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Voir la version complète : «Mon souhait est de l'élargir au reste du Sahara» Dr Mohamed Bouchentouf. Directeur de projets Pro N


nacer-eddine06
13/06/2011, 10h38
( Paris)
Houria Alioua
El Watan : 13 - 06 - 2011
- Pouvez-vous nous expliquer le principe du super potager oasien?

C'est un projet pilote dans un milieu désertique ou on a voulu tester et adapter ce concept initialement conçu pour les zones tropicales. Un premier projet pilote a été implanté à Mostaganem dans un climat méditerranéen et juste après vint Hassi Messaoud. Son principe : une combinaison entre le JTA et le biochar qui permet de cultiver un volume de terre et non pas une surface, le travail de la terre en profondeur avec plusieurs étage de matériaux organiques, du charbon, l'utilisation d'un voile qui protège les plantes de la chaleur et des insectes et qui permet une économie d'eau de l'ordre de 70% en gardant l'humidité nécessaire à l'épanouissement de la plante. Le charbon permet de restructurer le sol, stimule le développement de microorganismes et améliore la croissance de la plante. Le bénéfice environnemental est tout aussi important, le charbon permet de séquestrer le carbone. Pour les résultats, la famille a eu une série de récoltes d'environ 6 quintaux pour ce qui est du concombre, du gombo et de la laitue. Ces rendements sont importants par rapport à une conduite traditionnelle, pour le gombo nous aurions eu 1,5kg par m2 et avec la nouvelle technologie nous en avons obtenu 8 donc rendement multiplié par 5 pour le gombo très prisé par les habitants du Sahara. L'agriculteur s'est dit très satisfait de la quantité et de la qualité des légumes destinés à l'autoconsommation, mais dont une grande partie a été écoulée sur le marché local, il lui a suffi de seulement 2 heures de travail par jour en respectant l'itinéraire technique pour y arriver. L'agriculteur a même produit ses propres semences, des semences locales adaptées au climat saharien.

- Vous attendiez-vous franchement à ces résultats ?

Avec quelques appréhensions concernant les aléas du climat, la lourdeur bureaucratique, mais j'étais très optimiste. J'ai conseillé de cultiver des cultures de saison, des légumes prisés par la population, le feed-back a été très gratifiant et même pour la suite des choses et avec l'arrivée du Ramadhan, la plantation de plantes aromatiques et condiments est préconisée. Nous avons fait un essai ces dernières semaines pour orienter l'agriculteur vers la diversification des cultures et l'on se rend compte du manque flagrant de vulgarisation agricole et le peu de maitrise de certaines cultures. Sitôt les premières récoltes enlevées, nous avons planté de la menthe, du basilic et de la coriandre, du persil, mais aussi des tomates, des aubergines et des piments.

- Quel écho a été suscité par cette expérience scientifique ?

Le modèle de Hassi Messaoud est le premier modèle implanté dans une zone désertique, c'est une référence nationale, régionale et internationale. Dès les premières floraisons, il a été transposé en Egypte et en Mauritanie entre le mois de juin et octobre 2010 sur la demande de nos partenaires dans ces pays, c'est vous dire l'impact favorable de cette expérience chez des pays aux données climatiques similaires. Aujourd'hui, nous comptons valoriser les résultats obtenus dans d'autres écosystèmes désertiques et méditerranéens, dans d'autres régions naturelles en Algérie vu la demande des familles parce qu'ils ont vu à la télé les bénéfices de cette technologie. Donc, on passera au Gourara et au Touat, mais aussi Souf et au M'zab et on est prêts à tester ce concept dans les zones arides et semi-arides et sur le littoral.

- Comment envisagez-vous la multiplication du concept avec des kits entièrement importés ?

Une réflexion se fait à ce propos pour le Biochar notamment, j'ai hâte de voir naître une étude d'exploitation de la biomasse renouvelable algérienne, car si au Sénégal il y a le Tifa, si en Egypte il y a la balle de riz, en Algérie, nous avons deux sources importante à savoir le grignon d'olive que nous pouvons carboniser et valoriser pour produire le Biochar et le phragmite, une graminée que j'ai testée en France en 2005 avec un autre Algérien, Rachid Hadibi qui a inventé une machine pour concasser cette plante adventice au taux de carbone de 60%. Pus le taux de carbone est important plus la restructuration du sol est importante, d'où son intérêt alors que c'est actuellement le pire ennemi des agriculteurs. Nous sommes prêts à lancer une étude de faisabilité et relancer le contact avec le ministère de l'Agriculture et Sonatrach, nous en avions parlé en 2008 lors d'une rencontre à Hassi Messaoud, mais aucun écho de la part des autorités algériennes.

