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Voir la version complète : L'economie de la mort


RdP
01/05/2006, 13h15
Khouribga, Beni Mellal et Fqih Ben Saleh constituent ce qui est communément appelé “le triangle de la mort”. En une semaine, un policier a été abattu et une fusillade déclenchée en pleine rue. TelQuel y est allé.


“Pour que le patron de la police fasse le déplacement dans un trou perdu comme Fqih Ben Saleh, c'est que l'affaire est vraiment grave !”, s'étonne un policier de la ville. En effet dès l'annonce de la découverte du corps d'un policiera battu dans un champ, à la sortie de Fqih Ben saleh, Hmidou Laânigri s'est rendu en hélicoptère sur le théâtre du crime. Vengeance, crime crapuleux, acte terroriste ? Un communiqué laconique du procureur général près la cour de Fqih Ben saleh, se contente de préciser que la victime, Ftitch Ahmed Ben Larbi, agent exerçant au commissariat de police de Fqih Ben Saleh, a été retrouvé mort sur le bas-côté droit de la route menant à Khouribga, tué d'une balle de son pistolet personnel dans le front . Le pistolet a été retrouvé sur sa poitrine. Du côté de la police, la consigne a été donnée pour que les premiers éléments de l'enquête soient tenus secrets. L'affaire aurait pu être banale si deux jours auparavant, dans la soirée du mercredi 12 avril 2006, une fusillade digne d'un grand thriller n'avait mis en émoi les habitants de la petite bourgade de Oued Zem située à quelques dizaines de kilomètres de Fqih Ben Saleh.

Chronologie d'une course-poursuite
Vers 20 h, les agents du service de police régionale de la ville d'Oued Zem sont prévenus qu'une Fiat Palio rouge, toutes portes ouvertes, immatriculée au Maroc sous le numéro 25664- Alef (A) - 8, est l'objet de la curiosité des habitants du quartier Zaydania. Une fois sur place, les policiers s'empressent de fouiller l'intérieur du véhicule où ils découvrent les papiers… d'une autre Fiat Palio, portant le numéro d'immatriculation 6906- Alef (A)-38, appartenant à une société de location de Ouarzazate. C'est à ce moment-là que la fameuse Palio de couleur noire portant le numéro d'immatriculation consigné dans les papiers découverts à l'intérieur de la voiture abandonnée surgit, avec trois hommes cagoulés à son bord. L'un d'eux saute au volant de la Palio rouge et démarre en trombe. Pour disperser les badauds et empêcher les policiers d'intervenir, les criminels tirent plusieurs salves avec des fusils de chasse. “Comme les voisins ont essayé de bloquer le passage aux malfrats en leur jetant notamment des pierres, ils ont répliqué en tirant plusieurs coups de feu. De nombreux citoyens ont d'ailleurs été blessés, cinq enfants et une femme. Ils ont été évacués à l'hôpital Hassan II de Khouribga”, se remémore le gardien de nuit qui avait prévenu les policiers.

Au moment où la course-poursuite démarre, le troisième homme cagoulé profite de la stupeur des badauds qui tentaient d'échapper à la fusillade, pour monter à bord de la Palio abandonnée et démarrer sur les chapeaux de roue. La course-poursuite ne durera pas très longtemps parce que l'un des pneus de la voiture de police a éclaté, à la suite d'une balle tirée par les malfrats. Les bandits s'étant évanouis dans la nature, toutes les forces de police ont étémobilisées. Le préfet de Settat a été mis au placard et le patron de la sécurité publique à la DGSN, Brahim Oussirou, a été chargé de l'enquête. Malgré cela, à l'heure actuelle, l'enquête diligentée par la BNPJ, la police locale et les services de gendarmerie, n'a pas beaucoup avancé. C'est tout juste si on a réussi à déterminer que les plaques minéralogiques de la Palio rouge qui a été retrouvée complètement calcinée sont fausses et que la Palio noire a été volée à une agence de location de Khénifra.

S'agit-il d'un règlement de compte entre bandes rivales ? D'une lutte à couteaux tirés entre des trafiquants de voitures volées ou tout simplement de luttes fratricides entre trafiquants de drogue ? C'est plutôt vers cette piste que penchent les enquêteurs car en ce qui concerne le trafic de drogues dures, la région n'est pas exempte de tout soupçon.

Cocaïne à satiété
En effet, la mafia locale, qui a fait ses premières armes dans la petite délinquance en Italie avant d'écumer la région, a réussi à faire entrer les drogues dures dans le circuit de consommation de la Chaouia. Selon l'avis même d'anciens accros, la région est connue pour abriter un vaste réseau de distribution, qui dépasse largement le périmètre de la province de Khouribga, un trafic géré par une nouvelle génération de dealers rodée aux techniques les plus récentes en matière de trafic de drogue et qui serait beaucoup plus dangereuse par ses méthodes que les ex-parrains du trafic de haschich. “La plupart de ces nouveaux barons ont d'abord servi en Italie où ils se contentaient de livrer des doses de cocaïne d'une adresse à l'autre, d'un café à l'autre, dans la communauté marocaine en particulier et arabe d'une manière générale”, rappelle un émigré d'Italie, venu passer les vacances du Maoulid à Fqih Ben Saleh. Selon une source italienne de la brigade des stups de Milan, “il y a de nombreux Marocains issus de la région de Khouribga, Kelaat Sraghna qui ont fait fortune dans ce trafic et qui sont rentrés chez eux pour se caser et gérer des commerces. D'autres ont préféré prospérer en continuant à tremper dans le trafic des drogues dures en faisant des allers- retours entre le Maroc et l'Italie”.

