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nacer-eddine06
20/06/2012, 18h50
Invité par l'Imed, l'amiral Jacques Lanxade dresse un tour d'horizon des pays du sud de la Méditerranée plutôt mitigé. Le militaire et diplomate français reste inquiet sur leur avenir économique et pense que la transition durera longtemps.


L'amiral Jacques Lanxade dresse un panorama des conjonctures au sud de la Méditerranée (photo F.Dubessy)
MÉDITERRANÉE. Invité à conclure l'assemblée générale annuelle de l'association marseillaise Imed (Ingénierie méditerranéenne pour l'export et le développement), l'amiral français Jacques Lanxade s'est livré à un exercice géopolitique sur l'avenir des pays du sud de la Méditerranée.

L'ancien chef d’État major des armées françaises de 1991 à 1995 puis ambassadeur de Tunisie jusqu'en 1999, regrette en premier lieu "la confiscation des révolutions par les islamistes qui s'appuyaient sur une légitimité : ils avaient combattu le pouvoir en place, donc étaient issus de la résistance. Organisés contrairement aux autres partis, ils bénéficiaient aussi de financements."

Constatant un retour à la religion perceptible depuis quinze ans dans le monde arabe, Jacques Lanxade, président de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES), estime qu'"à partir du moment où la liberté existe, il faut voir comment évoluera le sentiment religieux, manière de faire face à la dictature comme auparavant en Espagne." Les pays arabes doivent résoudre ce problème de confrontation "entre les Frères musulmans, dont l'objectif est la prise de pouvoir, et les salafistes qui veulent changer la société en instaurant la charia. Les partis modérés se réfèrent à l' AKP turc mais en oubliant que la Turquie dispose d'une constitution laïque."

Les révolutions devraient tarder à se concrétiser. "Les transitions seront longues, difficiles, dangereuses. Les islamistes au pouvoir devront donner une bonne image pour faire revenir les touristes et les investissements. Sinon, il faudrait peut-être faire une seconde révolution..." souligne l'amiral Lanxade.

Un recul des islamistes en Tunisie

Gabriel Rebourcet, président de l'Imed, avait invité l'amiral Lanxade pour son assemblée générale (photo F.Dubessy)
Sur la Tunisie, le constat semble plutôt positif même s'il intervient quelques heures avant [les violences débouchant sur un couvre-feu ]url: dans ce pays. "Ennahda est confronté à des actions salafistes. Mais 5 à 6 000 personnes ne viendront pas compromettre la relance économique. Les perspectives demeurent favorables. La transition s'achèvera avec les élections début 2013. Mon analyse table sur un recul des islamistes" note l'amiral Lanxade.

Au Maroc, "le roi a immédiatement proposé une modification de la constitution pour une monarchie parlementaire avec la séparation du politique et de sa responsabilité de chef religieux. Ceci empêche toute évolution désagréable que pourraient tenter les islamistes." Mais, il s'avère plus critique sur la situation économique et sociale jugée "pas très satisfaisante avec une corruption très forte et une classe moyenne extrêmement réduite. La stabilité de ce pays n'est pas garantie à terme."

En Algérie, "le pouvoir a lâché beaucoup de choses. Mais, l'armée assure toujours un contrôle très étroit de l'économie. Tout ne va pas dans le bon sens..."

Le militaire français juge la situation en Libye 'très préoccupante avec l'absence quasi totale de gouvernance." Il pointe le poids des tribus, la tentation de partition et ne note qu'un avantage : les ressources pétrolières. "Il reste important de suivre ce pays et les besoins de son économie. La France dispose d'une belle image et la coopération avec les Tunisiens demeure une solution pour s'en sortir, car les Tunisiens ont l'habitude de travailler avec la Libye."

La Syrie perdue pour le commerce international

L'amiral Lanxade très pessimiste sur la Syrie (photo F.Dubessy)
"L’Égypte se partage désormais en trois forces : les islamistes, l'armée et ceux qui ont fait la révolution et se sentent frustrés." Pour l'amiral Lanxade, la situation n'est pas prête de se calmer. "la tension reste croissante sur le tourisme et les investissements ne redémarrent pas."

Le constat du militaire diplomate demeure le plus sévère pour la Syrie : "le départ de Bachar al-Assad est acquis. Reste à savoir quand et dans quelles conditions... Ce pays est perdu pour le commerce international pour quelques années."

Quant à la Turquie, "elle a pris son autonomie diplomatique en prenant conscience qu'elle n'entrerait pas dans l'Union européenne. La Turquie apparaît comme le modèle avec le mythe de l'Empire ottoman. Il faut espérer que la politique française soit différente vis-à-vis de ce pays !"

Pour l'amiral Lanxade, l'Union européenne dispose d'un intérêt considérable pour poursuivre et amplifier ses relations avec les pays du sud. Même si, comme il le note subtilement, "les conditionnalités demandées aujourd'hui ne l'étaient pas vis-à-vis des anciens régimes."


Frédéric Dubessy

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