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Voir la version complète : Comment les talibans forment les aspirants djihadistes


Hyde
25/03/2012, 01h11
C'est au Pakistan, dans les montagnes des zones tribales, que les jeunes exaltés islamistes européens sont endoctrinés et entraînés. Notre reporter raconte.

«Mais, vous savez, chez moi, dans mes montagnes, il y a même des Français qui s'entraînent à la guerre sainte!» Le visage souriant sous son vaste turban blanc, les mains sagement posées sur le volant de sa Toyota pourrie, Kamal, mon guide-interprète pakistanais, m'avait lancé ça comme en passant, me jetant juste un regard furtif, pour saisir au vol ma réaction. C'était un après-midi brumeux de décembre 2008, et nous roulions ensemble vers un faubourg de Peshawar, où les talibans venaient de réussir une attaque spectaculaire, brûlant tout un dépôt logistique utilisé par l'armée américaine en Afghanistan.

Pour un journaliste s'intéressant aux zones tribales pakistanaises, ces confins du Raj que les Britanniques n'avaient jamais réussi à soumettre et qu'à leur suite le gouvernement pakistanais avait renoncé à administrer réellement, terres peuplées de farouches Pathans n'appliquant pour tout droit que le pachtounwali, leur ancestral code d'honneur, Kamal était le meilleur contact possible. Il partageait son temps entre Islamabad, où il avait une épouse et deux enfants scolarisés, et Razmek, son village natal, perché dans les montagnes de la zone tribale du Waziristan, frontalière de l'Afghanistan, où il venait de prendre une seconde femme. Un vendredi de février 2002, dans cette bourgade perdue où la police ne pénétrait jamais, il avait entendu Oussama Ben Laden prêcher dans la mosquée. Devant un parterre de chefs de tribu assis en tailleur, le fondateur d'al-Qaida avait exhorté les fiers Pachtouns à embrasser la guerre sainte, afin de «chasser les étrangers infidèles» de leur pays, après que le président Moucharaf eut autorisé les forces spéciales américaines à utiliser les bases militaires pakistanaises.


Depuis cette date, Kamal n'avait plus jamais revu ni même entendu parler du cheikh Oussama. Il ignorait ce qu'il était devenu, mais, en revanche, il avait été le témoin de la réorganisation, au Waziristan, des talibans et de leurs alliés djihadistes arabes, après qu'ils eurent été chassés de l'Afghanistan voisin par les troupes américaines. Dès le mois de décembre 2001, tous les camps d'entraînement d'al-Qaida en Afghanistan avaient été démantelés. Beaucoup de combattants musulmans internationalistes - la plupart arabes mais aussi quelques Ouzbeks et Indonésiens - avaient été tués, ou capturés, puis envoyés à Guantánamo. La réorganisation des forces talibanes et des cellules djihadistes avait été longue et difficile. Mais, dès l'année 2005, les sectateurs d'Oussama et du mollah Omar avaient réussi à reconstituer leurs forces. Utilisant les zones tribales comme un sanctuaire, les talibans se mirent à lancer des attaques de plus en plus meurtrières contre les troupes de l'Otan déployées dans les provinces afghanes.

Les combattants islamistes internationalistes mirent du temps à revenir s'entraîner sur les contreforts de l'Hindu Kuch. En effet, l'Irak, envahi par les Américains à partir de mars 2003, avait constitué pour eux la région prioritaire de leur djihad global. Mais la guerre civile entre sunnites et chiites qui y avait éclaté trois ans plus tard avait rendu les choses confuses. Dès 2007, la Mésopotamie, de mieux en mieux contrôlée par les forces américaines, perdit sa qualité de paradis du djihad. Pour s'entraîner au combat, les montagnes séparant le Pakistan de l'Afghanistan offraient de bien meilleures conditions. A partir des attentats de Madrid - qui eurent pour conséquence la décision du gouvernement espagnol de retirer son contingent d'Irak -, al-Qaida comprit tout l'intérêt qu'il y avait à organiser des attentats spectaculaires dans les pays européens alliés de l'Amérique. Les djihadistes arabes porteurs de passeports européens devinrent dès lors de très précieuses recrues pour l'organisation terroriste.


Il y a plusieurs phases dans le conditionnement d'un candidat à l'action terroriste. Qu'ils aient été ou non recrutés par une filière, les jeunes exaltés islamistes vivant en Europe s'envolent habituellement pour Peshawar sans plan préétabli. Ils souhaitent juste «faire quelque chose de leur vie» et sont fascinés par ces Pachtouns, pieux musulmans en sandales, qui tiennent tête à la plus puissante armée de la planète. A leur arrivée sur le sol pakistanais, ils sont immédiatement transportés vers les zones tribales, où ils sont accueillis dans une maison dépendant d'un chef taliban. Les hommes y vivant multiplient les amabilités à leur égard, sans rien leur demander en échange. C'est la vie simple et fraternelle de l'islam, ponctuée par les cinq prières de la journée. Les premiers cours qu'ils reçoivent ne sont destinés qu'à parfaire leur éducation religieuse. Puis, subtilement, petit à petit, on passe à la phase de conditionnement psychologique. La soirée est consacrée au visionnage de vidéos sanglantes, relatant «es massacres» d'innocents civils musulmans par les armées infidèles (femmes et enfants déchiquetés par les attaques des drones américains dans les zones tribales, mais aussi familles palestiniennes victimes des bombardements israéliens sur Gaza). A force de voir ses camarades de chambrée partir pour des actions commandos en Afghanistan, le djihadiste européen finit par demander de pouvoir y participer.

Un meurtre odieux dans la stricte ligne idéologique de Ben Laden
C'est alors qu'intervient le chef taliban: il dit apprécier la générosité de l'offre, mais refuse en raison de «l'inexpérience militaire» du musulman européen. «En revanche, si tu tiens réellement à être utile à notre cause, il y a un gros sacrifice qu'on peut te demander. Mais on comprendrait très bien que tu refuses, personne n'est forcé à devenir un héros, et nous resterions très bons amis.» C'est à ce moment-là que l'exalté mord ou pas à l'hameçon. S'il accepte de devenir un martyr, sa préparation militaire commence immédiatement.


Combien de candidats à l'action terroriste ont-ils renoncé au dernier moment? Sans doute beaucoup, dans la mesure où les attentats sur le sol européen restent rarissimes. La police allemande estime que quelque 70 musulmans porteurs de passeports de la République fédérale sont partis depuis quatre ans au Pakistan pour s'entraîner au djihad. Le MI5, service de contre-espionnage britannique, a intercepté un certain nombre de communications téléphoniques suspectes entre le Waziristan et des musulmans d'origine pakistanaise résidant en Angleterre.

Mais peu importe, pour al-Qaida, qu'il y ait des «pertes en ligne» dans le recrutement de ses djihadistes européens. L'important, pour l'organisation, est qu'un attentat réussisse de temps à autre et que son impact médiatique soit maximal. Les assassinats de Montauban et de Toulouse constituent un grand succès pour al-Qaida. C'est d'abord un régiment parachutiste ayant servi en Afghanistan qui a été frappé. Les enfants juifs? Ce meurtre odieux est dans la stricte ligne idéologique de la guerre qu'Oussama Ben Laden avait déclarée publiquement, à l'été 1998, «aux Juifs et aux Croisés». Car, dans l'interview qu'il avait donnée à ABC News, le cheikh saoudien avait tenu à préciser que les civils innocents ne seraient pas épargnés...

source: figaro (article publié le 22.03.2012)

mkh
25/03/2012, 12h39
khaaaak tfouuuuuuuuuu

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