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Voir la version complète : Hollande, tout puissant et… dangereux


Neutrino
24/06/2012, 13h11
Pour le très libéral The Economist, le programme que le président s'apprête à appliquer pourrait causer bien du tort à la France, aussi modéré soit-il aux yeux des socialistes.

Le président français a plus de pouvoir que n'importe quel autre dirigeant européen. Et à l'issue du deuxième tour des élections législatives du 17 juin, François Hollande a obtenu, sur le papier, plus de pouvoir que n'importe quel autre président de la Ve République. Son Parti socialiste détient la majorité tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, dans toutes les régions sauf une ainsi que dans la plupart des départements, grandes villes et communes. Reste à savoir ce que cet homme à la modestie étudiée fera d'une telle suprématie.
Hollande a passé un an à faire campagne, d'abord pour être investi comme candidat de son parti, puis pour être élu à la présidence et enfin pour les législatives. Il peut dorénavant s'occuper de gouverner. Il a obtenu un accueil chaleureux dans toute l'Union européenne. Ses partisans affirment qu'il est plus modéré et pro-européen que la plupart de ses camarades socialistes. Ils rappellent qu'il s'est engagé à ramener le déficit de la France à moins de 3 % du PIB en 2013. Ils mettent en avant ses liens avec l'Allemagne et les sociaux-démocrates scandinaves. Ils soulignent l'excellent accueil de son projet consistant à assortir de mesures de croissance l'austérité budgétaire de la zone euro. Son "pacte européen de croissance", évalué à 120 millions d'euros, prévoit des project bonds [obligations de financement de projets] et davantage de capitaux pour la Banque européenne d'investissement et un transfert de l'argent de l'UE. Ce pacte a obtenu l'aval de l'Italie et de l'Espagne.

Pourtant, ceux qui espéraient que le président français renoncerait rapidement à ses promesses de campagne les plus extravagantes risquent d'être déçus. Hollande est peut-être un modéré à l'aune du Parti socialiste, mais celui-ci est un parti rétrograde. En Allemagne et dans les pays scandinaves, les partis de centre-gauche partagent avec le PS une aspiration à l'égalité et à des Etats-providence généreux. Mais ils reconnaissent également les avantages de la concurrence et de politiques économiques libérales. Des politiques auxquelles le président français et ses partisans sont farouchement opposés.

C'est la raison pour laquelle Hollande va commencer par abaisser l'âge de la retraite de certains travailleurs à 60 ans, par porter à 75 % le taux marginal d'imposition [pour la tranche de revenus dépassant un million d'euros], augmenter l'impôt sur la fortune, les successions et les plus-values, accroître le salaire minimum et rendre plus difficiles les licenciements pour les employeurs. Loin de réduire la voilure d'un secteur public qui pèse 56 % du PIB, ce qui en fait le plus important de la zone euro, il devrait au contraire le développer. Il agit ainsi à contre-courant du changement dans le reste de l'UE. Cela ne fera rien pour améliorer la compétitivité de la France qui, comme le montre le gouffre béant de son déficit commercial, a chuté à grande vitesse. Pas plus que cela n'améliorera l'environnement entrepreneurial.

La France est un pays riche, mais elle est aujourd'hui plus vulnérable qu'en 1981, quand François Mitterrand, le prédécesseur socialiste de Hollande, avait tenté de mettre en œuvre une forme de socialisme dans le pays, et avait échoué. La dette publique française représente près de 90 % du PIB, alors qu'elle n'était à l'époque que de 20 %. Le pays a déjà vu sa note dégradée par une agence. Les marchés, nerveux, considèrent désormais la France davantage comme l'Espagne et l'Italie que comme l'Allemagne ou l'Autriche. Une image qui ne peut être que renforcée quand Hollande se joint aux dirigeants espagnols et italiens pour faire pression sur l'Allemagne afin qu'elle fasse preuve d'une générosité sans condition avec ses crédits, une tactique vouée à compromettre ses relations avec Angela Merkel.

Au bout du compte, Hollande devra faire face à la réalité, comme Mitterrand avant lui. Une France fragilisée n'a d'autre choix que d'appliquer des réformes structurelles et de libéraliser son économie. Et elle devra changer de cap beaucoup plus vite que Mitterrand, qui avait mis deux ans. En attendant, le président Hollande dispose d'assez de pouvoirs pour causer bien des dégâts dans son pays.

source: courrier international

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