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Voir la version complète : Dominique de Villepin


Stanislas
23/09/2004, 12h25
Voici le portait d'un homme politique qui prend de plus en plus de poids sur l'échéquier politqiue français.

Mais plus qu'un look, Villepin, c'est avant tout une présence. Sur un plateau de télé ou dans un dîner de gala, en sommet international ou dans les coulisses de l'Elysée, il irradie. Du haut de son double mètre, il capte naturellement le regard. Renan, Michaux, Saint-John Perse, Rimbaud: il impressionne par son éloquence. Constamment en besoin d'action, il dégage une énergie vitale qui rappelle celle d'un Sarkozy - d'un Chirac, aussi.

Son charisme, toutefois, n'a rien de chiraquien. Villepin, en effet, est tout sauf un homme naturellement léger et indolent, spontanément convivial. Malgré l'étiquette d'être «flamboyant» qui lui colle à la peau, il a aussi un côté sombre et douloureux.

On le sent bien dans ses écrits, où il tonne et gronde, s'enflamme et proclame. Certes, il s'éblouit pour «ce génie national qui ne s'exprime jamais mieux qu'au bord du gouffre, ce peuple (...) sublime dans son éternelle volonté de tendre la main aux damnés et aux proscrits». Et il n'a pas son pareil pour louer cette «France exposée au vent du large, qui prend des risques et qui en crée». Villepin n'a jamais pris sa carte du parti gaulliste, mais il est sans doute le plus gaullien des chiraquiens. Comme l'écrivait l'autre jour Christine Clerc dans «Le Figaro», «lorsque il prononce «La France!», cela donne des frissons».

Mais la flamme qui l'anime - tellement ardente que nombre de ses pairs le considèrent comme un doux illuminé, voire comme un dangereux exalté -, cette flamme souvent devient cendre. Alors, désespéré, l'ombrageux poète-politique accable et flagelle, martyrise et morigène. Il peste contre la «mise en scène cathodique» de la chose publique, éructe contre «la comédie des apparences et la perversion de l'esprit de cour», vitupère contre l'immobilisme frileux, s'époumonne contre cet «art de l'esquive» et cet «équilibrisme» qu'il abhorre.

Car l'esquive, très peu pour lui. Villepin n'est jamais plus à l'aise que dans le combat. Et, entre Don Quichotte et Zorro, plus ce combat est voyant et désespéré, plus il y goûte. C'est le balladurien Nicolas Bazire qui, un jour, l'expliqua très bien: «Villepin a une vision esthétique de la politique. C'est fondamentalement un romantique. Il aime jouer, au sens théâtral du terme. Il pense que plus ça va mal, plus la pièce est tragique, meilleur est le tragédien. Il croit que la rédemption ne peut venir que de l'apocalypse. C'est le «Levez-vous, orages désirés» de Chateaubriand, quel que soit l'orage et quelle que soit sa source!»

Voilà peut-être pourquoi on n'a vu quasiment que lui ces derniers temps: un soir à l'Onu, le lendemain matin à la Convention de Bruxelles, l'après-midi à Berlin, la nuit au chevet de la Côte-d'Ivoire. Et toujours ce menton en avant, ce verbe précis, ce geste ample.

Quel homme, ce Villepin! Politiquement, comme tous les grands félins de la politique - tiens, comme Sarkozy et Chirac, à nouveau - il parvient toujours à retomber sur ses pattes. En témoigne l'évolution fulgurante de son image.

Il n'y a pas si longtemps, en effet, avant qu'il ne devienne très «tendance», Villepin était l'homme le plus dénigré du sérail. À l'époque, cet omnipotent secrétaire général de l'Elysée n'était dépeint que sous les traits d'un vil intrigant, éminence grise, gourou et gardien jaloux du maître Chirac, expert patenté en petites stratégies et en grands complots. Prince de la suffisance pour qui les trois quarts de la classe politique hexagonale étaient forcément des «connards». Roitelet exigeant, tyrannique et odieux avec ses collègues de travail.À l'époque, il était de bon ton de rappeler que ce sempiternel donneur de leçons politiques ne s'était jamais frotté au suffrage universel. Que du terrain, il n'avait jamais connu que les ors des palais nationaux. Et que ce grand stratège était surtout le spécialiste des manoeuvres hasardeuses. Villepin, faut-il le rappeler, fut le principal artisan de la dissolution de l'Assemblée nationale de 1997, qui tourna au fiasco pour la droite. Du coup, il devint pestiféré en chiraquie. «Je ne connais personne qui s'est fait autant d'ennemis», s'en amusa un jour le Président. Même Bernadette Chirac, qui l'a toujours détesté, l'accabla de son mépris, le traitant publiquement à la télé de «Néron», pour avoir incendié la majorité.

Jamais, pourtant, Jacques Chirac ne se sépara de lui.

Parce que Villepin, comme son maître à penser Alain Juppé, a toujours été fidèle et loyal à son égard: même dans les pires moments, même lorsque tous ou presque se tournèrent vers Balladur.

Parce que, pendant toutes ces années de collaboration, Chirac a pu apprécier la disponibilité sans faille de Villepin et l'énergie déployée à le servir, qu'il s'agisse de trouver des formules-choc pour désamorcer les «affaires» (ainsi, le rimbaldien «abracadabrantesque») ou de savonner la planche de la cohabitation pour faire trébucher Jospin.

Parce que Chirac a toujours été épaté par la fulgurance de l'intelligencede Villepin: «Quand je lis une page, il en a dévoré quatre. Il pige à une vitesse fantastique», s'extasia-t-il un jour.

Parce que, enfin, Chirac, qu'ennuient les gens formatés et policés, jubile au contact quotidien de Villepin: ce diplomate qui préfère l'insulte à la langue de bois, cet énarque plus esthète que technocrate.

En fait, le locataire de l'Elysée n'a jamais cessé d'être «bluffé» par le panache et l'entregent de Villepin. Ce n'est pas un hasard, décrypta récemment l'écrivain Denis Tillinac, un proche du Président: cet homme ressemble à s'y méprendre... au Chirac des années 60.

http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=91&art_id=104124

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