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Ahmadov
19/02/2012, 11h14
L’imbroglio syrien

Alors que le schéma libyen s’est effondré, sur la scène médiatique, à propos de la Syrie, il est toujours difficile de se faire une idée précise sur la composante et sur la consistance de l’opposition. La presse en tout genre, loin de contribuer à la clarification de la situation, contribue au contraire à entretenir la confusion. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à se référer aux flots d’émissions et d’articles sur le sujet. Sur le haut du podium des médias figure le Conseil national syrien (formule syrienne du CNT libyen), dominé par les Frères musulmans et financé, notamment par la Fondation Ford et le Qatar. C’est lui qui est le plus sollicité et le plus cité par les chaînes de télévision et par la presse écrite.

On pourrait croire qu’il serait l’organe dirigeant de l’opposition ou du moins l’acteur le plus important. Paradoxalement, il n’en est rien et, pire, il ne représenterait rien et serait décrié à l’intérieur. Ce sont les médias eux-mêmes qui rapportent que ses membres, pour la plupart d’entre eux, soit n’ont pas mis les pieds en Syrie depuis des années, soit n’ont jamais connu ce pays. Les mêmes médias qui font la promotion du CNS disent qu’il n’a aucun ancrage et qu’il est même rejeté par les opposants qui activent sur le terrain. Point important à souligner : le CNS est la seule formation dont la stratégie repose en totalité sur une intervention armée de l’OTAN. Après le CNS, est parfois invoqué le Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCCD). Il est constitué de 11 partis et de certaines personnalités. Selon les observateurs, ce serait le courant de l’opposition le plus représentatif.

Le CNCCD refuse toute ingérence étrangère, même s’il s’appuie sur les ONG pour «protéger les civils», et oscille entre radicalité (refus de négocier) et demande d’ouverture démocratique. Vient, ensuite, l’opposition dite interne ou «modérée», qui regroupe l’Union communiste, le Parti nationaliste et l’Initiative kurde, rejoints par diverses associations et des tribus, tendance qui peut conforter le processus de réformes politiques, en cours de réalisation. Enfin, engagés dans la violence, on trouve divers groupes armés, dont le plus notoire est cette Armée syrienne libre, constituée de déserteurs, parallèlement à des formations dont la composition peut être aussi bien celle d’insurgés nationaux que celle d’étrangers infiltrés par la Turquie ou les monarchies du Golfe, dont des islamistes libyens et Al Qaïda, selon les renseignements étatsuniens. Avec cela, le déroulement des événements, pollué par la propagande nourrie par l’Office syrien des droits de l’homme (OSDH) basé à Londres, n’offre pas de prise assez claire sur la réalité. Le veto russo-chinois, en rendant caduque un scénario à la libyenne, et le radicalisme du CNS et du CNCCD, qui (chacun selon sa stratégie) refusent tout dialogue et exigent le «départ» du gouvernement, compliquent encore plus la perspective. En conséquence, le CNS qui a perdu sa principale carte, avec le refus des Occidentaux d’une aventure militaire et qui est rejeté par la contestation en Syrie, semble bien en peine de trouver une sortie honorable, même si l’ersatz des «amis de la Libye», «les amis de la Syrie», peut lui offrir matière à espérer une évolution dans le sens de ses ambitions. Le CNCCD, au radicalisme inspiré par un jugement analogique, très simpliste, plein de certitudes sur la «chute du régime», semble devoir revoir ses analyses à l’emporte-pièce et se trouver une démarche plus en phase avec les données nationales. Quant aux groupes armés, qui dépendent de leur capacité à gagner une légitimité, ce qui est loin d’être le cas, peuvent sombrer dans un processus de violence sporadique sans lendemain.


B. G.
Le Jour d'Algérie du 19 fevrier 2012

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