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Voir la version complète : «L’Algérie pourrait investir dans les actifs stratégiques»


nacer-eddine06
20/08/2011, 01h48
Nour Meddahi. Professeur à l’université de Toulouse, spécialisé en économétrie et finances





-Les réserves de changes de l’Algérie font-elles l’objet de risques suite à la rétrogradation de la note de la dette américaine par Standard & Poor’s ?

Je ne pense pas qu’il y ait un risque de défaut américain. L’économie américaine reste la première à l’échelle mondiale, elle est, à mon avis, la meilleure garantie. Les marchés financiers ne mettent pas en cause la crédibilité des bons du Trésor américain, malgré la dégradation de Standard and Poor’s (S&P). En effet, lors de la chute de la Bourse de la semaine dernière, au lendemain de la dégradation de la note américaine, les investisseurs, qui ont vendu massivement leurs actions, se sont rués pour acheter les actifs les plus sûrs, à savoir l’or et les bons du Trésor américain, qui ont vu leur valeur augmenter. De la même manière, il existe des produits d’assurance contre les défauts de paiement, des bons des Etats et des entreprises, les CDS (Credit Default Swap).

Le CDS de la dette américaine n’a pas bougé après l’annonce de S&P. La semaine dernière, le prix de ce CDS (sur un horizon de cinq années) était de 57 points de base, nettement moins que les CDS des bons allemand, britannique, et français, tous classés AAA, qui valaient respectivement 74, 80 et 160 points de base. Autrement dit, les marchés financiers estiment que les bons américains sont moins risqués que les bons européens. Remarquez aussi que la note de la dette japonaise n’est plus AAA depuis dix ans et qu’elle est actuellement AA-, soit deux crans de moins que la note américaine. Nous ne connaissons pas la répartition des réserves de changes algériennes entre les différentes monnaies, mais une information a circulé il y a quelques années parlant de 5 à 10% de placement en bons du Trésor japonais. Je pense néanmoins que les placements en bons du Trésor des grandes économies (Etats-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Japon) sont les plus sûrs. Toutefois, les rendements nominaux des réserves de changes seront faibles. La FED (Banque fédérale américaine) vient d’annoncer qu’elle va maintenir son taux directeur au niveau actuel (moins de 0,25%) pendant au moins deux années.

Le but recherché est de maintenir les taux longs (cinq à dix ans) à des niveaux faibles, afin de relancer l’économie. Cette annonce est exceptionnelle, car la FED n’aime pas s’engager sur des périodes aussi longues. Une conséquence directe est que la FED a renoncé à son principal outil pour combattre l’inflation. Si celle-ci venait à augmenter, les rendements réels (c’est-à-dire les rendements corrigés de l’inflation) des bons américains seraient très faibles, voire négatifs. D’ailleurs, le comité de la FED était très divisé sur cette décision, chose qui n’est pas arrivée depuis très longtemps.

-Pensez-vous qu’il soit temps de trouver d’autres moyens pour fructifier les réserves de changes ?

La qualité d’un investissement financier dépend de son risque et de son rendement. Le risque est souvent mesuré par la volatilité de l’investissement. Plus le rendement d’un investissement augmente, plus son risque augmente et vice-versa. L’investisseur doit arbitrer entre les deux paramètres. Cet arbitrage dépend du goût pour le risque de l’investisseur et de l’horizon de l’investissement. Lors de son interview à l’APS, le ministre des Finances a clairement dit qu’il ne voulait pas prendre de risques. L’arbitrage est donc fait en faveur d’un rendement et d’un risque faibles. C’est un choix politique.Evidemment, il y a d’autres investissements possibles, avec de meilleurs rendements, mais avec une plus grande prise de risques. L’or est un exemple d’investissement peu risqué.

Les options sont très risquées, mais d’autres investissements le sont moins et c’est le fond du débat actuel en Algérie, en particulier avec l’idée de créer un fonds souverain qui investirait dans des actifs stratégiques. Un ancien gouverneur de la Banque d’Algérie (Abderrahmane Hadj Nacer) a donné l’exemple de Volvo pour le secteur automobile.
On pourrait en citer d’autres. Ce type d’acquisitions permettrait à l’Algérie de refaire son retard dans certains domaines assez rapidement en payant. Il faut dire que c’est pendant les crises économiques et financières que l’on fait de bonnes affaires, surtout si on dispose de beaucoup de liquidités comme c’est actuellement le cas pour l’Algérie.

