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clémence-bienveillance
18/10/2004, 23h15
Bavardages sur l'auteur du livre: "les bavardages du seul".

J'ai rarement été confronté à un genre de lecture qui a suscitée en moi moult interrogations comme la lecture de cette œuvre intitulée les " BAVARDAGES DU SEUL " enfantée par monsieur Benfodil Mustapha. Aussi, j'ai rarement été amené à douter de mes capacités à cerner les contours d'une oeuvre littéraire comme celle que je viens de lire ces derniers jours.

Une réaction somme toute normale puisque l'auteur nous propose un style d'écriture tout à fait singulier qui sort de l'ordinaire et qui suggère une démarche personnelle et personnalisée qui, si elle trouvait une oreille attentive de la part du lecteur, ferait peut être école ou, pour le moins, une critique abondante sur la scène de la littérature contemporaine algérienne de langue française.

C'est dire combien il est nécessaire de comprendre l'homme avant d'essayer de comprendre son œuvre qui n'est en fait que le reflet d'un vécu partagé fait de douleurs, de tristesse, de déception, de privation, d'ignorance de la part des autres, de frustrations subies, de stigmatisation, d'incompréhension, de révolte, de préjugés défavorables, de timidité (surtout de timidité) et parfois aussi d'espoir et d'aspiration.

C'est en fait l'éternelle question qui se repose, du moins pour ce qui me concerne, de ce qui fait la grandeur des hommes et des femmes et par la même occasion de ce qui fait la chance ou la malchance d'un Homme.

Là encore, l'idée généralement conçue, nous fait savoir que la chance est associée souvent aux facilités de la vie ainsi qu'à la possibilité d'accès à tous ses plaisirs et la chance de ne pas subir ses aléas qui sont faits de privation, de misère, de maladies, de violence, de tristesse, de haine, d'absence d'amour et autres tableaux noirs.

Les gens qui sont confrontés à ces aléas se considèrent souvent comme pas gâtés par la vie et se demandent souvent si celle-ci vaut la peine d'être vécue alors que les autres qui sont épargnés de tous ces descriptifs sont perçus comme des élus de l'univers car détenteurs des moyens d'accès aux plaisirs de la vie. Parfois même, ils croient être les propriétaires du destin du reste des humains.

Du profond de mes convictions personnelles faites aussi d'un vécu pas tendre, loin s'en faut, je m'insurge pour dire que les lumières de la vie ne peuvent paraître qu'a celui qui a eu à en découdre avec elle soit en subissant une partie de ses facettes douloureuses, soit en partageant la douleur des autres ou encore en s'y imprégnant et là, les notions de chance et de réussite peuvent trouver un autre sens qui pourrait se révéler à certains comme étant idéaliste, imaginaire et même utopique mais pour moi, il demeure le véritable espoir et la véritable aspiration pour le commun des mortels. C'est là d'ailleurs qu'il faudra puiser sa substance et sa détermination pour continuer le combat de tous les jours. C'est aussi, de cette manière qu'on aura le sentiment de vivre pour une cause, de servir sa société, l'humanité et aussi sa propre identité.

Ce sont en fait les composantes motrices que je perçois de l'auteur dont je vous parle, me faisant aider par un délit d'initié qui me permet d'aller au-delà de ce que peut contenir une ouvre dans la description de l'homme mais que l'œuvre a complétée pour toutes les facettes de l'homme non révélées jusqu'alors dans sa vie de tous les jours.

Il faut dire aussi qu'un homme truffé de timidité, malgré que ce fût le signe révélateur d'une intelligence hors paire, n'était pas de nature à révéler sa véritable personnalité, encore moins ses profondes tendances et convictions. On aurait, tout au moins, approché les contours assez généralistes de sa profondeur à l'image de la profondeur des douleurs qu'il a subit et qu'il subit encore.

Vivre, depuis sa tendre enfance, orphelin de père sous la bénédiction d'un oncle qui n'a perçu dans les désirs de cet enfant et de sa famille que le besoin de se nourrir, de se couvrir sous un toit et d'aller chaque matin à l'école, serait vu comme étant un geste de grande générosité et c'est le cas pour un homme qui ne pouvait approcher les profonds désirs d'un enfant à l'égard de sa personne et de sa famille pour laquelle il se serait sûrement cru responsable d'elle étant l'aîné des garçons.

