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Voir la version complète : L’Arabie Saoudite s’évertue à contenir les soulèvements dans la région


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31/05/2011, 22h39
L’Arabie Saoudite utilise sa puissance financière et diplomatique dans tout le Moyen-Orient pour essayer de contenir la vague de changement, de protéger les autres monarchies contre le mécontentement de leur population et d’ éviter le renversement de dirigeants supplémentaires qui s’efforcent de calmer l’agitation populaire.
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Des Saoudiens perchés sur la tour Faisaliah à Riyad. Le royaume insiste beaucoup sur la stabilité relative des monarchies. Ed Ou for The New York Times

En Égypte, l’Arabie Saoudite a fourni la semaine dernière une aide de 4 milliards de dollars afin de renforcer le conseil militaire au pouvoir ; au Yémen , elle s’efforce de manoeuvrer le président vers la sortie, tandis qu’elle invite les royaumes de Jordanie et du Maroc à rejoindre une union des monarchies du Golfe arabe ; cette bousculade a pour objet de bloquer les changements les plus radicaux et de faire pièce à l’influence de l’Iran.

Les autorités insistent lourdement sur la stabilité relative des monarchies ; tout abandon brutal du modèle autoritaire soulèverait des questions gênantes sur le rythme des changement politiques et sociaux dans leur pays

En proposant d’ajouter la Jordanie et le Maroc aux six membres du Conseil de coopération du Golfe qui a autorisé les Saoudiens à envoyer des militaires pour mater la rébellion en grande partie chiite dans la monarchie sunnite du Bahreïn, l’Arabie Saoudite compte créer une espèce de « club des rois ». Elle compte signaler ainsi à l’Iran chiite que les monarques arabes sunnites défendront leurs intérêts, disent les analystes.
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Sur cette image de la télévision du Bahreïn on voit un contingent de troupes du Golfe arrivant d’Arabie Saoudite le 14 mars.(Bahrain TV, via Agence France-Presse — Getty Images)
Au sujet des troubles, le Prince Waleed bin Talal al-Saud, homme d’affaires et membre éminent d’une famille royale habituellement réservée, a dit au comité de rédaction du New York Times la semaine dernière : « Nous voulons que vous sachiez que cela n’arrive pas dans les monarchies). « Nous n’essayons pas d’imposer notre volonté par la force, mais de sauvegarder nos intérêts ».

La gamme des interventions saoudiennes est extraordinaire dans la mesure où les troubles poussent Riyad à élaborer ce que certains commentateurs égyptiens et autres qualifient de « contre-révolution ». Certains analystes saoudiens et étrangers trouvent le terme trop général pour décrire les mesures prises par les Saoudiens, bien que celles-ci soient sans précédent dans la région et au-delà ; le royaume cherche à conclure des alliances avec des Etats musulmans non arabes également.

« Je suis certain que les Saoudiens n’aiment pas cette vague révolutionnaire et qu’ils ont vraiment peur » a dit Khalid Dakhil, analyste politique et journaliste saoudien. « Mais ils sont réalistes dans ce cas ».

En Égypte, où, avec Hosni Moubarak, la révolution a déjà renversé un allié proche, les Saoudiens fournissent leur aide et restaurent les relations pour essayer d’empêcher les frères musulmans de faire un bon score aux prochaines élections parlementaires. Les Saoudiens craignent que des frères musulmans puissants ne portent atteinte à la légitimité saoudienne en représentant un modèle de loi islamique différent de la tradition wahabite du monarque absolu..

« Si un autre modèle de la charia dit que vous devez résister, il s’ensuivra un grand problème » a dit le juriste saoudien, Abdulaziz Algasim.

L’inflexion de la politique étrangère égyptienne vers le groupe islamiste du Hamas et le projet de restaurer les liens avec l’Iran préoccupent également les officiels saoudiens. Le roi Abdullah porte aussi un intérêt personnel à la protection de M. Moubarak, estiment les analystes.