C’est là aussi un choix politique. Une autre solution serait d’extraire moins de gaz et de pétrole. Les pays dont les économies dépendent fortement des matières premières ont intérêt à en extraire plus qu’il en faut afin de mettre de l’argent de côté dans le cas où le prix de la matière première baisserait. L’Algérie ne l’a pas fait dans les années quatre-vingt et l’a chèrement payé à partir de 1986.
C’est le rôle du fonds de régulation des recettes. Par contre, il est légitime, économiquement, de décider quelles quantités de gaz et de pétrole extraire du sol pour ne pas se retrouver avec des réserves de changes trop grandes et peu rentables. C’est également un choix politique.

-Faut-il donc inculquer la culture du risque ?

La finance nous apprend que quel que soit votre goût pour le risque, vous avez intérêt à diversifier vos investissements, et que cette diversification dépend du rendement et du risque de chaque investissement ainsi que de leurs dépendances.
Autrement dit, l’Algérie pourrait gagner à allouer une partie des réserves de changes pour acheter des actifs stratégiques et peut-être même à extraire moins de gaz et de pétrole si le calcul économique va dans cette direction. Par exemple, tout en restant très prudente, l’Algérie pourrait décider de laisser de côté 15 milliards de dollars pour chacune des dix prochaines années (en cas de baisse des recettes énergétiques), soit au total 150 milliards de dollars de ces réserves de changes en bons du Trésor des grandes économies, et investir le reste en actifs stratégiques. On peut faire beaucoup de choses avec 27 milliards de dollars, surtout si on y rajoute de l’argent du fonds de régulation des recettes.

J’aimerais aussi dire que les économistes donnent deux arguments contre la création d’un fonds souverain. En premier lieu, la corruption qui est souvent répandue dans les pays riches en ressources naturelles, avec l’idée qu’il n’y a pas de raison de penser que ce fonds souverain serait mieux géré.En 2010, l’organisation Transparency International a classé l’Algérie 105e sur 178 pays et les différents scandales financiers de la dernière décennie ne contredisent pas ce classement. Le second argument est la compétence de ces pays à gérer un tel fonds souverain.Cet argument a été utilisé dans le cas de la Libye avec Goldman Sachs qui a perdu presque la totalité de son investissement (1,8 milliard de dollars) en options, en mettant en exergue l’isolement de la Libye pendant une longue période qui n’a pas permis l’accumulation du savoir-faire nécessaire pour gérer le fonds souverain. Un exemple à méditer.


Mehdi Bsikri-elwatan

Zeste
20/08/2011, 03h48
J’aimerais aussi dire que les économistes donnent deux arguments contre la création d’un fonds souverain. En premier lieu, la corruption qui est souvent répandue dans les pays riches en ressources naturelles
Avec de la transparence !

El-NiNo
20/08/2011, 04h03
Totalement contre.
Les actifs stratégiques pour moi restent à l'intérieur du pays en dépit de la corruption qu'il faut combattre par tous les moyens même au prix d'y laisser des plumes. De grosses plumes.

Absent
20/08/2011, 04h22
Je m'abonne au fil. J'y reviendrai demain inchallah.

Zeste
20/08/2011, 05h03
Tout ce qui permet de créer de l'emploie est bon à prendre !

numidia-4-ever
20/08/2011, 16h43
Avec des compte aussi plein on peut racheter des PME ou prendre des part dans de Grandes Entreprise et appliqué un reverse engineering comme le Font les Chinois

overclocker
20/08/2011, 17h23
Avec des compte aussi plein on peut racheter des PME ou prendre des part dans de Grandes Entreprise et appliqué un reverse engineering comme le Font les Chinois


pas besoin d'acheter des part dans des entreprises pour appliquer le reverse engineering...


sois tu as des part et tu fabriques et développes avec eux sois t'as rien et tu fais du reverse engineering pour un produit X pour en exporter et surtout pour ne pas le payer trop cher...

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