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Voir la version complète : Marcher ou courir, deux façons de voir la vie


nassim
17/05/2006, 23h53
Marcher ou courir, quelle différence pour notre psychisme ? Agnès Rogelet tente d'y répondre ci dessous.

Le marcheur, un contemplatif ? Le coureur, un fonceur ? Pas si simple ! Lièvre ou tortue ? Deux manières différentes de concevoir le corps, le sport et même l´existence.

Dis-moi quel sport tu pratiques, je te dirai qui tu es » : pour Gérard Bruant, psychologue social spécialisé dans le sport (1), cette affirmation ne tient pas debout. Et dire que dans les années 80, on croyait dur comme fer qu´aller faire un jogging après sa journée de travail prouvait un caractère dynamique ! « A chaque fois que l´on se donne entièrement à une activité, on a le sentiment que cet engagement touche notre être, explique le psychologue. En fait, on change provisoirement de peau, comme au carnaval. On sort de son univers ordinaire pour entrer dans celui du sportif, qui est un milieu clos. Et on ne transfère pas systématiquement ses attitudes dans la vie sociale, car les enjeux n´y sont pas les mêmes. » Ainsi, un marathonien ne sera pas forcément plus teigneux en négociation qu´un randonneur…

Reste que, dans nos têtes, les idées reçues jouent un rôle primordial. Le marcheur ? Un contemplatif ! Le coureur ? Un fonceur ! « S´inscrire dans un loisir, c´est intégrer les cultures et les représentations qui circulent dans cet univers », souligne encore Gérard Bruant. C´est pourquoi croire aux valeurs que l´on projette dans l´activité que l´on a choisie aide à se sentir bien dans ses baskets, à renouer avec son corps et à porter un autre regard sur soi et sur la vie que l´on mène.

Alors, laissons donc nos envies nous guider. Mettre un pied devant l´autre et recommencer, quoi de plus naturel ? Aucune contrainte : nul besoin d´investir dans du matériel spécifique, une bonne paire de chaussures suffit ; et la balade comme la course se pratique n´importe où. Mais tandis que la marche se tourne d´abord vers la découverte extérieure, la course, elle, explore les ressources intérieures du corps. Et quand la première privilégie l´espace sur le temps, la seconde opère en sens inverse. Comme si on courait pour mieux affronter le marathon de la vie, tandis que l´on marche pour le freiner. « Après une course, je suis vidé, alors que la marche m´apaise », confie Pascal, un randonneur de 44 ans qui a touché à tout – marathon, meeting sur piste, cross-country, marche de compétition, randonnée pédestre. Se défouler en forçant son corps ou prendre l´air en douceur… pourquoi pas les deux ? Dans tous les cas, le corps et l´esprit se libèrent. Tout est ensuite affaire de motivation… et de condition physique.


1- Auteur d´« Anthropologie du geste sportif. La construction sociale de la course à pied » (PUF, 1992). Il enseigne aussi la psychologie du sport à l´université de Nice.

Marcher : une approche épicurienne

La marche est l´activité de plein air la plus pratiquée en France. Il faut dire qu´elle possède un avantage certain : être d´abord un moyen de locomotion qui nous est naturel. Elle n´exige pas de condition physique particulière et se situe à la frange du sport et du tourisme écologique.

Car marcher, c´est avant tout un art de vivre. On abandonne son stress en chemin pour ne plus percevoir que le cri d´une marmotte, l´odeur du foin coupé ou observer une fleur. Face à une société marquée par les images virtuelles, la mobilité, l´éclectisme, ces plages d´authenticité nous rassurent, nous rapprochent de nos racines… Un bonjour échangé en croisant d´autres promeneurs, des impressions partagées entre amis ou en famille : on se montre disponible envers les autres et on abandonne sa « carapace sociale » pour laisser émerger ses qualités humaines.
Comme la tortue, on porte sa maison dans un sac à dos. Mais quelle impression de dénuement ! On atteint des endroits inaccessibles autrement qu´à pied. Et avec acuité : on ne franchit pas un passage vertigineux en courant ! Retrouver la simplicité et le plaisir d´explorer par le menu son environnement… Quel luxe !

