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Voir la version complète : MAROC: Le TGV n’est pas une priorité dans le Maroc d’aujourd’hui


MEK
26/05/2012, 04h50
Pour Omar Balafrej, il n’est jamais trop tard pour bien faire ou pour corriger une erreur. Ce serait même un signe de maturité politique que de revenir sur cette mauvaise décision.

Omar Balafrej: Vous savez, de nombreux pays dans le monde ont lancé puis arrêté des projets similaires à celui-ci. Les plus récents sont l’Argentine, le Portugal, l’Espagne. Dans ce dernier pays, il y a même un TGV qui avait commencé à circuler dans la région de Tolède avant d’être arrêté et transformé en ligne de train normale au bout de quelques mois car les citoyens n’avaient pas les moyens de payer leur ticket. Or, nous autres Marocains sommes à peu près 15 fois moins riches que les Espagnols! En tant que pays très en retard en termes de développement humain, nous avons d’autres priorités et en particulier l’éducation. Eh bien, le TGV et ses 25 milliards, c’est l’équivalent de 25.000 écoles rurales. Tous les 10 m de TGV, c’est une école en moins. Sur un autre registre, le TGV, c’est plus de 6.000 hectares de zones industrielles! Or, tout économiste sincère vous dira que pour nous développer et sortir de la pauvreté, nous avons besoin de nous industrialiser. Voilà ma raison principale. Le TGV n’est tout simplement pas une priorité dans le Maroc d’aujourd’hui. Même dans le domaine ferroviaire, nous aurions mieux à faire. La traversée de l’Atlas pour arriver à Errachidia, par exemple. Trouvez-vous normal que le schéma directeur de l’ONCF à l’horizon 2040 ne prévoie pas de voie ferrée pour Errachidia, Ouarzazate, Zagora?

L’ONCF assure que c’est un projet essentiel pour le développement économique du Maroc. Ne partagez- vous pas cet avis?

Omar Balafrej: Le directeur général de l’ONCF, Rabie Khlie, est un homme que je respecte. La différence entre lui et moi, c’est que je suis un militant politique. Lui, personne ne viendra le voir dans 20 ans pour lui reprocher de n’avoir pas bien vu les priorités du pays. Ce n’est pas une critique de l’homme, c’est un vrai cheminot qui semble aimer son métier et qui veut faire de l’entreprise qu’il gère une belle entreprise. Ce que je lui dis, en tant que politique, c’est que, moi aussi, j’aime le ferroviaire. Depuis deux siècles, le développement de ce mode de transport a permis de désenclaver des régions, de réduire les fractures sociales, de développer l’industrie et de transformer des pays pauvres en pays riches. Mais le ferroviaire, ce n’est pas seulement le TGV. Les Français, par exemple, ont à leur disposition 30.000 km de voies ferrées, dont seulement 2.000 de TGV! Nous n’avons que 2.000 km de voies ferrées, dont 1.700 datent d’avant 1956! Mobilisons-nous tous pour que le train arrive à Midelt, Er-Rachidia, à Ouarzazate, à Agadir… personnellement, mon rêve, c’est que l’ONCF soit une magnifique entreprise publique au profit de tous les Marocains.

Les deux Etats marocain et Français ainsi que des fonds du Golfe se sont déjà engagés sur le projet. N’est-il pas trop tard pour faire marche-arrière?

Omar Balafrej: Il n’est jamais trop tard pour bien faire ou pour corriger une erreur. Ce serait même un signe de maturité politique que de revenir sur cette mauvaise décision. Je ne veux pas croire que nos partenaires seraient contre l’idée de traverser l’Atlas en train au lieu du TGV.

Votre collectif a-t-il entrepris des contacts et des démarches avec le gouvernement?

Omar Balafrej: Oui. Nous avons même cherché à organiser plusieurs débats contradictoires avec le ministre des Transports. Malheureusement, jusqu’à ce jour, toutes nos tentatives ont échoué. Nous continuons, cependant, à mobiliser des signatures et à organiser des débats dans les différentes régions de notre pays. C’est difficile et chronophage car nous ne sommes que des bénévoles. Mais nous sommes des militants et nous aimons notre pays.

Pourquoi avoir attendu l’arrivée du gouvernement de Abdelilah Benkirane pour contester ce projet?

Omar Balafrej: C’est faux. Faites une petite recherche, vous verrez que ma première sortie sur le sujet date de 2006. S’en sont suivies de nombreuses conférences et tables rondes politiques où j’ai abordé le sujet. Parfois même d’ailleurs aux côtés de membres éminents du PJD qui étaient d’accord avec moi. Comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, ce projet est l’émanation d’un gouvernement, celui de Abbas El Fassi, qui l’avait d’ailleurs évoqué dans sa feuille de route en 2007. Aujourd’hui, un nouveau gouvernement est en place, rien ne devrait l’empêcher de rouvrir le débat sur l’opportunité du TGV. Ce même gouvernement par la voie de son ministre de l’Équipement et des Transports, Aziz Rabbah, affiche son soutien au projet.

Pensez-vous que votre collectif le fera changer d’avis?

Omar Balafrej: Je ne comprends pas que M. Rabbah ait pris une position aussi hâtive sur ce chantier, qui n’est ni le sien, ni celui de son gouvernement. Il serait plus raisonnable de demander, par exemple, au Conseil économique et social d’effectuer une évaluation ; et alors M. Rabbah, qui est un politique, pourra prononcer après évaluation. Encore une fois, je ne comprends pas sa position. J’espère encore qu’en tant qu’homme politique, et dans le cadre de la toute nouvelle Constitution, il reviendra vers une démarche plus raisonnable

Source: L"hebdo International

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