Vivre sa tendre enfance sans pouvoir exprimer ses joies et ses douleurs au grand jour constituerait certainement un objet de frustrations difficile à palier dans un environnement qui n'offre aucune possibilité d'expression. Vivre en étant incompris est la pire des sanctions que nous pourrions subir et le fait d'attribuer cette privation à l'absence d'un père est encore plus dur à accepter, ou du moins, à comprendre. Cela incite l'être humain à poser des questions, a essayer de comprendre, parfois même à faire des comparaisons et souvent, à se révolter.

Et comme les malheurs, quand ils s'abattent sur une personne, parfois ils l'accompagnent durant une longue période dans sa vie, la décennie noire a été pour l'homme un autre tournant important dans ce qui va façonner son avenir. Il venait de prendre une décision des plus importantes pour la suite de son existence en décidant de donner une autre orientation à ses études et donc de s'impliquer directement dans tous les évènements désastreux qu'à vécu le pays. En effet, dans un pays où l'avenir scolaire d'un étudiant n'est pas déterminé en fonction de ses propres penchants et où le choix des filières est effectué selon une échelle qui accorde un certain prestige à certaines filières et anéantie la valeur de certaines autres filières, l'homme a décidé d'abandonner les études de mathématiques, si prestigieuses, pour se consacrer aux études de journalisme, filière considérée parmi les filières situées au bas de l'échelle.

C'est en fait, à partir de ce moment que l'homme a commencé a évaluer les choses selon une échelle qui lui était propre et qui répondait le mieux à ses profondes aspirations plutôt que de se confiner en des choix qui sont la résultante d'idées préconçues basées principalement sur le prestige.

Plus d'un aurait regretté ce choix, particulièrement suite aux évènements qui se sont succédés dans un pays mis a feu et a sang mais l'homme a plutôt choisi de mener un combat, de résister tout en essayant de comprendre ce qui a mené le pays vers cette dérive. Il a étudié les facteurs exogènes et endogènes, analysé les liens de causalité existant entre le phénomène national et les différents phénomènes internationaux pouvant avoir un lien direct ou indirect avec le chaos vécu dans le pays.
C'est ce qui peut être va aider à comprendre l'œuvre de l'homme sans aucune prétention de ma part que cette dernière est une page blanche qu'il suffit de parcourir pour pouvoir prétendre la comprendre. Elle est truffée d'énigmes, de symboles, de suggestions et d'objets de déroute qui rendent la tâche difficile et qui me font dire que ce qui ne peut être compris aujourd'hui pourrait l'être dans un avenir qui reste à déterminer.

Dans ma prochaine intervention sur le sujet, j'essaierai en tant que simple lecteur, de vous livrer mes sentiments et ma compréhension qui gagnerait à être confortée par une seconde et peut être même une troisième lecture, de l'œuvre de ce déroutant journaliste me faisant toujours aidé par une sorte de délit d'initié.

…à suivre

C.B.

Virginie
19/10/2004, 13h58
Bonjour Visa (CB, tu permet que je t'appelle par ton prénom ? :60: )
Aussi impatiente de relire ton intervention que de prendre connaissance de la suite... Et l'oeuvre de l'intéressé qu'il faut que je songe à me procurer...

clémence-bienveillance
19/10/2004, 22h28
Les bavardages du seul (1)

L’œuvre de MUSTAPHA BENFODIL, excusez moi d’insister sur le terme « œuvre », a introduit une approche entièrement singulière dans l’écriture du roman algérien et peut être même à travers le monde (je dis bien "peut être" du fait que je ne suis pas vraiment imprégné des écritures usitées à travers le monde contemporain) en ce sens qu’elle inclut une multitude de suggestions sur la manière d’écrire et de présenter une œuvre littéraire et que je tenterai de résumer dans ce qui suit :

Sur le titre du roman :

Le titre du roman (les bavardages du seul) renvoi à l'analyse abondante faite par l'auteur des évènements décrits dans le récit et qui se prétend être diamétralement opposée à toutes les lectures des mêmes événements par d'autres analystes. Cette déduction découle du fait que le personnage central du récit (Ouali Ben Oualou) est plutôt du genre silencieux, simple d'esprit mais intelligent en même temps, qui ne fait aucune analyse des événements qu'il vit, qui les subits plutôt qu'il ne les influence mais qui finit tout de même par séduire tout son monde par son naturel et sa spontanéité alors que le vieil homme qui connaît personnellement la mort est plutôt son guide spirituel et son protecteur.