- Vous n'avez pas répondu à ma question sur l'importation des kits...

Ce kit ne dépassera pas les 50 000 DA à l'importation, mais l'idée est de le produire en Algérie à travers une filiale régionale ou nationale qui fabriquera, assemblera et commercialisera ses différents composants.
Il faut penser à assurer l'approvisionnement en semence et en Biochar et donc il y aura création d'un nouveau circuit agricole et la création de centaines d'emplois pour des techniciens, des agronomes, des formateurs, des commerciaux, des chefs de culture, des chefs de parc. Le volet recherche-action n'est pas à négliger pour faire un référentiel technico-économique par culture avec des comparaisons, j'ai sollicité l'université de Ouargla pour engager des étudiants à effectuer des travaux de recherche.

- La recherche scientifique reste le grand absent de ce transfert technologique…

Oui, malheureusement le contact n'a pas pu être établi, mais il est encore temps d'envisager la co-organisation d'un colloque international ou tous les pays ayant expérimenté cette technologie innovante pourront intervenir. La technique pourra être adoptée dans le cadre de la politique de renouveau de l'économie agricole et rurale. Les entreprises pétrolières, l'université, les organisations professionnelles, la société civile y prendront part et je propose de l'organiser en octobre à l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation. C'est un point positif pour l'Algérie et si on arrive à produire ces kits chez nous, il sera facile d'en approvisionner tous les pays du Sahel et d'Afrique subsaharienne via la transsaharienne. L'idée est lancée, il faut que des investisseurs se manifestent. Pour ma part, je prépare une expérience dans le secteur de l'éducation pour impliquer les enfants, les éducateurs et les parents.

nacer-eddine06
13/06/2011, 10h39
Première région aride au monde à expérimenter le super potager
Houria Alioua
El Watan : 13 - 06 - 2011
Lancé l'année dernière dans deux périmètres agricoles de Hassi Messaoud, le premier super jardin potager oasien fête son premier anniversaire. Le total des récoltes a dépassé les 6 quintaux, une économie d'eau de 80%, une adaptation au climat des zones arides. Nourrir une famille de 10 personnes pendant une année avec 60 m2 de terre n'est plus un slogan. Pari gagné pour Sodexo et Pro Natura International. El Watan Economie a revisité la palmeraie de Hassi Rédha, à 15 km de Hassi Messaoud. En voici le compte rendu.
Cantonnée à son seul statut de première province pétrolière d'Algérie, Hassi Messaoud n'est pas une zone agricole d'excellence. Elle pourtant a offert à l'Algérie les plus belles performances agricoles en matière de céréaliculture et de production de la pomme de terre en zone aride et précisément à Gassi Touil, une ferme agricole pilote qui a connu un grand succès et des rendements plafonnés grâce à l'assistance technologique américaine durant les années 1990.
La ferme pilote est actuellement laissée à l'agonie sans repreneur, les promesses de l'ex-ministre de l'Energie à l'ex-wali de Ouargla de reprendre le projet voire lancer un périmètre agricole de 4000 ha à Hassi Messaoud sont restées lettre morte. Aujourd'hui, c'est l'initiative d'une ONG et d'une entreprise de catering qui ont fait de Hassi Messaoud la première région aride au monde à expérimenter le super potager, un concept novateur de production vivrière familiale. Une expérience qui fait désormais référence en la matière grâce à un projet qui prétend introduire la culture du jardin potager chez les familles algériennes.
De quoi s'agit-il réellement ?
L'introduction du jardin super potager en milieu oasien a été initiée par Pro Natura International, une ONG établie en France, dans le cadre d'un partenariat avec Sodexo, le leader français du catering implanté à Hassi Messaoud via son association « Stop Hunger » ainsi que JTS Semences France qui a créé et développé le concept du jardin tropical amélioré en impliquant la subdivision des services agricoles de la daïra de Hassi Messaoud ainsi que Benmoussa Ridha et Deguenati Mohamed deux agriculteurs de la région. L'objectif de cette expérience lancée en mars 2010 est de développer l'autoproduction de légumes frais et variés pour l'autoconsommation des ménages ruraux et l'approvisionnement des bases de vie de Sodexo.
Les étapes du projet que nous avons suivies l'année dernière (voir El Watan Economie du 12 au 18 avril 2010) selon les termes de la convention signée par les deux familles leur ont permis d'expérimenter une technique qui économise la terre, l'eau et l'énergie tout en assurant un bon rendement de légumes frais avec seulement deux heures de travail par jour. Les deux familles ont mis à la disposition du projet une partie de leur exploitation et suivi une formation technique in situ. Sodexo a financé pour sa part la formation, les kits complets d'équipements innovants de jardinage et d'implantation du super potager, Pro Natura et JTS Semences ont quant à elle mis à la disposition du projet les semences adaptées, les amendements du sol, le matériel d'irrigation et les équipements innovants notamment le voile de couverture qui fait toute la différence avec une agriculture traditionnelle.
En plus des semences adaptées, l'introduction du charbon apporte un plus grâce à la capitalisation du savoir-faire des Indiens précolombiens qui, depuis plus de 7000 ans, l'utilisaient pour enrichir les sols. Outre l'apport agronomique, le charbon confère au sol des propriétés intéressantes pour la préservation de l'environnement puisqu'il capture et stocke le CO2, il contribue à la réduction des gaz à effet de serre. Maintenant que le décor est planté, place aux acteurs de ce projet qui apporte au Sahara le moyen de conjuguer rentabilité agricole, économie d'eau, d'énergie et durabilité.