A force de zapper d´une occupation à l´autre, de courir pour concilier vie professionnelle et vie privée, avancer au ralenti ne témoigne-t-il pas d´une volonté d´aller à contre-courant ? Même en ville, celui qui arpente les quartiers sans faire de pause lèche-vitrines arrive à faire abstraction de l´agitation urbaine pour se délasser au fil des pas. Prendre une respiration, dire enfin stop pour privilégier la réflexion pondérée, tel est le credo de Michèle, une marcheuse de 54 ans. « Je profite de l´instant présent. Je médite. Au cœur de mes sensations, je me sens appartenir au monde animal et végétal. »

Tous les randonneurs savent qu´ils prennent avant tout un chemin intérieur. Les pensées vagabondent au fur et à mesure que les paysages défilent, enrobent puis imprègnent. « Pour certains, la nature a quasiment un statut de divinité, souligne Gérard Bruant. Leur pratique de la marche relève presque d´une religion alternative ou d´un “bricolage du sacré” par l´interaction du corps avec l´environnement. »

La randonnée peut aussi évoquer une allégorie de la vie. Au début, l´effort d´endurance qu´elle nécessite est peu perceptible. Puis, au fil des heures et des kilomètres, la fatigue, la lassitude, une petite douleur surgissent. Or, il faut continuer, rejoindre l´étape suivante coûte que coûte. Comme dans l´existence, on avance à tout prix. De même, gravir un raidillon s´apparente à surmonter les difficultés de la vie. Une fois le sommet conquis, on souffle un bon coup et l´exploit vous grandit.

Ce sport a priori si doux peut finalement se révéler très physique. La marche s´adapte au relief et, à l´instar de la course, il faut apprendre à harmoniser le souffle et le pas. « Courir m´a permis de faire des randos difficiles en montagne », précise d´ailleurs Pascal.

Courir : un corps à corps

Comme la marche, la course est une allure qui nous est naturelle. L´enfant s´élance et perfectionne au fil des ans cette aptitude à aller plus vite. Mais il ne s´agit plus de se déplacer. Là, il joue, s´échappe, prend plus de liberté. Adulte, on se remet à courir avec d´autres motivations : affiner sa silhouette, entretenir son cœur et ses artères, chercher à dépasser ses limites. On appréhende : aurai-je assez de souffle ? L´âge et le surpoids procurent vite des excuses.

Contre le laisser-aller, cette discipline tonique s´impose d´emblée. Antidote à la sédentarité, elle réclame un entraînement régulier pour obtenir les résultats escomptés. S´astreindre plusieurs fois par semaine à améliorer sa condition physique, s´engager ainsi dans un projet à long terme prouvent notre capacité à prendre des bonnes résolutions. Avouons secrètement que l´on voudrait se montrer aussi déterminé pour toutes les décisions qui concernent notre vie quotidienne ! « Choisir de tourner autour d´un stade par tous les temps avec un chronomètre est rébarbatif ! Il y a une part de masochisme. Mais pour moi, c´est aussi une preuve d´humilité, reconnaît Pascal. De plus, me frotter à la compétition me rend plus fort mentalement pour encaisser les aléas de la vie. En revanche, je n´ai pas l´esprit de compétition, justement parce que je le brûle dans la course. » Par cette activité, Pascal apprécie que son corps ne soit pas une mécanique qui grince, ni un boulet qui l´essouffle quand il grimpe des escaliers.

A chercher sa foulée, on écoute le moindre signal de l´organisme. Les premières gouttes de sueur perlent : une récompense visible de notre effort maintenu coûte que coûte. D´ailleurs on se lance un défi : tenir cinq minutes de plus, et encore cinq. Le mental montre sa puissance sur la résistance du cœur, des poumons, des jambes. Ce corps soumis à la volonté révèle ses forces et ses faiblesses. Satisfait de le pousser dans ses moindres retranchements, le moral prend le dessus, la confiance en soi se renforce.

« Plus je cours, et plus je me sens légère et invulnérable. Au bout de trente minutes, ma respiration s´adapte. Mon corps semble disparaître progressivement, je deviens un souffle, raconte Sofia, 37 ans. Cette fluidité me permet alors de prendre conscience des arbres qui m´entourent, de relativiser les choses et, souvent, de prendre des décisions concernant ma vie affective ou professionnelle. En revanche, je n´aime pas marcher, ça m´ennuie. A moins que ce ne soit pour partager un pique-nique sur un rocher avec des amis.

Par Agnès Rogelet

Absente
18/05/2006, 08h43
j'aime beaucoup cet article

c'est vrai que la course est une activité de défis personnels

le grand avantage de la marche c'est que cette activité débute très tôt dans la vie et peut s'effectuer encore très tard.

beaucoup de randonneurs ont 60 à 70 ans et il n'est pas toujours facile de tenir leur rythme; cette activité demande de l'endurance, de la tenacité et de l'ouverture : qualités importantes

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