C'est en fait les personnages du récit qui font l'objet des bavardages et non les auteurs des bavardages.

Sur l'approche usitée :

C’est un livre volumineux, de plus de 500 pages, publié en caractères petits afin de ne pas décourager les lecteurs rarement habitués à en découdre avec des textes aussi longs, écrits dans un style souvent énigmatique et particulièrement déroutant et déconcertant qui nécessite une concentration de tous les instants pour espérer ne pas perdre le fil des idées.

Le roman est constitué de deux récits traitant d'un même sujet mais vu sous des angles différents et dont les personnages principaux sont une seule et même personne. Le premier récit relate la vie du personnage partant de son trentième anniversaire avec des rétrospectives sur ce qui a fait son existence depuis sa naissance et le second récit relate ses origines depuis la nuit des temps et les événements qui se sont succédés avant et après sa venue au monde. On aurait dit aussi que les deux récits qui se succédaient à dessein étaient disposés de telle sorte à ce que chaque étape vécue par l’homme depuis sa naissance puisse trouver ses origines et ses explications dans le second récit.

Contrairement à l’habitude, les récits étaient souvent interrompus par l’auteur qui s’insurgeait dans le roman pour rapporter et éclairer le lecteur sur des vérités historiques, contemporaines et parfois même laissait son imagination nous inonder de quelques fantaisies ironisantes soit pour faire le lien avec des événements étrangers de même nature, soit pour livrer ses propres lectures soit pour nous renvoyer aux solutions qui s'imposent.

Sur le contenu des récits :

L'auteur nous relate le vécu d'un homme plein d'intrigues, à la fois simple d'esprit et intelligent, d'une culture immense et n'ayant jamais été à l'école, ni dans la rue pour en découdre avec les choses de la vie mais qui a lu une encyclopédie et qui a vécu dans un balcon avec une souris, un cafard et une fourmi. Il a été amené un jour à prendre son courage à deux mains pour aller se chercher et se frayer une place dans un monde extérieur auquel il n'a jamais accédé, qu'il ne connaissait pas et qu'il devait découvrir, quittant ainsi la chaleur d'une famille qui l'a, de tout temps, protégée des aléas du monde extérieur, faite de frères et sœurs jumeaux (deux à deux) sauf lui qui était seul et ma mabrouka la maman noire.

Son périple lui fera vivre des expériences et aventures douloureuses et périlleuses mais lui qui était guidé et protégé par un vieil homme ayant vécu ce qu'à vécu l'humanité entière et qui connaissait personnellement la mort s'en est toujours sorti à bon compte. L'un des moments forts qu'il a vécu et qui va constituer un tournant important dans la suite de son existence, c'est cet événement qui va le conduire dans le maquis ou été basé un groupe islamiste dont l'émir n'est autre que son frère jumeau. C'est là aussi ou il fit la connaissance d'une certaine Sarah, fille du général invisible, retenue dans le maquis en otage et qui va être déterminante dans la suite de son périple.

Par un heureux hasard, Ouali parvient à se défaire de la prise de ce groupe et à sauver avec lui Sarah qui utilisera les relations de son père pour essayer de lui soutirer les raisons de décès de son fiancé Chakib. C'est aussi de cette manière qu'elle va le mettre en rapport avec des personnages qui vont essayer de découvrir ce qu'il cache et le type de relations qui existe entre lui et le vieillard. Ces même relations (Raja et le professeur) vont l'étudier sous tous les angles sans parvenir à déchiffrer le mystère jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance de musta kim son agent qui va l'aider à révéler en lui des capacités intellectuelles et sportives inédites qui lui ouvriront les portes du professionnalisme dans la fameuse NBA des états unis qu'il quittera finalement pour retourner en Algérie afin de sauver la population d'Alger d'un déluge de bulles de pétrole qui allaient s'abattre sur la ville.

