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bel-court
22/01/2012, 10h28
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Le conservateur Newt Gingrich a remporté samedi une victoire écrasante sur Mitt Romney en Caroline du Sud, 40% des voix contre 27%. La campagne des primaires républicaines est relancée de manière spectaculaire.
Laure Mandeville, envoyée spéciale à Charleston, Caroline du sud

C'est la combativité de Newt Gingrich qui a payé samedi soir. Après une traversée du désert en Iowa et dans le New Hampshire, où il était arrivé bon quatrième, le voilà qui remporte la primaire de Caroline du sud avec quelque 41% des voix, une très large victoire qui laisse loin derrière son principal rival Mitt Romney. Ce dernier longtemps donné favori dans les sondages, mais déstabilisé dans les derniers jours, ne parvient à arracher que 27% des suffrages, loin derrière les 33% que son prédécesseur et parrain centriste John McCain avait engrangés en 2008. Le candidat chrétien conservateur Rick Santorum remporte un score honorable de 18% et le libertarien Ron Paul 13%. Louant ses rivaux et se plaçant dans la perspective d'un combat avec Barack Obama, qu'il a littéralement accablé dans son discours de victoire samedi soir, Newt Gingrich a accusé les «élites et les médias» de vouloir entrainer le pays dans la voie de valeurs de gauche radicales «non américaines» et «anti-religieuses». Présentant le président sortant comme le «président des tickets nourriture», une allusion au nombre de gens actuellement au chômage et obligés d'être aidés par l'Etat, il a promis d'être au contraire «le président des bulletins de salaire». Je rétablirai «l'exceptionalisme américain», s'est-il écrié, raillant la faiblesse d'Obama, qui fait «paraître Carter fort à côté».

Le résultat met fin aux espoirs de Romney de triompher rapidement de ses adversaires grâce à l'impressionnant rouleau compresseur de son organisation de campagne. Tout est à nouveau ouvert, les quatre candidats ayant annoncé qu'ils allaient continuer la course. On est bien loin du scénario de trois victoires consécutives dans l' Iowa, le New Hampshire et la Caroline du sud, que l'ancien gouverneur du Massachusetts espérait jusqu'à ces quelques jours. Depuis le recomptage des voix dans l'Iowa, on sait que la victoire y est allée à Santorum, à 21 voix près. Romney a gagné le New Hampshire et Gingrich la Caroline. «Trois états, trois victoires, quel extraordinaire pays que les Etats-Unis», s'écriait samedi Rick Santorum, une manière de souligner la liberté de pensée des électeurs. La bataille dans «l'état du soleil», la Floride, n'en sera que plus haletante, même si Romney y bénéficie de moyens, de soutiens de l'establishment et d'infrastructures supérieurs à tous les autres rivaux.

Tempérament de «bouledogue politique»Le triomphe sud-carolinien de Gingrich s'explique tout d'abord par son tempérament de «bouledogue politique», prêt à aller arracher ses votes avec les dents, notamment lors de débats télévisés où il s'est comporté en «gladiateur» face à ses rivaux et aux journalistes. Sa combativité, et sa connaissance intime de la psychologie du sud, dont il est originaire (Géorgie), ont fini par payer dans la dernière ligne droite de la campagne. Les deux débats télévisés organisés à Myrtle Beach et Charleston, lundi et jeudi dernier, ont été les vrais tournants qui ont changé la donne locale. Gingrich, un excellent débateur à la campagne très désorganisée, qui avait déjà brièvement pris l'avantage en novembre sur la seule force de persuasion de ses prestations, a frappé fort, égrenant les thèmes et les paroles que l'auditoire attendait. Si l'on en juge par les commentaires que l'on entendait hier dans les bureaux de vote à Charleston, il a marqué son point gagnant quand il s'est dressé sur ses ergots jeudi pour fustiger le journaliste de CNN John King, qui lui demandait de commenter les accusations de son ex-femme Marianne Gingrich, sur la manière dont il lui aurait proposé un mariage «ouvert» laissant place à une maîtresse, (puis dont il l'aurait abandonné alors qu'elle venait de déclarer une sclérose en plaques). Niant «une histoire fausse», Gingrich a détourné le tir, en accusant la presse de harcèlement contre les républicains. «Cette question sur ma vie privée est méprisable…J'en ai assez de ces médias qui protègent le président Obama», a-t-il répliqué avec aplomb. Les électeurs de la très conservatrice Caroline du sud expliquaient hier qu'il avait eu raison de répondre ainsi et que cela prouvait sa répartie et sa capacité à se défendre. Très remontés contre les médias, qu'ils accusent de biais à l'encontre de la droite, ils semblaient en phase avec les piques virulentes de Gingrich.

Les faibles prestations télévisées de Romney, qui est apparu désemparé et hésitant quand la question de sa déclaration d'impôt est venue sur le tapis, ont joué en revanche très négativement. Les électeurs de Caroline du sud en ont tiré l'impression d'un candidat non combatif et louvoyant, incapable d'assumer sa fortune et de régler une bonne fois pour toutes la question de ses revenus. «Trop terne», notait samedi un commentateur de CNN, soulignant que Romney, contrairement à Gingrich n'avait jamais semblé capable d'attaquer son adversaire directement, préférant utiliser les campagnes de publicités négatives au lieu de mouiller sa chemise. Selon le commentateur John King, l'état major de Romney serait très conscient du problème et serait en train de préparer son candidat à une contre-attaque rapide et personnalisée contre Gingrich, en Floride. «Ils vont s'en prendre à sa personnalité, à ses casseroles financières…», prévoyait-il. King annonçait aussi que l'ancien gouverneur de Floride Jeb Bush, très populaire et respecté, allait annoncer son soutien à Romney, un appui qui devrait le servir. «La question est toutefois de savoir si l'ADN de Romney lui permettra de passer à l'attaque», doutait David Gergen, un ancien conseiller de plusieurs présidents démocrates et républicains. «Les Républicains rêvent d'un combattant prêt à s'en prendre violemment à Obama et ils ne le trouvent pas en Romney», ajoutait-il. Selon un sondage diffusé par CNN, 51% des habitants de Caroline du sud pensent Gingrich capable de battre Obama, contre 37% qui font confiance à Romney pour le faire. Or l'argument de l'éligibilité était jusqu'ici central dans l'argumentation de campagne du gouverneur du Massachusetts…

Le Figaro

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