits vont devenir attirants", se réjouit-on aux éditions Calmann-Levy. L'imparatif : s'installer vite pour éviter que le secteur ne soit "pris d'assaut" par d'autres entreprises.

"Un paradis économique en devenir"

Les investisseurs français sont donc dans une démarche de prise de contacts, d'évaluation des possibilités. Car si la Tunisie pourrait effectivement devenir l'eldorado des investisseurs, ceux-ci restent suspendus aux résultats des élections du 24 juillet. "Personne n'investira avant les élections car d'une part le gouvernement provisoire n'a pas les moyens de lancer de grands projets, et d'autre part le score des islamistes est source d'inquiétude", explique Vincent Morel, de la société de climatisation Airwell. Les investissement directs étrangers (IDE) dans les secteurs de l'industrie manufacturière et de l'énergie ont connu respectivement une baisse de 23% et de 30,8% sur un an au premier trimestre 2011, à cause de la révolution. Mais les investisseurs, qui préfèrent être prudents, sont optimistes. "Etant donné l'évolution de la situation, peu de monde pense que les situation sera problématique après les élections, poursuit Vincent Morel. Pour tout le monde, la Tunisie est un paradis économique en devenir".

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