Le premier récit qui a finalement été collé au second s'est terminé par les retrouvailles de Ouali et de Sarah dans la ville de tataouine mais avant cela, le second récit s'est attelé à nous faire la genèse de la descendance de Ouali depuis le vieil homme qui connaît personnellement la mort, jusqu'à l'apparition du docteur Alfred Djelloul Bensimson, père de Ouali, et qui effectua des recherches sur les secrets de la mort et la manière de la stopper. Recherche commandée par un riche dignitaire marocain, avide de pouvoir et père du frère jumeau de Ouali.

Quant à visa je ne connais LaPinta et merci pour tes appréciations.

A suivre…

C.B

Virginie
20/10/2004, 11h05
Bonjour Clémence-Bienveillance,

Cette fois, je note ce pseudo en entier, il le vaut bien et j'avoues après avoir relu ta contribution, m'être rendu compte avoir surement usé de manière bien cavalière en usant du petit surnom "CB Visa" à ton sujet ; quitte à être plus familière qu'il ne se doit avec un inconnu, "MasterCard Gold", "Visa Premier" ou "Infinite" eu mieux convenu...
Merci pour cette suite que je m'empresserai de lire au calme et pour ce discret "balisage" sur une piste contemporaine...
A bientôt peut-être pour de nouvelles pérégrinations ou à plus long terme pour mon avis lorsque j'aurai pu m'en faire un sur pièce...

clémence-bienveillance
20/10/2004, 21h27
Les bavardages du seul (2)

La presse nationale a été presque unanime dans l'interprétation qu'elle a faite de cette œuvre et qu'elle rapporte généralement aux années de terrorisme vécues par l'Algérie mais aussi à l'histoire de l'humanité depuis son arrivée sur cette terre jusqu'à cette période fatidique de l'apparition du terrorisme. Elle se base, en cela, sur deux personnages centraux du roman qui sont le vieil homme qui connaît personnellement la mort et qui a sillonné la terre à pied plus d'une fois ainsi que sur Ouali Ben Oualou, ce personnage mystérieux, à la fois d'une intelligence extrême et d'une naïveté et d'une innocence déconcertantes.

Comme elle fait une lecture évidente pour tous du général invisible qui serait le symbole de ce fameux pouvoir caché des militaires qui se sont érigés en un véritable régime difficile à pénétrer ou encore à déstabiliser sauf à être secoué par ce terrorisme dans ses fondements.

Elle nous dit, enfin, que l'histoire se termine par une note d'optimisme puisque Ouali finit par remporter la partie et par rejoindre Sarah dans la ville de Tataouine.

Que pourrait penser un simple lecteur?

Il s'agit peut être, pour l'auteur, d'une tentative poussée tendant à faire l'analyse d'un phénomène dangereux apparu en Algérie qui n'est autre que la montée de l'intégrisme, des conditions qui ont favorisées son apparition, des étapes qu'il a franchit ainsi que des appuis dont il a bénéficié à l'extérieur comme à l'intérieur.

A coté, il a pris le soin d'analyser le contenu de leur idéologie qu'il assimile plutôt à du chalatanisme (le maître des hashashines et tachachines) qui ont vidés la religion de l'islam de son vrai sens et l'ont déformée de manière à pouvoir tirer le maximum de profit pour eux et pour leurs commanditaires.

Des manœuvres qui n'ont cessées de gagner du terrain au regard des conditions qui prévalaient dans le pays et plus particulièrement de la vulnérabilité de sa population au plan culturel devenu sujet à des attaques de toutes parts et capable d'avaler n'importe quelle couleuvre émanant des prêcheurs de la loi de dieu qui n'est autre que la loi du diable.

L'ouverture politique et la manière dont elle s'est faite sachant les manœuvres politiciennes qui l'ont entourées et les manipulations qu'elles ont utilisées n'a pas été épargnée par les critiques de l'auteur.

Il a aussi décrit le désarroi d'une certaine classe peut être intellectuelle et peut être qui se considère comme non concernée par ce qui arrivait dans le pays, prise entre deux feus. D'un coté, le terrorisme et l'intégrisme avec toute son idéologie et les bouleversements qu'il a générés, d'un autre coté, le pouvoir policier et les exactions qu'il commettait.

