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Voir la version complète : Belloumi: Les Verts sont capables de gagner à Marrakech


Pecos
14/05/2011, 09h45
L’ex-international algérien et ex-Ballon d’or africain, Lakhdar Belloumi, évoque dans cet entretien, sa démission de manager du MCO tout en pensant que les Verts peuvent gagner leur match à Marrakech face aux Marocains devant leur propre public.

L’Expression: Alors, Lakhdar, avez-vous officiellement démissionné du MCO ou est-ce juste un petit recul?
Lakhdar Belloumi: Non. J’ai bel et bien décidé de me retirer de la responsabilité au sein du MCO. Je suis venu au Mouloudia d’Oran que je porte dans mon coeur pour redorer son blason et pour que l’équipe puisse retrouver la place qui lui sied dans le championnat professionnel de Ligue 1. Mais, la dernière attitude d’une partie du public m’a touché dans mon amour-propre et c’est la raison qui m’a poussé à ne plus revenir au sein du club.

Mais, pourquoi le public vous a-t-il pris à partie, selon vous?
Je pense que certains supporters ont cru que je suis pour quelque chose dans le limogeage du coach Chérif El Ouezzani et le retrait de son adjoint Sebbah. Or, il se trouve que je ne suis pour rien dans cette affaire. D’ailleurs, cette partie du public qui m’a insulté ne sait même pas que j’ai refusé, en début de saison, d’intégrer le staff technique à la demande du président Mehiaoui. Mieux encore, c’est moi qui ai aidé Chérfi El Ouezzani à avoir l’autorisation de driver l’équipe dans la main courante, car il ne possède pas de licence CAF. J’ai moi-même cette licence et j’ai toujours refusé d’être dans le staff technique pour ne point perturber le groupe. D’ailleurs, d’aucuns savent que je n’ai pas de soucis financiers. Si je suis venu au MCO c’est pour aider l’équipe à revenir au top. Ce n’est ni pour de l’argent ni pour de la figuration et encore moins pour la simple publicité. J’ai toujours aimé cette équipe du MCO.
Je ne suis intervenu qu’une seule fois dans le staff technique. C’était lorsque Chérif El Ouezzani était absent lors du match contre le MCA. J’ai donc fustigé les joueurs, dont Bengorine, et c’est après mon intervention qu’à la mi-temps nous avions pu égaliser. Sinon, jamais je ne me suis ingéré dans les affaires techniques. Mais, ma présence était constante depuis le début de saison. Certains ont même la mémoire courte. Se rappellent-ils que je leur ai fait oublier les plus prestigieux joueurs de l’équipe lorsque j’ai rejoint le MCO dans les années 80. Ce qui prouve que j’ai vraiment aimé le club et ses couleurs contrairement à ce que pensent certains supporters.

Pourquoi insistez-vous sur «certains»?
Je dis bien, certains, car les vrais supporters du MCO ne m’insulteront jamais sachant mon amour indéfectible pour le club. Et justement, c’est cet amour qui m’oblige à quitter l’équipe pour ne pas contribuer à envenimer la situation. On sent que certains supporters sont manipulés, mais par qui? Je n’en n’ai vraiment aucune idée et c’est bien dommage pour toute l’équipe.

Certains supporters veulent le départ du président Mehiaoui et c’est sûrement la cause principale de toute cette situation, ne pensez-vous pas?
Non. Ecoutez, il faut être réaliste. D’abord, il faut préciser que c’est Mehiaoui qui a limogé Chérfi El Ouezzani et là, je n’y suis pour rien. Chérif El Ouezzani a fauté en s’absentant durant une semaine sans avertir personne. Et en revenant, il a déclaré qu’il était malade. Or, d’aucuns savent qu’il faut une justification de la maladie. C’est ça le professionnalisme. Tout le monde est soumis au même règlement: joueurs, staffs et dirigeants. C’est donc la bonne occasion sur laquelle a sauté le président pour limoger Chérfi El Ouezzani. D’ailleurs, le courant ne passait pas entre les deux responsables depuis le début de la saison. Il ne fallait pas du tout composer. C’est mon idée. Mais, Mehiaoui est le seul qui finance la «Société». C’est ça le professionnalisme. Fini le temps des assemblées générales où on limoge les présidents par simple assemblée. Mehiaoui a jugé que Chérif El Ouezzani a fauté, il l’a remplacé par Slimani, voilà toute la situation résumée.

