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Hyde
06/04/2012, 16h49
Le président-candidat a présenté sa « Lettre au peuple français », qui sera tirée à six millions d'exemplaires.

À dix-sept jours du premier tour, Nicolas Sarkozy est revenu à l'essentiel de ce qui le distingue, à ses yeux, du favori de la présidentielle qu'est François Hollande. Il a présenté jeudi, pendant plus d'une heure trente, une longue lettre de… 32 pages - et non les 16 pages annoncées par la presse -, où il se présente comme le seul candidat dont le projet réponde aux exigences de ces temps de crise. Une lettre «au peuple français» et non «à tous les Français», comme François Mitterrand avait intitulé la sienne en 1988.

Un second document regroupe les 32 propositions principales constituant son programme présidentiel. Parmi les mesures nouvelles figurent un deuxième plan de rénovation urbaine de 18 milliards d'euros et le paiement des retraites, à partir du 1er juillet, dès le 1er du mois au lieu du 8. Peu de nouvelles mesures, donc, mais beaucoup d'explications. Un fascicule explicatif précise que la lettre de Nicolas Sarkozy sera imprimée à 6 millions d'exemplaires, distribuée en «porte-à-porte» et disponible dès jeudi soir en format numérique sur lafranceforte.fr.

Nicolas Sarkozy a adopté dans son propos liminaire un ton très grave pour rappeler que l'objectif «absolument prioritaire» de son projet était de rendre à la France «la maîtrise de son destin», qui lui échappe pour cause de déficit abyssal, mais aussi parce qu'elle court le risque, comme le reste de l'Europe, d'être la grande perdante de la mondialisation. Il a plaidé que son premier quinquennat avait amorcé un cercle vertueux et que «le moindre relâchement dans le parcours qui est le nôtre» entraînerait «la crise de confiance». Et c'est l'ancien premier ministre socialiste espagnol José Luis Zapatero - avec lequel ses relations étaient très cordiales jusque-là - qui a été la victime collatérale de sa démonstration. «Après sept ans de gouvernement socialiste, regardez la situation de l'Espagne», a noté Nicolas Sarkozy, en soulignant que le premier voyage européen de François Hollande après sa victoire à la primaire avait été pour lui rendre visite alors qu'il était aux affaires.

Le président sortant a plaidé que les mesures d'économies déjà initiées seraient imposées aux collectivités locales et au cadrage des dépenses de santé - tout en tenant compte de leur inévitable augmentation à cause d'une population vieillissante. Il a justifié une projection de croissance autour de 2 % - plus prudente d'un demi-point que celle de son rival socialiste -, en soulignant que le gouvernement avait toujours tenu ses objectifs, et parfois fait mieux.

Le président n'a d'yeux que pour son adversaire, qui propose un «festival de dépenses nouvelles». A-t-on les moyens de dire aux Français «c'est la fête», a-t-il interrogé avant de se payer le luxe d'être d'accord avec Marc Blondel, ex-patron de FO, contre Bernard Thibault, engagé contre la réélection de Sarkozy? Et de louer les propositions précises de Mélenchon, qui soulignent «l'imprécision» du projet de Hollande.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy a affiché sa volonté de reprendre la politique d'ouverture - la nomination de personnalités de gauche ou centristes à des postes de responsabilité politiques ou administratifs -, qu'il avait engagée au début de son quinquennat. «Est-ce que le président et le premier ministre doivent être forcément de la même couleur politique? Ce n'est inscrit nulle part», a-t-il lancé alors que des responsables de l'UMP laissent entendre que François Bayrou ferait un bon candidat. «Est-ce que, dans le contexte de la France, après quatre années de crise, avec les choix structurants qu'on a à faire, est-ce que le rôle du président, le devoir du président est de construire le rassemblement le plus large? La réponse est oui», a-t-il insisté.

Puis il a ironisé sur les certitudes de ses adversaires. «Écoutez, la scène où Mme Royal est déjà présidente de l'Assemblée nationale - elle nous l'a dit -, M. Fabius est déjà ministre des Affaires étrangères, M. Hollande est déjà président, M. Sapin est déjà déçu, M. Moscovici est toujours dans le rêve… C'est grotesque», a-t-il lâché, moquant François Hollande, qui ne cesse de «le suivre» chaque fois qu'il prend une initiative. «Il faudra bien un jour qu'on se rencontre, même jour, même heure…», a-t-il avancé avec un air gourmand.

«C'est son bilan en pire», juge François Hollande
En meeting jeudi soir à Nîmes (Gard), François Hollande, qui avait présenté la veille le programme de ses cent premiers jours s'il est élu président de la République, a répondu à Nicolas Sarkozy. «Toutes les mesures qu'il a égrenées, nous les connaissions déjà. C'est son bilan en pire. Ce qui devrait s'y trouver n'y est pas - la stimulation de la croissance, la lutte contre la finance - et ce qui s'y trouve ne devrait pas y être», a commenté le candidat socialiste avant de préciser: «C'est-à-dire le démantèlement du droit du travail avec ces accords compétitivité-emploi, la mise en cause d'un certain nombre de droits fondamentaux pour la protection sociale et puis, les attaques contre les collectivités locales, jugées trop dépensières, et l'austérité comme seule perspective.»

Un peu plus tôt dans la soirée, Michel Sapin était déjà monté au créneau. «Nous avons vu un candidat hésitant, crispé, mal à l'aise, un peu perdu. Au fond, il n'y croit pas. C'était un exercice obligé pour lui, il a voulu le faire le plus tard possible, le moins précis possible», a estimé le député socialiste de l'Indre, en charge du projet de François Hollande. Les porte-parole Najat Vallaud-Belkacem et Bruno Le Roux ont, eux, fustigé un «embrouillamini de propositions sans aucune cohérence».

source: le figaro

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