L'auteur, pour mieux analyser la situation, s'est fait aider par l'étude de la nature humaine et de ce qui le pousse à prôner le bien ou le mal. A cet effet, il refuse d'admettre que ce qui est arrivé dans ce pays est une fatalité et que pour cela, il suffisait de faire une petite comparaison entre Ouali et son frère jumeau qui malgré qu'ils sont issues d'une même mère, il n'en demeure pas moins qu'ils ont vécu dans des espaces différents, élevés par des gens différents et éduqués de manière différente. C'est à confirmer que l'être humain est façonné par les expériences qu'il vit, les influences qu'il subit et l'éducation qu'il reçoit et c'est pourquoi il est important que l'on prône la culture de la tolérance, de la connaissance et de l'ouverture sur les acquis du monde extérieur.

Il termine par une note d'espoir mitigée qui veut que l'espoir est toujours permis afin de redresser le pays à tous les niveaux et dans tous les domaines mais que cet espoir n'est pas facile à atteindre, qu'il faudra combattre les maux d'une société plongée dans la médiocrité et l'approximation, qu'il va falloir accorder leur valeur à toutes les composantes de notre vie, qu'il faudra aussi prôner le langage de la vérité et mettre un terme à l'opacité qui prévaut dans tous les domaines et à tous les niveaux et enfin, instaurer et élever le niveau des débats chose qui, pour l'instant, est loin d'être une perspective proche. En cela, il s'appuie sur un symbole fort qui n'est autre que la nuit d'el israe ouel miiradj.

L'autre espoir mitigé est ce triomphe de Ouali qui a décidé d'aller vivre à Tataouine avec Sarah. Est-ce le symbole d'une Algérie nouvelle faite d'amour de tolérance et dénué de violence et d'ignorance? Est-ce le symbole d'une contrée d'accueil? Ou bien est-ce l'approche d'un nouveau déluge sur Alger?

Un grand mérite à souligner :

Pour accomplir son œuvre, particulièrement s'agissant du volet qui s'est intéressé à l'histoire de l'humanité, l'auteur a effectué des recherches abondantes qui ont consommée une bonne partie de son énergie, de son temps, de ses finances ( peut être) et de ses neurones. Chose pour laquelle je reste admiratif devant tant d'effort et de sérieux.

Quelques intrigues que je n'arrive pas à déchiffrer :

La référence souvent faite à Omar Khiyam et à son œuvre.
Les recherches faites par Alfred Djelloul Bensimson sur la mort.
Le trentième anniversaire fêté par Ouali.
La période passée par Ouali aux états unis.
Les vraies origines de Sarah.
La ville de Tataouine.

Une particularité qui risque de faire couler de l'ancre :

Les auteurs de littérature nous ont habitué à l'utilisation de la beauté du verbe et de mots dénués de toute vulgarité. Ils plongent souvent dans la profondeur d'une société pour tenter de nous décrire des situations et événements des plus violents et vulgaires mais sans se risquer dans la manipulation de ces éléments alors que l'auteur objet de cette étude ne s'est nullement gêné à user de ce procéder sachant que dans son existence réelle, il est loin d'user de tels procédés. Une singularité qui, peut être ferait l'objet d'un débat houleux.

Une révélation de l'auteur :

L'auteur refuse de classer son œuvre dans la catégorie des romans politiques. Il considère que le politique n'est que la partie d'une étude de société qui arrive à un niveau inférieur et qui est précédée en cela par d'autres préoccupations.

Fin.