Le printemps arabe a commencé à défaire l’ alliance avec les Etats arabes prétendument modérés, au premier rang desquels figuraient l’Arabie Saoudite et l’Égypte qui étaient disposées à travailler étroitement avec les États-Unis et à promouvoir la paix avec Israël. Le soutien US au soulèvement arabe a été une autre source de tensions, incitant l’Arabie Saoudite à se démarquer de Washington sur certaines questions tout en reconsidérant sa dépendance de longue date envers les USA pour la protection de ses intérêts.

Un récent article d’opinion de l’analyste saoudien, Nawaf Obeid, publié dans le Washington Post, décrit les réticences de l’Arabie Saoudite vis-à-vis de Washington, laissant entendre que Riyad est prêt à faire cavalier seul parce que les USA sont devenus un « partenaire peu fiable ».

Cette attitude serait toutefois, du moins en partie, un mouvement de mauvaise humeur de la part des Saoudiens dans la mesure où l’arrangement pétrole contre assistance militaire définissant les relations entre les deux pays depuis soixante ans ne risque guère d’être modifié avant longtemps. L’Arabie Saoudite négocie actuellement l’achat d’armes US avancées pour un montant de 60 milliards de dollars et dans son discours de la semaine dernière, le président Obama, qui exigeait que les autocrates du Moyen-Orient fassent droit à la demande populaire de démocratie, n’a manifestement pas visé l’Arabie Saoudite. L’ambassadeur saoudien, Adel al-Jubeir était assis ostensiblement au premier rang.

L’Arabie Saoudite traite chaque soulèvement séparément et ne s’en tient pas à un plan standard. Au Bahreïn, elle a eu recours à la force en envoyant des soldats pour écraser la création d’un gouvernement hostile, un régime favorable, si pas allié à l’Iran -une espèce de Cuba chiite- à 250 km seulement de ses grands champs pétrolifères. Elle a usé de diplomatie lors d’autres soulèvements et reste en attente dans d’autres encore. Elle dépense aussi de l’argent, promettant 20 milliards de dollars pour aider à stabiliser Bahreïn et Oman, également confrontés à des manifestations.

Au Yémen, l’Arabie Saoudite a rejoint la coalition qui essaye de ménager la sortie du président Ali Abdullah Saleh estimant que l’opposition pourrait être un voisin méridional plus sûr et moins rebelle. Ce mois-ci par exemple, les Saoudiens ont envoyé des camions-citernes pour pallier la pénurie d’essence.

En Syrie, après avoir initialement soutenu le président Bachar al-Assad, le roi Abdullah a gardé le silence alors que dans les appels à la prière du vendredi on demandait à Dieu d’aider les manifestants. Ce silence reflète une profonde ambivalence selon les analystes. La famille saoudienne au pouvoir éprouve une antipathie personnelle à l’égard de M. Assad-auquel elle reproche ses liens étroits avec l’Iran, outre qu’elle voit la main de la Syrie dans l’assassinat de son allié, l’ancien premier ministre libanais, Rafik Hariri. Toutefois elle craint que le renversement d’Assad ne déclenche des violences sectaires sans diminuer l’influence iranienne pour autant.

En Libye, après avoir soutenu la demande de la ligue Arabe pour une intervention internationale, l’Arabie saoudite s’est abstenue et a laissé à ses voisins, le Qatar et les Émirats arabes unis, le soin de se joindre à la coalition militaire soutenant les rebelles. Elle a également gardé ses distances publiquement par rapport à la Tunisie, mais elle a pourtant accueilli le président déchu, Zine el- Abidine Ben Ali.

On soupçonne aussi le royaume de fournir secrètement des fonds aux groupes extrémistes opposés au changement, chose que les Saoudiens réfutent bien qu’ ils reconnaissent l’éventualité d’envois de fonds privés.

En 1952, après le renversement du roi d’Égypte, Gamal Abdel Nasser s’est efforcé de déstabiliser toutes les monarchies ; il a inspiré le régicide en Irak et finalement le renversement du roi Idris de Libye. L’Arabie Saoudite a eu un face-à-face avec l’Égypte pendant les années 60 et ne veut pas revivre cette période.

« Nous sommes revenus aux années 50 et au début des années 60, quand les Saoudiens étaient à la tête de l’opposition contre les révolutions de l’époque, celles de l’arabisme » dit Mohammad F. al-Qahtani, militant politique de Ryad.

Traduction : Anne-Marie Goossens

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