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chegevara
12/04/2012, 18h19
Le président Sarkozy a instrumentalisé cette horrible tragédie pour tenter de séduire une partie de l’électoral de l’extrême droite.

La France compte près de 3 millions d’immigrés en situation régulière. “Trop”, selon le président-candidat, Nicolas Sarkozy, qui a mis le thème de l’immigration au centre de la campagne électorale dans une surenchère sans fin avec l’extrême droite xénophobe. “Elle le dit, je le fais”, ose même Nicolas Sarkozy à propos de certaines propositions de la présidente du Front national, Marine Le Pen, rendant ainsi son programme soluble dans la République.
Nombre d’immigrés, droit de vote des étrangers aux élections locales, regroupement familial, mariage mixte, accès aux prestations sociales : l’immigration a dominé la campagne alors qu’elle ne figure pas au rang des principales préoccupations des Français, plus soucieux de l'emploi et du pouvoir d'achat. En la matière, le président sortant se présente sur un bilan peu flatteur quand Marine Le Pen n’a rien à présenter. L'étranger apparaît alors comme le bouc-émissaire qu’on rendrait presque coupable de la crise.
L’apparition du tueur Mohamed Merah dans la campagne a aggravé le sentiment de rejet des musulmans et Nicolas Sarkozy a tenté de tirer un profit maximum d’une tragédie qu’ils n'ont pas été les derniers à dénoncer. Dans la foulée, le gouvernement en place n'a pas hésité à mettre en scène des arrestations de supposés radicaux dont la dangerosité n’a pas été confirmée. Cela n’a pas empêché une montée des actes islamophobes comme cela s’est produit ce week-end en Corse où une salle de prière a été incendiée.
Nicolas Sarkozy, qui marche toujours dans les pays de la chancelière allemande, Angela Merkel, a même évoqué l'improbable hypothèse de sortir de l'espace de libre circulation européen Schengen au motif de mieux lutter contre les entrées clandestines. La France est la cible d’une invasion. Il veille à la protéger. Personne ne croit évidemment à ce scénario, mais il ne se prive pas de l’évoquer, des voix pouvant toujours être grappillées en installant le sentiment de la peur.
Quand on parle des problèmes d’immigration en France, on cible prioritairement les Maghrébins et les Africains. Sur les 2 865 000 étrangers en situation irrégulière recensés en 2010, les Algériens forment la première communauté avec 404 869 titres de séjour détenus. Ce chiffre ne tient évidemment pas compte des binationaux qui sont encore plus nombreux. Les Marocains (358 523) puis les Turcs (157 369) arrivent après les Algériens qui sont aussi les premiers bénéficiaires des admissions au séjour avec 24 280 titres délivrés en 2010.
Que proposent les candidats dans leur programme ? Après un quinquennat où il n'a pas réussi à mettre en œuvre tout ce qu’il avait promis en 2007 en se heurtant à la Constitution et à la législation européenne, Nicolas Sarkozy veut réduire de 50%, à 100 000 sur cinq ans, le nombre d'entrées annuelles. Pour y parvenir, il entend durcir davantage les conditions du regroupement familial et des mariages mixtes. L’objectif est de 10 000 entrées pour Marine Le Pen (FN) qui entend, elle, supprimer le regroupement familial et le droit du sol pour l'acquisition de la nationalité française.
Le socialiste, François Hollande, souhaite, lui aussi, diminuer le nombre d'entrées mais n’a pas fixé d’objectif chiffré estimant qu’il ne peut pas réduire l’immigration légale (famille, asile). Il veut encourager l’immigration estudiantine et propose que l'Assemblée nationale fixe, lors d'un débat annuel, le nombre d'entrées en matière d'immigration professionnelle. François Bayrou refuse aussi de fixer un niveau pour l'immigration.
En matière de régularisation des quelque 400 000 sans-papiers, dont des milliers d'Algériens, Nicolas Sarkozy entend poursuivre la politique du cas par cas dans laquelle l'administration a un pouvoir étendu faute de “catégories de droit”. François Hollande envisage, aussi, la solution du cas par cas mais sur “des critères précis” comme une présence ininterrompue de 10 ans sur le territoire français. François Bayrou milite aussi pour une maîtrise des flux avec des régularisations au cas pas cas sur “des critères clairs”.
Marine Le Pen veut supprimer dans le droit français la possibilité de régularisation ainsi que les manifestations des sans-papiers ou de soutien à leur cause. Jean-Luc Mélenchon (FG) propose de régulariser tous les sans-papiers, de dépénaliser le séjour irrégulier, de fermer les centres de rétention administrative, de rétablir le droit au séjour pour raison médicale ainsi que la carte de séjour unique de dix ans.
Nicolas Sarkozy, qui a renvoyé des dizaines de milliers de personnes en se fixant un objectif annuel d'expulsions (32 000 en 2011), entend garder cette ligne même si 75% des décisions ne sont pas exécutées. François Hollande entend aussi reconduire chez eux ceux qui ne sont pas régularisables. Marine Le Pen propose d’expulser systématiquement toute personne qui entre ou se maintient illégalement sur le territoire et de supprimer “les pompes aspirantes” comme l’aide médicale d'État réservée aux clandestins.
Elle propose, aussi, de reconduire les étrangers en situation régulière qui ne retrouvent pas d’emploi après un an d'inactivité et de signer des accords permettant de faire incarcérer dans le pays d'origine les étrangers condamnés en France, estimant, par ailleurs, que l'immigration “incontrôlée” est une menace pour les comptes sociaux du pays. M. Sarkozy entend poursuivre le durcissement des conditions d’accès aux prestations sociales, notamment en allongeant la durée de présence sur le territoire pour bénéficier du revenu minimum (RSA) et du minimum vieillesse. Marine Le Pen milite pour “la préférence nationale”, réservant la priorité aux Français en matière de logement social, d’allocations familiales.
Sur ce sujet, les experts sont pourtant unanimes : contrairement aux idées reçues et aux affirmations de certains politiques, l’immigration n’a pas d’effet négatif sur le marché de l'emploi en France et ne creuse pas le déficit de la protection sociale.
Xavier Chojnicki, maître de conférences à l’université Lille 2, cite une récente étude des Nations unies, réalisée dans 74 pays, dont la France, entre 1980 et 2005. “Une hausse de 1% de la population active provenant de l’immigration augmenterait le PIB de 1%”, cite le chercheur, auteur de : On entend dire que l'immigration coûte cher à la France.
Selon lui, l'impact de la population immigrée sur les finances publiques est plutôt neutre. Pourquoi ? Parce que 70% des immigrés ont entre 20 et 60 ans, contre seulement 53% des natifs. “Ils sont donc surreprésentés dans les populations qui sont en âge de travailler et sous-représentés dans les classes d'âge 0-20 ans et au-delà de 60 ans” qui coûtent le plus à la protection sociale, remarque le chercheur Antoine Math.


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