C.B. (le 10.07.2004).

clémence-bienveillance
20/10/2004, 21h34
Salut à toutes et à tous,

pour ceux qui veulent mieux connaitre l'homme avant son oeuvre, voici le lien d'un site conçu en suisse spécialement pour l'auteur de ce livre et qui en dit un peu plus long sur l'écrivain.

surtout, il faut pas croire qu'il y a une forme de contradiction entre ce que j'ai révélé sur l'auteur et ce qui a été révélé par l'auteur lui même. en effet, les deux révélations sur son enfance se complètent comme les deux récits de son oeuvre d'ailleurs.

http://www2.dgb.ch/users/franz/travaux/Benfodil/benfodilhome.htm

Pour toi LaPinta:je salut l'intérêt que tu portes à cette oeuvre et certainement qu'il se trouvera des occasions qui nous permettrons d'abander un peu dans le domaine de la littérature contemporaine algérienne.

que tu ne crois surtout pas que tu m'as indisposée en me nommant visa, c'est juste que je croyais que tu connaissais quelqu'un portant un tel pseudo et qui n'est pas moi, pour le reste , je t'assures qu'il n'y a pas de problème.

pour l'oeuvre , j'ai pu me la proccurer lors de la foire du livre après avoir lu pklusieurs articles de presse sur elle , etant enttendu qu'elle une distinction ici en algérie et a fait l'objet d'analyse en Suisse.

pour se la procurer, je pense qu'il faut à la maison d'édition BARZAKH ou dans le pire des cas, on trouvera certainement une solution.

Cordialement, C.B.

Virginie
21/10/2004, 12h24
Bonjour C.B.,

Autre humeur, autre référence, ces initiales sont les mêmes que celle d'un grand romantique décadent parmi les plus fameux de la littérature française... D'un grand frère! Comme il m'en manque.
Merci pour cette suite attendue.
J'ai moi aussi lu des articles au moment de la publication de ce livre. J'ai beaucoup d'admiration pour les deux fondateurs de la maison d'édition, ils font un travail passionné et de grande qualité, mériteraient à mon sens de prendre plus d'envergure, distribuer eux-mêmes les oeuvres originales couvant sous leurs ailes plutôt que de les faire adopter du "grand" public, lorsqu'elles ont du succès, par le biais de maisons d'éditions plus "établies"... Je ne connais pas de point de distribution en France de leur catalogue, je ne crois pas que leur production soit importée mais peu importe, une amie doit descendre d'ici la semaine prochaine et me ramènera un livre de cuisine, je m'arrangerai pour commander le volume et me le faire "livrer" en même temps... Et si le délai est trop long, je me renseignerai auprès de Barzakh pour un éventuel envoi postal... :confused:
Et si encore en désespoir de cause je ne réussi pas à me procurer le livre, je t'appellerai : "au secours"!!! :wink: . Au vue de ses "dimensions" faudra quand même que je m'agite si je veux en faire un feu pour réchauffer mes nuits d'hiver!

Ce de que j'ai lu hier, je n'ai qu'un commentaire à faire : :eek:
Je suis déjà curieuse par nature, en fallait-il autant pour me piquer ?
Je vais de ce pas me poser à la maison tranquille pour lire cette nouvelle mouture de ta production (n'est-ce pas?) et continuer de mettre ma terrible et tyrannique impatience à l'épreuve.
Le roman que je viens de finir -qui me laisse encore en période réfractaire- mentionne lui aussi le poète Omar Kayyahm bien qu'il n'en soit pas personnage, l'amateur de vins et de femmes, l'ami d'Hassan (il faut que je vérifie l'orthographe du nom dans ce livre). C'est tout. Ce serait peut-être intéressant de recouper les deux textes... Mais pour l'instant, je ne peux gargouiller plus loin car cette discussion dans le vide me laisse trop sur ma faim de gourmande mange-livre.

J'aurais bien aimé moi aussi pouvoir déambuler dans les allées de cette foire au livre, autant pour le sujet, que parce que celà signifierais que je sais où je suis... Tu sais où...! En attendant ce prochain jour peut-être, je ne sais quand, je regarde le héron et les cygnes par la fenêtre de mon bureau. Ailleurs et absence où que je sois m'étreignent... Oiseaux de malheur, partout ou je vais, je ne fais que vous suivre, dans vos griffes enserrées... Dieu que j'aimerais parfois être au moins double autant que moitié, sans duplicité.

Fin.
Fin?
Il faut donc que je lise, sinon tout ça ne sert à rien!?

A plus, plus tôt que tard si possible et bonne continuation de ramadan.