RdP
01/05/2006, 13h17
Protection et complicités
“Les trafiquants ont de gros moyens”, souligne un militant associatif de Khouribga. Il ajoute qu'ils n'auraient pu continuer à mener leur trafic sans protection policière, surtout quand on voit qu'ils réussissent facilement à blanchir leur argent à travers la création d'entreprises locales .Dans la région même, la consommation des drogues dures est en hausse constante. L'affaire du serial killer qui, à la suite de plusieurs meurtres, a mis en émoi il y a un mois de cela, les habitants de la cité des phosphatiers, est liée au trafic de drogue. Selon des proches des victimes, l'assassin, un dealer notoire, bénéficiait de forts appuis dans la pègre italienne. Selon un militant de la section locale de l'AMDH (Association marocaine des droits de l'homme), “si l'incident est lereflet de la détérioration de la situation socio-économique de la population”, c'est le trafic de toutes sortes de stupéfiants dans les quartiers populaires notamment les quartiers “Hay Essalam”, “Hay El Fath”, “Hay Al-Inbiât”, “Hay Labrik”, et “Douar Zitoune” qui a conduit la ville à devenir le Chicago des années 2000.

Vols de voitures
Autre passe-temps favori de la pègre locale, le vol de voitures. A Fqih Ben Saleh, on s'empresse de vous raconter l'anecdote. “Le célèbre footballeur allemand Bekenbaueur s'était fait voler sa Ferrari dernier cri. La star du football allemand a mis sur le coup un célèbre cabinet européen de détectives. Après maintes années de recherche, les enquêteurs sont tombés sur les traces du bolide. Où ? A Fqih Ben Saleh !”, Le jeune homme raconte l'anecdote avec une pointe de fierté dans la voix : ici, le trafic de voitures n'est pas vraiment un délit, c'est plutôt un sport régional. Que l'histoire soit vraie ou le fruit de l'imagination des jeunes désoeuvrés du petit patelin, une chose est sûre, le village de Fqih Ben Saleh est bien la plaque tournante d'un vaste trafic de voitures volées en Europe. Les réseaux sont bien structurés, chaque bande a un rôle bien précis, vol, maquillage de la voiture, fabrication de faux papiers. Aux dires des policiers, dans le tiercé gagnant des trafiquants, on retrouve des limousines de luxe, des BMW ou Mercedes, ou des 4x4. Le Maroc ne sert souvent que de lieu de transit. Un responsable d'Interpol précise que “les enquêteurs qui s'étaient rendus dernièrement en Mauritanie, ont constaté que le trafic de véhicules volés à partir de l'Europe, trouve son point de chute à Nouakchott après avoir transité par le Maroc. Les véhicules tout terrain sont particulièrement prisés dans ce pays”. Il ajoute que grâce à l'Automatic Search Facility (ASF), un fichier international de recherche des véhicules volés, les policiers d'Interpol ont réussi à identifier de nombreuses voitures volées qui sont par la suite récupérées et rapatriées en Europe. En aparté, les policiers d'Interpol pointent du doigt des complicités avérées au sein des autorités marocaines. Doutes confirmés au niveau local : “Ici, tout le monde se connaît. Comparez la fortune de certains agents d'autorité avec leur salaire et vous tirerez les conclusions qui s'imposent”, susurre ce cafetier de Fqih Ben Saleh. La seule fois où la police marocaine a bien daigné donner un coup de pied dans cette fourmilière, ce fut en 1999. La police judiciaire de Hay Hassani avait mis la main par hasard sur une bande qui avait déjà réussi à écouler sur le marché marocain plus de 120 voitures de luxe volées en Europe, plus précisément en Italie. Les voitures volées étaient “blanchies” grâce à de fausses attestations de vente aux enchères établies par des douaniers véreux, avant d'être revendues dans la légalité la plus absolue. Dans ce réseau de 40 personnes arrêtées par la police, on trouvait des douaniers, des policiers, des gendarmes et des fonctionnaires chargés de l'immatriculation des véhicules, dont le quartier général se situait à… Fqih Ben Saleh.

Et le trafic des hommes
Surnommé le triangle de la mort, la région située entre Kelaat Sraghna, Khouribga et Fqih Ben Saleh est également la chasse gardée des mafias de passeurs. “Mon objectif est de pouvoir me payer une sortie honorable pour l'Italie !”, confie un jeune passeur dont le quartier général se situe dans un café populaire. Il s'agit pour lui de rassembler les six ou huit “briques” qui lui permettront de se payer une sortie sans risque, en avion, avec des papiers “presque en règle”. Si ces réseaux ne cessent de se développer, c'est aussi à cause de l'approche du tout sécuritaire adoptée par les autorités. “Le plus grave aujourd'hui, c'est que d'anciens passeurs se sont convertis en notables respectables de la région. Il y en a même qui président certaines communes rurales ce qui ne fait que compliquer encore plus notre tâche, puisque ces passeurs enrichis représentent un modèle à suivre et nous empêchent de montrer aux jeunes le véritable visage de l'immigration clandestine”, s'indigne Khalid Jemmah, le président de l'AFVIC (Association des familles de victimes de l'émigration clandestine). A l'origine du mal, une précarité et une délinquance qu'on a longtemps laissées pourrir. Et à l'arrivée, une zone de non-droit, laissée à l'abandon

btp50
01/05/2006, 14h01
C'est déplorable, il serait urgent de sevir avant la granguene !

RdP
01/05/2006, 23h09
Ce n'est malheuresement pas une exclusivité marocaine. Apres le cauchemar, des dix dernières années, le banditisme prend de l'ampleur en Algerie.

Moi qui suis quelque part contre la peine de mort, ces histoires de kidnapping qui deviennent vraiment inquiétantes; me donnent à reconsiderer ce qui etait supposé être une conviction.

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