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Voir la version complète : Le chômage de longue durée se banalise


soufiane-oujda
07/11/2011, 16h35
- 2/3 des demandeurs d’emploi sur la touche depuis plus d’un an

- Malgré la création de 120.000 postes d’emplois rémunérés

Les partis politiques qui rivalisent actuellement de surenchères de promesses en matière d’emplois devraient scruter attentivement la dernière note du HCP sur le marché du travail pour ne pas vendre du vent aux électeurs. La population active en chômage s’est accrue de 2,7% au troisième trimestre et les moteurs traditionnels de création d’emplois tournent au ralenti (le BTP, par exemple).

A fin septembre, 1,05 million de personnes étaient sans emploi contre 1,02 million au troisième trimestre de 2010. Ce sont donc 28.000 chômeurs de plus (9.000 en ville et 19.000 dans la campagne). Au moins un chômeur sur deux est un primo-demandeur d’emploi (51,3%), relèvent les experts du Haut commissariat au Plan. Par ailleurs, près du quart (24,5%) débarquent à peine du système éducatif et sont à la recherche d’une première expérience professionnelle. D’autres se retrouvent sans emploi suite à l’arrêt de l’activité de leur établissement ou au licenciement (29,4%) ou encore suite au décrochage scolaire. 16,1% sont dans cette situation.

A noter un phénomène inquiétant, l’enracinement du chômage de longue durée (plus d’un an). Deux chômeurs sur trois relèvent en effet de cette catégorie, soit la même proportion qu’au troisième trimestre 2010. Plus grave, la proportion de personnes au chômage depuis au moins cinq ans a augmenté de 21,1 à 25%. Une véritable bombe à retardement.

Alors que le Maroc affiche un taux de croissance à faire pâlir d’envie bien des économies de l’OCDE, le contenu en emplois de la croissance reste trop faible pour pouvoir absorber la demande additionnelle de l’emploi. Et c’est bien là l’enjeu, analysait Nizar Baraka, ministre des Affaires générales au Club de L’Economiste. Selon le ministre, un point du PIB correspond aujourd’hui à 35.000 emplois contre 55.000 il y a dix ans. Et pour améliorer ce contenu, «il faut accélérer la mise en œuvre des stratégies sectorielles et réorienter l’investissement vers les activités à valeur ajoutée».

Le taux de chômage se stabilise certes à 9,1% de la population active au troisième trimestre, mais cette moyenne masque des disparités et ne renseigne pas fidèlement sur la situation réelle. Le taux de chômage est passé à 13,5 en 2011 contre 13,8% en milieu urbain et à 4,1% en milieu rural. Les principales variations ont été relevées chez les jeunes citadins âgés de 15 à 24 ans (hausse de 3,3 points) et chez les femmes (1,2 point). Notons au passage que le chômage est toujours plus important chez les diplômés (16,9%) que chez les personnes sans diplôme (4,1%). En somme, plus on est jeune et diplômé, plus on risque d’affronter la réalité du chômage.

Pourtant, pas moins de 120.000 postes d’emploi rémunérés nets ont été créés. Mais il faut dire que le poids de l’emploi non rémunéré demeure important. Il a enregistré une hausse de 70.000 postes résultant de la création de 76.000 postes en zones rurales (exclusivement féminins) et de la perte de 6.000 postes en zones urbaines. Les créations nettes d’emplois non rémunérés ont été relevées principalement dans le secteur de l’agriculture et pêche (89.000 postes contre un recul au niveau de la quasi-totalité des autres secteurs).

Les services sont les principaux pourvoyeurs d’emplois avec 152.000 emplois, soit une augmentation de 3,8% du volume d’emploi du secteur. Les hausses les plus importantes ont été relevées en zones urbaines au niveau des branches du commerce de détail et réparation d’articles domestiques (64.600 postes) et des transports terrestres (49.300). Pour sa part, l’industrie a créé 21.000 emplois et l’agriculture 14.000. En revanche, le secteur des BTP a enregistré sa 2e baisse trimestrielle consécutive avec 6.000 emplois perdus entre les troisièmes trimestres de 2010 et de 2011.

Ayoub NAÏM

leconomiste

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