Thirga.ounevdhou
23/10/2004, 11h44
Bonjour
Il m'a fallu du temps, j'etais obligee de sauvgarder tout le contenu de ce poste sur mon P.c, de 'imprimer pour pouvoir le lire tranquilement et attentivement.
Franchement ca vallu le cout, je suis tres impressionee,
En lisant vos postes Si comme si que le livre a ete lue... avec toute cette analyse et ces detailles on ne peut que vous remercie.
Vous avez introduit l'oeuvre tout en introduisant l'auteur, detaile le contenue et donne vos propes commentaires et appreciations que je trouve objetives et realistes.

Merci encore


Merci aussi pour le Lien, connaitre l'auteur avant son oeuvre permet de le comprendre.

Thirga

clémence-bienveillance
23/10/2004, 22h04
Salut à toutes et à tous,

salut à LaPinta et Thirga.ounevdhou,

je pense bien que l'auteur a souvent fait référence à Omar khiyam juste pour nous dire que malgré que ce dernier a été plutot épris de vin, de femmes et de poésie, il n'en demeure pas moins qu'il a été plus proche de la sagesse de dieu et de son savoir illimité plutot que nos chers prétendants défenseurs de l'islam qu'il connaissent finalement trés mal au point de défiguer ses principes et de balancer dans l'antipode de ses principes. en fait Omar khiyam aurait pu être un trés bon musulman si seulement cette religion a traversée son époque ce qui ne fut pas le cas.

pour le reste , il est normal d'essayer d'attirer l'attention sur des oeuvres qui sont presque ignorées dans leur pays d'origine alors qu'ailleurs elles font l'objet d'analyse et même de profonde analyse. il est regrettable par exemple qu'un style aussi unique , aussi recherché, aussi singulier qui de surcroit a été accueillit avec une sensation d'oeuvre salvatrice qui peut redonner gout à la lecture ne soit pas autant vulgarisée.

allez y , essayez de trouver une copie de ce livre, cela m'étonnerai que cela se trouve sur les étalages de nos librairies et cela me désole.

en tant que simple lecteur, il me semble que la seule manière d'aider ces jeunes créateurs en littérature contemporaine serait d'aider à braquer les regards sur leurs oeuvres.

j'espère avoir la force de continuer à jeter la lumière sur d'autres belles oeuvres.

C.B.

morjane
25/10/2004, 21h20
Bonsoir ,
j'espère avoir la force de continuer à jeter la lumière sur d'autres belles oeuvres
que le ciel t'entende car je voudrai te remercier j'ai lus et relus avec un plaisir sans nom tout ce topic à tel point que j'ai envie de découvrir Benfodil. c'était passionnant et merci.
J'ai un livre qui m'a marqué( entre autres) il y a de cela deux ans à peu près c'est un livre d'Areski Mellal" Et maintenant ils peuvent venir". Tu m'as donné cette envie d'en parler. Il ne me manque plus que le temps de le faire mais il arrivera.

bonne soirée à tous

clémence-bienveillance
26/10/2004, 22h34
Salut à toutes et à tous, Salut Morjane,

je voudrai d'bord te remercier pour tes appréciations et ensuite te dire que j'attends avec impatience ton projet qui nous présentera l'oeuvre d'Arezki Mellal.

j'espère aussi que nous aurions inaugurés une belle tradition qui se pérpétuera. je sens de la bonne graine qui se profile, n'est ce pas LaPinta, n'est ce pas thirga.ounevdhou.

Kamal.

davinci428
27/10/2004, 03h24
J'ai été agréablement surpris par la présentation que vous faites de l'oeuvre et de son auteur. Il va sans dire que je m'empresserais de tendre l'oreille à ces "bavardages du seul".

morjane
29/10/2004, 12h47
Bonjour à tous,

A mon tour, je vais essayer de vous parler de ce livre "Maintenant ils peuvent venir" d'Areski Mellal (Acte Sud .)
« L’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre » par ces mots de Boris Vian en page de garde commence ce livre.

C’est une histoire d’amour de haine de destruction d’indifférence. Un voyage à travers l’Algérie des années FIS.
L’histoire se déroule au tout début de cette décennie noir et rouge. Cette période où les le fis allait emporter les élections, où la sinistre intolérance prenait possession de la vie de tous les jours. Où la violence posait de plus en plus son empreinte
Violence est ce mot qui m’a côtoyé tout au long de ce récit. Bestial presque par moment, bestial dans le sens de la crudité des termes parfois.
L'extrait que je met là est pour indiquer le climat mais il n'est pas un indicateur de violence physique c'est plus moral. Il y a d'autres passages qui le sont .

