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arayzon
27/10/2011, 17h53
Après avoir provoqué la crise financière, les fonds spéculatifs commencent à s’intéresser au foncier. Du Brésil à l’Indonésie, de Madagascar à l’Ukraine, ils accaparent des millions d’hectares, aux côtés de multinationales ou d’États fortunés en manque de terrains à cultiver.

La course à l’accaparement des terres semble lancée. Les petits paysans expropriés et les communautés autochtones réprimées sont les premiers à en subir les conséquences. Et demain ?

Un nouveau problème alarme les organisations paysannes et non gouvernementales : la course à l’acquisition de vastes surfaces de terres cultivables lancée par des États, des multinationales et, depuis quelques mois, des fonds spéculatifs. L’ONG Grain (pour Genetic Resources Action International), basée à Barcelone, a ainsi mis en place une veille mondiale quotidienne et un blog recensant les articles de presse publiés sur ce sujet.

Rentabilité de 400%

Des millions d’hectares sont actuellement achetés ou loués dans les pays pauvres par des gouvernements, des multinationales et des investisseurs privés. Conséquence de ce vaste mouvement : les terres fertiles sont privatisées et concentrées au main d’un seul propriétaire, avec à la clé l’expulsion des petits exploitants agricoles et la disparition de leurs moyens de subsistance. L’heure est grave, surtout lorsque l’on sait qu’au niveau mondial, la faim est la principale cause de mortalité et qu’elle est liée principalement aux difficultés d’accès à la terre. Mi-septembre 2008, le directeur général de la FAO, le Sénégalais Jacques Diouf a annoncé que 920 millions de personnes souffraient de la faim contre 850 millions avant la flambée des prix. 70% sont des paysans. Dans le même temps, l’aide alimentaire internationale est tombée en 2008 à son niveau le plus bas depuis 40 ans.

Gouvernements, grandes entreprises et fonds spéculatifs n’ont pas les mêmes objectifs. Les premiers - Chine, Corée du Sud, Japon, Inde, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, pour les principaux - souhaitent assurer une sécurité alimentaire pour leur population en se lançant dans la production céréalière et de viande plutôt que de recourir aux importations dépendantes des fluctuations des cours mondiaux. Les multinationales et les fonds spéculatifs, crise financière aidant, ont déserté les marchés dérivés pour se tourner vers ce nouvel eldorado. « Dans de nombreux endroits du monde, les prix alimentaires sont élevés et les prix des terres faibles, explique l’ONG Grain. On peut donc clairement gagner de l’argent en prenant le contrôle des meilleurs sols, proches des ressources en eaux. »


L’horizon de placement est de 10 ans en moyenne avec bien sûr l’obligation d’exploiter les terres et de construire les silos et les routes nécessaires à l’exportation des récoltes. Les retours sur investissements sont évalués entre 10 et 40 % par an pour les fermes situées en Europe et peuvent atteindre 400 % en Afrique. Ce sont les gouvernements qui, dans un premier temps, négocient les accords de « coopération agricole » avec les pays pourvoyeurs de terres. C’est le secteur privé qui sera chargé de leur mise en œuvre.

Pétrole contre nourriture

La Chine a ainsi acquis 2,1 millions d’hectares (soit l’équivalent de la Slovénie) en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Australie. L’empire du Milieu voit ses surfaces agricoles disparaître à mesure que l’industrie gagne du terrain et sollicite de plus en plus de ressources en eau. Avec des réserves de devises estimées à 1800 milliards de dollars, la Chine a suffisamment d’argent pour honorer la trentaine d’accords de coopération agricole conclus ces dernières années. Du Kazakhstan au Queensland (Australie) et du Mozambique aux Philippines, les entreprises chinoises cultivent riz, soja, maïs, canne à sucre, manioc, sorgho, en échange de technologies, de formation et de fonds de développement d’infrastructures.

