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Voir la version complète : Relent d’abstention à Annaba… engouement à Tébessa


Zirds
22/04/2012, 02h18
Abou Djerra Soltani, qui a eu à occuper des postes de ministre, a tenté d’apaiser les esprits en justifiant le désarroi des Algériens par la mauvaise gouvernance et autres pratiques de l’administration.


À l’instar du reste des partis politiques en lice pour les législatives, la caravane électorale de l’Alliance de l’Algérie verte n’était pas forcément la bienvenue dans la ville d’Annaba, où elle a atterri mercredi dernier. Et pour cause, les citoyens lambda de cette grande ville de l’Est, autrefois appelée La Coquette, se sont montrés parfaitement désintéressés par la chose politique.
Premier indice de taille : un passant, la quarantaine dépassée, a même confondu Abou Djerra Soltani avec… Louisa Hanoune ! “Qui sont ces prêcheurs ?” demandait-il curieusement, à un membre accompagnant la délégation, lors d’une halte de proximité dans un café maure du centre-ville. Celui-là, lui signifiera qu’il s’agissait de l’Alliance verte regroupant les trois partis MSP, Ennahda et El-Islah.
“Ah d’accord, le MSP de Louisa Hanoune, je connais”, laissa-t-il entendre, le pas pressé. Pendant ce temps, un groupe de personnes, des jeunes en majorité, a pris en “sandwich” les trois chefs de l’Alliance verte, non pas pour écouter leur discours, mais bien pour faire part des multiples préoccupations, les vraies, des citoyens. “Avant de me demander d’aller voter, je vous demande de m’offrir un logement et de l’emploi”, lança de vive voix un père de famille, au milieu de la foule compacte, en effervescence.
Rompu à ce genre de situation, Abou Djerra Soltani, qui a eu à occuper des postes de ministre, a tenté d’apaiser les esprits en justifiant le désarroi des Algériens par la mauvaise gouvernance et autres pratiques de l’administration.
Le président de l’Alliance verte estime que les prochaines législatives se présentent comme “la meilleure aubaine, si on veut vraiment changer les choses”, d’où son appel à “un vote massif”. Mais c’était peine perdue pour lui, puisque son interlocuteur n’allait pas trop méditer pour lui répondre par la négative. “Dites ce que vous voulez, moi je ne voterai jamais jusqu’à l’éternité !”. À un père pleurant son jeune fils qui s’est immolé par le feu, il n’y a pas longtemps, sur la place publique de la ville d’Annaba, les chefs de l’alliance ne pouvaient que compatir à sa douleur. À en croire les propos d’un jeune, à peine la trentaine, la désillusion à Annaba, comme dans plusieurs villes d’Algérie,
est telle qu’aujourd’hui, “plus de 80%” des jeunes ne peuvent survivre sans consommer de la drogue, de l’alcool ou autres psychotropes…
Une donne qu’on vérifiera de près dans l’après-midi de la même journée, avec la découverte de quelques groupuscules de jeunes qui roulaient des joints et sirotaient des bières aux alentours même du centre culturel et des arts de l’ancienne Bône, alors abritant le meeting de… l’Alliance verte !
D’ailleurs la salle était à moitié vide. L’assistance était constituée notamment de militants islamistes et de quelques curieux. Entre l’intérieur de cette même salle où fut assassiné le président Mohamed Boudiaf, (baptisée en son nom), où prêchaient les chefs de l’Alliance, et les jardins de l’extérieur, où des jeunes se contentaient de “voyager spirituellement”, le contraste n’a, toutefois, pas perturbé la sérénité des uns et des autres.

Les “verts” accusent les “baltaguia” !
Contrairement au chef-lieu de la wilaya, encadré par un dispositif de sécurité largement perceptible, (pas forcément pour mater les délinquants), dans la périphérie d’Annaba, l’accueil des citoyens aux politiques y était plus hostile.
Abou Djerra Soltani (MSP) et Hamlaoui Akouchi (El-Islah) l’ont vérifié à leurs dépens au quartier populaire dit la SAS, en référence aux logements datant du temps de l’organisation de la France coloniale, que des Algériens occupent à ce jour. Cinquante ans après l’Indépendance ! Ici, la population, estimée à environ 50 000 habitants, veut plutôt “du logement et de l’emploi et non pas de l’Algérie verte”, tel que voulaient leur faire dire leurs “convives” d’une halte électorale.
La grogne des citoyens était à son comble. La situation aurait même pu dégénérer, n’eut été le dispositif sécuritaire accompagnant la caravane des “verts”. Dans la foulée, un citoyen, la colère lisible sur le visage, n’a pas raté l’occasion pour rappeler le passé d’Abou Djerra qui a, pendant longtemps, fait du FLN et du RND ses alliés stratégiques. “Vous êtes aussi du FLN, on vous connaît assez (…)”, lui lança-t-il, sans invectives, avant que la délégation ne quitte les lieux, non sans quelques regrets.
À El-Tarf où il s’est rendu, en solo dans la même matinée de mercredi, Fateh Rebaïa, (Ennahda), y connaîtra presque la même fortune. Une diatribe que M. Rebaïa imputera à des “baltaguia”… Il a fallu attendre alors le lendemain pour voir la popularité de l’Alliance verte, réapparaître progressivement à Souk-Ahras et notamment à Tébessa, d’où est natif Abou Djerra Soltani.
Après une affluence respectable enregistrée au meeting, tenu le matin à Souk-Ahras, Abou Djerra et ses deux alliés ont “évolué”, dans l’après-midi de jeudi, dans
une salle pleine à craquer au centre-ville de Tébessa.
Rassuré de son aura “natale”, l’ex-ministre d’État, (sans portefeuille), a déclaré à son assistance, chauffée à blanc : “N’ayez peur ni des begarra, ni de la chkara et encore moins de ceux qui pêchent des voix à l’aide d’hameçons”, dans un jargon local parfaitement rimé.
La suite sera consacrée essentiellement au même discours politique, ou presque, déjà tenu dans plus de huit wilayas de l’Est visitées par les leaders de l’Alliance verte durant les six premiers jours de campagne.
Dans la même région, la caravane verte se poursuivra jusqu’au 23 avril, successivement à Batna, à Biskra, à El-Oued et enfin à Hassi-Messaoud. La deuxième phase de la campagne de l’Alliance verte concerna les régions de l’ouest et du sud du pays.

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