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Vigilance
07/03/2012, 11h12
Le président de l’Assemblée nationale a vite fait de rectifier le ministre de l’Intérieur : il n’est pas question de réviser les indemnités des députés à la baisse ! Même si Daho Ould Kablia n’a fait qu’émettre un avis personnel, comme le précise Ziari, on aura su que le pouvoir est bien conscient de ce qui fait courir les candidats : la notoriété et l’argent.

L’ouverture de la dernière session de l’actuelle législature coïncide avec le début de confection des listes.
Si pour “les valeurs sûres”, le FLN et le RND, l’opération consiste en un laborieux travail d’arbitrage compliqué par l’exigence légale de quotas de femmes, les formations à moindre chance, notamment les partis-éprouvettes, peinent à recruter des candidats.
À la veille des législatives, un véritable marché parallèle s’improvise, en marge des batailles organiques
pour l’investiture du parti où des
notabilités opportunistes présentent leurs offres de services à des formations en mal de personnel qualifié. Malheureusement, ces compétences, “indépendantes” entre deux scrutins mais disponibles à l’heure d’aller à la soupe, n’intéressent le plus souvent que les moins cotées des formations politiques, les grosses cylindrées étant déjà fournies en cadres.
Dans le système de pouvoir algérien, le Parlement est démuni de toute influence dans la production législative. Parmi les députés et sénateurs des partis du pouvoir, seuls les membres des commissions, dépendances législatives de l’Exécutif, ont quelque rôle dans le processus général de production de la loi. Cette fonction consiste à s’assurer que les projets de loi traversent l’épreuve parlementaire sans qu’ils ne soient altérés par la vision des parlementaires, fussent-ils ceux de la majorité. C’est pour cela que, plus dans la majorité que dans l’opposition, hormis quelques chefs de file, la candidature n’est conditionnée par aucune exigence politique ou de qualification.
Même engagé et bardé de convictions, l’élu se retrouve dans un système institutionnel qui réduit sa fonction à une position dont il ne peut exploiter que les avantages statutaires et matériels. Ce qui explique le fort taux d’absentéisme des députés et sénateurs qui finissent par comprendre qu’on n’a besoin d’eux que les jours de vote et seulement pour le vote de certaines lois emblématiques de l’orientation du pouvoir exécutif. C’est le constat d’impuissance qui, souvent, pousse ces surnuméraires du système à aller vaquer à “leurs affaires”. Mange et tais-toi, ou plutôt dis oui.
L’Assemblée buissonnière est la conséquence de l’impuissance législative d’une institution réduite à son utilité procédurale. Il paraît que dans une république, les ukases de l’autorité absolue doivent passer par une assemblée délibérante. Ou même deux, dans les républiques “top” !
Si le député opposant est désarmé par sa situation de minoritaire, l’élu de la majorité est désarmé
par son appartenance au camp de l’autorité.
La question de l’attrait alimentaire des mandats parlementaires est une fausse question. La vraie question est : que faire d’un système politique et institutionnel où la fonction élective est dépossédée de toute prérogative politique au point qu’elle ne conserve que son potentiel corrupteur et ses avantages financiers ?

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