Les monarchies du golfe possèdent désormais environ 3 millions d’hectares au Soudan, au Pakistan ou en Indonésie. Suite à l’augmentation des prix alimentaires sur le marché mondial et à la chute du dollar, les pays du Golfe persique ont vu, en cinq ans, la facture de leurs importations bondir de 8 à 20 milliards de dollars. L’Arabie Saoudite a annoncé le 23 février dernier vouloir investir en Afrique du Sud et aux Philippines pour cultiver bananes, mangues, ananas, riz, maïs et viande bovine. Toutes ces denrées seraient destinées au marché saoudien. Israël prépare une visite officielle le 16 mars au Cambodge. « Je pense qu’ils cherchent des terres arables pour faire pousser du riz et des légumes », a commenté Nguon Meng Tech, le directeur général de la chambre de commerce cambodgienne.

Gentlemen farmers ?

Côté entreprises et fonds spéculatifs, l’acquisition de propriétés est une nouveauté. Cette évolution date de quelques mois, lorsque les marchés financiers se sont effondrés. La Deutsche Bank et Goldman Sachs possèdent des fermes et des usines de viande en Chine. La banque d’investissement Morgan Stanley est propriétaire de 40 000 hectares en Ukraine, grenier à blé de l’Europe. Le fonds spéculatif russe Renaissance Capital possède 300 000 hectares, toujours en Ukraine. L’entreprise lituanienne Agrowill, les Suédois Alpcot Agro et Black Earth Farming investissent massivement en Russie. Le fonds d’investissement américain Black Rock vient d’annoncer la constitution d’un fonds spéculatif agricole de 300 millions de dollars, dont 30 millions sont dédiés à des acquisitions de terre. Le britannique Dexio Capital souhaite acheter 1,2 million d’hectares de steppes russes. La société française Louis Dreyfus Commodities qui possède 60 000 hectare au Brésil est actuellement intéressée par l’achat ou la location de terres au Nigeria et en Afrique subsaharienne. La carte de ces récentes acquisitions a été dressée par l’ONG Grain :

http://www.bastamag.net/IMG/jpg/LANDGRABcarte-2.jpg

« La terre est devenue une ressource rare. Le changement climatique entraîne une désertification à un rythme accéléré. Des centaines de milliers d’hectares de terres arables vont disparaître dans les prochaines années, expliquait au quotidien en ligne Mediapart, Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. D’autre part, la terre cultivée est épuisée, conséquence d’une agriculture intensive et d’un recours systématique aux engrais chimiques. Parallèlement, la demande de matières premières agricoles progresse, en raison de l’accroissement de la population mondiale, mais aussi de la modification des habitudes alimentaires. » Ce qui est rare étant cher, cela se traduit pour les prévisionnistes des marchés par une augmentation des prix des denrées, par un fructueux placement et par une pression accentuée pour obtenir plus de terres agricoles.

Manne financière pour les pays du Sud ?

Les gouvernements pourvoyeurs de terre voient ce phénomène d’un très bon œil. Ils défendent ces projets en expliquant à leur population que cette manne financière permettra la construction de routes et d’infrastructures. La plupart des accords de coopération comprennent aussi des programmes de recherche en vue d’améliorer les rendements agricoles. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, la rhétorique utilisée est celle du « gagnant-gagnant » qui valorise les politiques de développement. Or, ici, il ne s’agit ni de développement rural ni de souveraineté alimentaire mais de développement agro-industriel. Selon Grain, celui-ci « a engendré pauvreté et destruction de l’environnement et a exacerbé la perte de la biodiversité, la pollution par les produits chimiques agricoles et une contamination des cultures par les organismes génétiquement modifiés ».