nacer-eddine06
13/06/2011, 11h09
«Le super potager a conquis mes enfants et petits-enfants»
Deguenati Mohamed. Exploitant agricole (Hassi Rédha)
Houria Alioua
El Watan : 13 - 06 - 2011
- Hadj Deguenati, vous semblez très convaincu par cette expérience innovante. Vous avez laissé de côté vos méthodes ancestrales ?

J'ai toujours été un homme qui voit loin et qui aime la découverte et je vous avoue que malgré les explications du Dr Bouchentouf c'est en mettant la main à l'ouvrage que j'ai compris la portée du super potager. Depuis longtemps que je souffre des surcoûts des serres plastiques, des vents dominants et du manque d'eau, il a fallu que cet expert vienne pour me dire que mes serres étaient mal orientées. Autre inconvénient, il faut que je sois toujours présent matin et soir, car il faut les ouvrir le en début de journée pour qu'elles respirent et les refermer au crépuscule afin de préserver les légumes du froid or j'ai d'autres responsabilités en tant que représentant de la société civile de Hassi Messaoud.

- A votre avis, quel est l'apport de cette technique ?

Incontestablement sa simplicité et son économie. J'ai pu constater l'utilité de tant de tuyauterie par rapport aux fèves qui ont très bien réussi. Le voile nous a été d'un grand apport comparativement à la méthode ancestrale. Il protège les jeunes plants du vent et des insectes et on a pu avoir les premières féveroles en 50 jours contre trois mois avec l'ancienne méthode. Le goutte-à-goutte permet de cibler la plate-bande sans excès ni rétention, juste ce qu'il faut pour la plante et beaucoup d'économie. Vous voyez d'ailleurs que nous avons généralisé le système du bac d'eau à proximité des parterres pour mieux maîtriser notre consommation d'eau. J'ai acquis 4000 mètres de tuyauterie sur 1,5 hectare et je compte aller jusqu'à 4 hectares avec la pomme de terre et la pastèque qui réussissent très bien à ce sol. Avec le goutte-à-goutte l'eau n'érode pas le sol et je suis sure que cette méthode donnera de bons résultats.

- Qu'est-ce qui a marché le mieux ?

Ce qui a le mieux fonctionné est le gombo long qu'on a expérimenté au-delà de la récolte je me réjouis des 1,5 kg de semence que je pourrais utiliser l'année prochaine sur environ ½ hectares. Le concombre a très bien donné, environ 3 quintaux, la courgette moins bien par notre faute, mais la salade a donné 60 kg en 20 jours. Ce que je retiens c'est surtout l'économie de l'eau, la différence est perceptible et on va transposer la méthode aux autres spéculations précoces qui nous permettra de gagner en temps et en quantité. 45 jours pour chaque produit, vous vous imaginez ce qu'on peut faire en alternant ? Pour le gombo, il faut généralement 2 mois pour que les pièces du plant apparaissent, en ce laps de temps j'avais déjà mangé ma gnawia !

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