Comment expliquez-vous ces mauvaises performances depuis le début de la phase retour?
Techniquement, je dirais que les joueurs traversent un passage à vide. Cela se passe dans toutes les équipes du monde. Et il se trouve que pour le MCO ce passage à vide s’est situé en ce début de phase retour. Et c’est là que le vrai public et les vrais supporters sont attendus pour aider les joueurs et toute l’équipe. Or, ce n’est pas le cas. Insulter les responsables et le nouveau coach, n’est pas la meilleure méthode pour aider l’équipe qui traverse une mauvaise passe sur le plan technique.

Mais, apparemment, c’est l’équipe qui souffre finalement?
C’est dommage, car nous avons un très bon groupe de jeunes très actifs et qui veulent réussir avec l’équipe. Seulement, on sent qu’une partie, je répète, une fois de plus, une partie du public veut semer la zizanie. Sinon, pourquoi venir pour nuire au groupe. Un vrai supporter ne vient que pour aider le club et non pour lui nuire et c’est ça le professionnalisme justement. Il faut que tout le monde soit professionnel dans sa tête d’abord.

Justement, pensez-vous que le professionnalisme en Algérie est bien appliqué?
Je dirai que le professionnalisme en Algérie n’est pas prêt à être appliqué. C’est beaucoup plus une affaire de mentalité. Regardez, les plus grands clubs tels le MCA, cette équipe historique et toute sa dimension et les problèmes qu’elle vit actuellement. L’USM Alger, avec un richissime président, n’arrive toujours pas à concrétiser son aura sur terrain. La JSK, Béjaïa, Sétif, toutes traversent des situations difficiles. Et la caractéristique est la même: il y à absence de professionnalisme dans la tête. Il faut être professionnel dans la tête avant de s’engager dans ce secteur très difficile et qui nécessite beaucoup plus de réflexion, de suivi et surtout de très bonne gestion. On ne gagnera pas à limoger des entraîneurs à tout bout de champ. Et des équipes que j’ai citées ont en beaucoup limogé justement en cours de saison. Ce n’est pas normal. On doit donc être moralement professionnel avant de passer à la vraie pratique.

Vous connaissez bien le public marocain pour y avoir disputé plusieurs matchs là-bas, alors comment voyez-vous le prochain match Maroc-Algérie à Marrakech?
Ecoutez, le public marocain a toujours été sportif avec nous. Nous avons gagné deux fois chez eux, une fois 5-1 et en 88 aux tirs au but et nous avons été bien applaudis. De ce côté, il n’y a rien à craindre. Le public marocain est sportif et fair-play. Il est évident qu’il encouragera son équipe, c’est la loi du sport. Mais, si les Verts gagnent ou enregistrent un bon résultat, je suis convaincu que le public de Marrakech les applaudira.

Et vous pensez vraiment que les Verts peuvent gagner ce match à Marrakech?
Oui. Je suis sûr que nos joueurs sont capables de vaincre les Marocains chez eux et devant leur propre public. Il suffit d’effectuer une très bonne préparation et surtout d’avoir des joueurs très volontaires et déterminés à gagner. C’est le principal rôle du sélectionneur national.
Il ne faudrait pas que cela se passe comme à Annaba.

Que s’est-il passé à Annaba?
Eh bien, je dirais qu’il faudra bien renforcer l’équipe par des éléments très compétitifs et surtout qui ont cette mentalité algérienne de «fonceurs» dans les moments les plus difficiles et dans les matchs à enjeu. La fibre patriotique et la grande volonté de gagner sont des atouts à ne point négliger dans ce genre de match. Benchikha doit y jouer un grand rôle psychologique. De plus, il faudra l’aide de tous: il faudra aider le sélectionneur national pour préparer le groupe. Il y a une responsabilité collective là-dessus. Les responsables, les journalistes et les supporters doivent tous se mettre au service de l’Equipe nationale pour l’aider à réaliser la performance de gagner ce match à Marrackeh. Le reste, je suis sûr que les joueurs y répondront positivement sur le terrain.

Enfin, que pensez-vous de cette affaire de la DTN de France où on évoque un certain quota pour les joueurs africains ou arabes?
Personnellement, je crois que c’est un faux problème. Je pense que même si ces responsables ont évoqué ce genre de discussions, je ne crois pas que cela s’est passé d’une manière aussi officielle qu’on le présente. C’est-à-dire passer à l’étape de son application.
Je pense que si cela s’est dit, c’est dans un contexte de discussion simple, comme cela se passe dans certaines réunions où on dit certaines choses, sans bien évidemment passer à leur application, car cela nuirait à tout un pays. La preuve, toutes les équipes nationales françaises, non pas seulement en football, mais toutes les disciplines, sont constituées d’éléments multiraciaux. Ce n’est pas aujourd’hui que cela va changer par une simple discussion ou certains avis.

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