Les mauvaises nouvelles n’arrivant jamais seules, la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) regardent le mouvement avec beaucoup d’intérêt et conseillent aux gouvernements de modifier leur législation foncière pour que les investisseurs étrangers puissent acquérir des terres plus facilement. Pourtant, de nombreux pays cibles sont, à l’instar du Kenya, de la Tanzanie ou de Madagascar, importateurs nets de denrées alimentaires. « Le Cambodge qui loue pour 600 millions de dollars au Qatar et au Koweït a bénéficié du Programme alimentaire mondial de 35 millions de dollars pour soulager la famine », assène Grain.

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arayzon
27/10/2011, 17h53
4% des propriétaires possèdent la moitié des terres

À Madagascar, 600 000 personnes dépendent de l’aide alimentaire. Les récentes émeutes qui ont embrasé l’île ont été déclenchées par l’annonce de la location de 1,3 million d’hectares - la superficie de l’Ile-de-France - pendant 99 ans par l’entreprise Sud-Coréenne Daewoo Logistics qui souhaitait y produire 4 millions de tonnes de maïs et 5 millions de tonnes d’huile de palme par an pour le marché sud-coréen. Pour l’heure, Daewoo a suspendu ses pourparlers avec le gouvernement et ses négociateurs sont partis sans laisser d’adresse. Pour combien de temps ?

L’affaire pose le problème de la propriété de la terre. Dans de nombreux pays africains, et même sud-américains, les titres de propriété n’existent pas [1]. Les exploitants courent donc le risque d’être expropriés d’une terre qu’ils occupent depuis plusieurs générations. Ces paysans sans terre viendront grossir les bidonvilles qui ceinturent les grandes métropoles du tiers-monde. « Il faut explorer des régimes alternatifs de propriété, qui reconnaissent par exemple des droits communaux sur la terre. On pourrait imaginer que les droits des cultivateurs soient reconnus, afin de les protéger de l’expropriation, tout en leur interdisant de vendre leur terre sans l’assentiment préalable de la municipalité ou de la communauté. », ajoute Olivier de Schutter.

Au niveau mondial, 4% des propriétaires fonciers sont à la tête de la moitié des terres cultivées. Pourtant, la kyrielle d’études produites dans le domaine agricole ont prouvé que les petites exploitations sont plus rentables que les grandes exploitations industrielles. Une étude a démontré qu’en Turquie, les fermes familiales de moins d’un hectare produisent proportionnellement vingt fois plus que les exploitations de plus de 10 hectares.

Que deviendront les mouvements qui luttent pour une véritable réforme agraire et pour le droit des populations autochtones ? Au Chili, par exemple, les indiens Mapuche se battent depuis des décennies pour défendre la forêt, qui est leur seul moyen de subsistance. Ils sont en conflit avec les multinationales forestières et sont victimes d’assassinats, d’arrestation, de torture et de surveillance constante. En Indonésie où les mouvements paysans sont criminalisés, ce sont 22 millions de foyers qui ont été chassés de leur terre.

Pour l’heure, Grain s’interroge. Quelles seront les conséquences économiques, sociales et environnementales à long terme de ce phénomène d’accaparement des terres ? Trop tôt pour le dire. Mais cette nouvelle tendance est inquiétante, surtout lorsqu’on connaît les projets de privatisation et de manipulation génétique des semences que caressent certaines multinationales.


Notes:
[1] Au Brésil, un projet de « cartographie sociale » de l’Amazonie vise, entre autres, à empêcher les expropriations de communauté indienne ou rurale qui occupe une zone.

Par Nadia Djabali

Source : bastamag.net

snake78
28/10/2011, 09h13
C'est quoi ces 1500 hectares achetés en Algérie ? :confused:Par qui ? ou ça ?

Absent
28/10/2011, 09h47
Par un fonds d'investissement saoudien dans la région d'Adrar et queqlues sociétés étrangères dans la région de AIn Temouchent et de Médéa.

snake78
28/10/2011, 12h14
Par un fonds d'investissement saoudien dans la région d'Adrar et queqlues sociétés étrangères dans la région de AIn Temouchent et de Médéa.


