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Voir la version complète : Grèce : ruée bancaire à 800 millions par jour


Neutrino
23/05/2012, 22h13
La fuite de liquidités dépasse un milliard d'euros depuis le début de la semaine. Du jamais-vu depuis avril 2010. Plus inquiétant: la BCE a cessé ses opérations de refinancement de certaines banques grecques.

Dans sa boutique de la rue Lekka, près du Parlement, Giorgos Moskopoulos, président de l'Association des vendeurs de coffres-forts de Grèce, croule sous les appels. «Ils veulent tous la même chose: des coffres-forts. Ils vident leurs comptes en banque pour cacher leur argent chez eux! Nous, nous sommes en rupture de stock! J'ai passé deux commandes en Italie. En attendant, on m'apporte des vieux coffres pour que je les retape…», raconte-t-il.

Grâce à la crise, son chiffre d'affaires a grimpé de 40% en deux ans. «Je conseille souvent à mes clients d'aller dans la rue d'en face changer leur argent en or, car si nous sortons de la zone euro, avoir des euros sous le matelas ne servira à rien!» déclare-t-il.

L'instabilité politique et sociale, les menaces d'un retour à la drachme ont déclenché une ruée sur les guichets. À Athènes les distributeurs sont pris d'assaut. Plus d'un milliard d'euros auraient été retirés des banques grecques depuis lundi, au rythme de 700 à 800 millions d'euros par jours, d'après les transcriptions des discussions que le président Karolos Papoulias a eues mardi avec les chefs de file des partis politiques grecs.

«Les retraits et les sorties à 16 heures, lorsque je l'ai appelé, excédaient les 600 millions d'euros et atteignaient les 700 millions d'euros. Le gouverneur de la banque centrale s'attend à des sorties totales de l'ordre de 800 millions d'euros», a indiqué le président grec à ses interlocuteurs.

Avertissement de la BCE

Les retraits se sont poursuivis au même rythme mardi, selon des sources provenant de deux banques grecques, soit plus d'un milliard et demi d'euros retirés des banques grecques depuis lundi. Une fuite d'une telle ampleur est inhabituelle en Grèce, même si, en avril 2010, 8 milliards d'euros avaient été retirés en quelques jours, avant le premier plan de sauvetage du FMI.

Depuis 2010, 75 milliards d'euros auraient été retirés des banques grecques, soit 30% des dépôts bancaires. Selon les premières estimations, 10% de ces retraits iraient en Suisse et 35% seraient transférés en Grande-Bretagne. D'autres optent pour Chypre ou gardent leurs économies chez eux.

Cette fuite de liquidités ne pourra être comblée que par la Banque centrale européenne (BCE), seule institution capable d'offrir des liquidités illimitées aux banques. Encore faut-il que la BCE accepte de voler au secours des banques grecques, ce qui apparaît de moins en moins certain.

Mercredi, la BCE a annoncé qu'elle cessait ses opérations de refinancement avec certaines banques grecques «parce qu'elles n'avaient pas été correctement recapitalisées». L'avertissement aux banques grecques est sérieux, alors qu'elles attendent un versement de 18 milliards d'euros du gouvernement.

Malgré la pression, la Grèce ne croit pas au lâchage de la BCE. «En cas de sortie de la Grèce, toutes les banques centrales des pays membres en paieront le prix et cela, personne ne le veut», estime Andreas Koutras, analyste financier. «Une sortie ordonnée de la zone euro n'est pas possible. Si cela se passe, cela sera forcément désordonné et chaotique…» prévient-il.

source: lefigaro.fr (17.05.2012)

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