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Voir la version complète : L'oligarchie chinoise a sorti du pays 123 milliards de dollars


zek
06/07/2011, 17h52
Le Parti communiste chinois, l'un des derniers bastions rouges du monde, vient de fêter ses 90 ans. Mais l'ombre de l'échec de l'URSS plane au-dessus du parti, dans un contexte où il semble plus que jamais menacé, selon Valérie Niquet.

Le parti communiste chinois, l’un des derniers partis communistes au pouvoir en dehors de Cuba, du Vietnam et de la Corée du Nord a fêté ses 90 ans dans une revanche éclatante face au « grand frère soviétique » disparu en 1991. Par-delà tous les succès économiques, pour Pékin, le succès en effet est bien dans la durée, et survivre est devenu la dernière ligne de conduite idéologique.

A ce titre, le parti communiste n’est pas si éloigné de ses origines léninistes en dépit des transformations que la Chine a connues. Isolé aujourd’hui dans le monde comme l’était le PCUS à ses débuts, l’essentiel pour le PCC est de tenir, au prix, comme à l’époque de la NEP, de tous les pragmatismes. La poursuite d’une politique de réformes économiques et d’ouverture, qui seule garantit la stabilité du régime et renforce sa légitimité, ne constitue en aucun cas, dans l’esprit des dirigeants, l’amorce d’une évolution plus profonde même si les effets de ces réformes sur la société sont de moins en moins maîtrisables.

En effet, le contre-modèle absolu pour une nomenklatura chinoise qui se bat pour son statut et ses privilèges, demeure la perestroïka, que les plus durs du régime n’ont jamais pardonnée à Mikhaïl Gorbatchev. Car en dépit des diatribes contre « l’hégémonisme » soviétique, le sentiment de trahison du dogme et d’abandon a constitué un véritable traumatisme à Pékin, où l’effondrement de l’URSS fait toujours l’objet de nombreuses études dans les écoles de cadre du parti.

Mais le modèle chinois lui-même est aujourd’hui menacé, et le renforcement paradoxal du contrôle politique, dans une société de plus en plus ouverte sur l’extérieur, et dont la prospérité dépend de cette ouverture, en est la preuve.

Nombre de responsables tentent d’assurer leurs arrières à l’étranger en y plaçant des capitaux ou leurs enfants. Selon des chiffres officiels récemment publiés, les sommes placées hors de Chine par des cadres ou fonctionnaires corrompus atteignaient 123 milliards de dollars en 2010. Comme dans la Chine du Guomindang si décriée, la corruption est partout, gangrène régulièrement dénoncée mais contre laquelle le parti ne peut lutter tant elle est inscrite dans le système lui-même.

En l’absence de système légal, avec un parti qui demeure constitutionnellement au-dessus des lois, la moindre position d’autorité – et les prébendes qu’elle autorise – se monnaye chèrement à l’aune de ce que la charge pourra rapporter. Dans le premier blockbuster révolutionnaire sorti à l’occasion du 60ème anniversaire de la RPC, Chiang Kai-shek dénonçait la corruption contre laquelle « si on lutte on perd le parti, si on ne lutte pas on perd le peuple », éveillant des échos très contemporains.

Si le printemps arabe n’a pas eu semble-t-il de prolongements immédiats en Chine, le pouvoir sait que les tensions sont vives, toujours promptes à éclater. Dans les plus de 6000 salles où est projeté – sans alternative possible – le nouveau film à grand spectacle consacré au Parti communiste, les gens applaudissent aux appels à la démocratie et à la liberté lancés par les premiers révolutionnaires.

Première des conséquences de ces blocages, loin d’une vision à long terme souvent vantée, le pouvoir est condamné, en matière de développement économique notamment, aux solutions de court terme qui garantissent pour tout de suite une croissance économique très coûteuse socialement, humainement et sur le plan environnemental. Une croissance qui passe aussi par la mise en œuvre de stratégies de prédations étendues à l’ensemble du monde émergent et développé.

Deuxième conséquence, la tentation nationaliste, exutoire facile aux frustrations qui s’accumulent, semble de moins en moins contrôlée. Cette tentation est renforcée par l’affaiblissement d’un pouvoir central sans charisme, face à la conjonction d’intérêts divers qui vont des grands groupes industriels à l’armée et aux grandes baronnies provinciales. Ces dernières accumulent des dettes « non-autorisées » dont le montant atteindrait près de 2000 milliards de dollars pour des projets d’infrastructure très éloignés des attentes réelles d’une population encore très pauvre.

Ce chiffre est d’autant plus impressionnant qu’il s’approche du montant des réserves de change dont une large part est placée en bons du Trésor américain. La Chine, dont chacun vante les succès, conserve une confiance bien plus grande en une Amérique pourtant régulièrement présentée comme en faillite qu’en son propre avenir.

Comme le répètent régulièrement les autorités, la RPC doit trouver une voie nouvelle, mais cette voie passe par l’abandon d’un système figé dont l’ambition est de survivre en construisant « un pays riche et une armée puissante », reprenant ainsi les objectifs de puissance du Japon de l’ère Meiji.

Le Guomindang, dont les origines léninistes sont trop souvent oubliées, a su trouver cette voie à Taiwan, dans un processus de démocratisation maîtrisée inauguré à la fin des années 1980, alors que la RPC choisissait au contraire le repli idéologique et le risque d’une impasse. Nous assisterons donc peut-être demain à une deuxième revanche de l’histoire, non pas celle que le PCC voudrait prendre sur l’Occident dénoncé comme seul responsable du « siècle d’humiliation » dont la Chine a souffert, mais celle d’un modèle taïwanais de démocratisation qui s’imposerait finalement sur tout le continent.

marianne2

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