Rien que ça, un fond d'investissement spéculatif saoudien.
Comme si il n'y avait pas d'argent en Algérie pour ouvrir les portes à ces gens.

Absent
28/10/2011, 12h20
Il semblerait qu'ils ont vendu un "prétendu" savoir faire dans l'agriculture saharienne.

mouwatan
29/10/2011, 16h36
et si l'initiative venait de l'Algérie, en qualité de propriétaire légitime et inaliénable des terres, d'offrir un partenariat pour une agriculture performante, en abandonnant définitivement les tabous du genre "el syada el watania", cette souveraineté nationale qui a quitté le pays depuis que nous importons de la pomme de terre et des tomates et surtout depuis que chaque hausse des prix - à l'internationale - du sucre, de l'huile et du blé risque de transformer notre bled en un immense brasier...??



sous forme d’une « location » à moyen et/ou long terme de terres arables à un État-Partenaire stratégique, pour une production agricole et un élevage qualitatifs et quantitatifs.

L’Algérie aurait tout à gagner en optant pour un partenariat stratégique, surtout si, à fortiori, cet État-Partenaire est membre du Conseil de Sécurité, avec droit de véto: ce serait un judicieux placement sur le long terme, pour ne pas dire UNE ASSURANCE-VIE pour l’Algérie.
Parce que, dans une telle constellation, celui qui « touchera » à l’Algérie, touchera à la sécurité alimentaire de cet État-Partenaire.
il suffit juste de signaler que 2 Chinois sur 3 sont agriculteurs, soit près d’1 Milliard d’agriculteurs qui s’échinent, chaque jour que Dieu fait, à nourrir 1,4 Milliards de personnes. Le défi est immense et il y arrivent quand même!!

je pense qu’il y a vraiment matière à entreprendre, dès à présent, une sérieuse réflexion sur ce sujet.
car, sans se voiler la face, il faut bien admettre que notre agriculture, quoi que puissent avancer les officiels gouvernementaux, est, globalement, sinistrée depuis pratiquement des décennies.
il faut également admettre que dans les pays avancés en matière d'agriculture, des rendements, inimaginables chez nous, y sont réalisés, an après an… ce qui représente, vu sous notre angle, un immense manque à gagner, an après an. nous en sommes réduits à pratiquement tout importer, ce qui est à la limite immoral

il est clair qu'un tel projet doit être pensé et mûri avec toute la minutie nécessitée par une telle entreprise, aussi bien au niveau État à État, qu’au niveau privé à privé car les potentialités sont immenses, pour peu que les lignes directrices soient clairement définies, comme par exemple :

- l’intérêt primordial de l’Algérie pour assurer la nourriture de qualité - entre autres, sans OGM - des Algériens d'aujourd'hui et de demain
- la réhabilitation des immenses terres abandonnées depuis belle lurette afin d'y récolter des produits de qualité, destinés au marché local, à celui du partenaire et, pourquoi pas à l'exportation
- la création de nouveaux espaces agricoles, vu l'immense gisement que recèle notre pays, compte tenu que les terres arables représentent seulement 3,2% de la superficie de l’Algérie. Autrement dit, seulement 8 Millions d’hectares sur les 250 du pays dont 80% sont en zone désertique.
- la nature structurante de cette entreprise, comme le développement et même la création de nouvelles ressources hydriques, les emplois directs et indirects, le conditionnement et la transformation des produits agricoles aux normes internationales, les immenses espaces de conservation à la hauteur des rendements et bien sûr les emplois dans tous les secteurs concernés.
- la mise à niveau graduelle des agriculteurs algériens, pour peu qu'ils soient formés, sur le terrain, par le partenaire et les amener à des niveaux de rendements plus profitables.
- et surtout pour casser, enfin, cette spirale inflationniste, basée sur l’informel et la spéculation, qui se répercute sur les pauvres bourses.

il serait intéressant de connaître l’opinion des uns et des autres

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