Extrait :
Vendredi, une magnifique après midi de juillet s’annonce. Nous sortons du pavillon, il n’y a pas une âme dehors. C’est un peu sinistre. A l’extérieur de l’Hôpital c’est encore pire : la multitude des petits marchands ambulants s’est volatilisé, les arrêts de bus sont déserts, il n’y a aucune voiture sur la route. Que se passe t’il ? Nous hésitons à aller plus loin. Yasmina se frappe le front et me dit : « C’est l’heure de la prière, j’ai complètement oubliée »
Et alors ?
Tu t’en fiches ?
Je hausse les épaules, elle rit
« Moi aussi je m’en fiche »
Nous voici avec les nouveaux vendredis depuis que les intégristes ont conquis les municipalités. Yasmina me dit que tout le monde chez elle avait voté pour eux parce que l’iman avait juré à la mosquée, devant dieu que tout le monde irait au Paradis
Et toi tu as voté ?
Je n’ai pas voté, c’est mon père qui a voté pour moi, pour ma mère et pour ma sœur. Moi, je m’en fous et je ne prendrais jamais l’habitude de me cacher les vendredis »
« …. »
Ne pas se terrer les vendredis devient de plus en plus difficile le harcèlement autour de la prière a commencé il y a bien longtemps. J e me souviens d’avoir fait le malin plusieurs fois à sidi Ahmed quand des voisins prosélytes barbus m’abordaient
Frère il faut penser à ton âme. Tu as l’âge où un musulman ne peut se passer de prier avec ses frères. Ne me dis pas que tu pries chez toi ce n’est pas suffisant. Ne fais pas comme les anciens leurs pratiques sont erronées. Désormais c’est à la Oumma que Dieu s’adresse…

Je le sais frère mais il est trop tard pour aujourd’hui, je n’ai pas fait mes ablutions.
Le barbu ne voulait pas me lâcher, il me tapotait l’épaule, coté rite, il était large d’esprit.
« Aucune importance tu feras tes ablutions à la mosquée et même s’il n’y a pas d’eau, tu sais que le Très haut est indulgent
Comment l’envoyer paître ?
« Je me suis mal expliqué frère, il me faut les grandes ablutions, au hammam comprends moi ma chair est souillée »
Le frère est choqué comment ais je pus commettre d’impureté ? Aurais je commercé avec une femme hors mariage ? Je vis bel et bien seul ? Non ? N’est ce pas ? Alors Comment ? Où ? Qui ? Quoi ?
Je n’avais pas envie de me faire lyncher, je devais lui arracher cette idée de la tête. Je devais le rassurer vite… »

Il flotte au début du roman un parfum d’amour quasi incestueux envers sa mère. Cet amour l’avait côtoyés durant toute son enfance et avait pourrie leurs relations trop proches, trop incestueuses pour essayer de renouer un rapport plus sain vis-à-vis de sa mère. Il recherchait à redevenir un fils pour sa mère, un réel fils.
[i]« Mère, je veux être ton fils seulement. Devenir ton fils. Tu n’as jamais été ma mère, tu m’as toujours manqué. « Vois j’ai mal grandis, je n’ai pas grandi. Mère je veux te retrouver. Comment faire pour voir celle qui n’a jamais été ? Tu n’as jamais été ma mère tu as été mon mal. Je ne t’en veux pas. Je veux me libérer de ces terribles liens invisibles Ce cordon ombilical que j’ai forgé et qui_ a forgé ma vie. Je n’étais pas un enfant comme les autres. Ma vie a été le vide que tu m’as donné. Tu étais l’absence, j’étais la solitude. »

Le personnage central de cette histoire est un homme, par moment ignoble, lâche, violent faible, immoral, immature et à d’autre juste homme avec ses qualités propres à l’homme. Malgré tous ces défauts il est l’axe principal du récit et ne laisse jamais indifférente il peut être lumière

Et c’est un voyage à travers cette « guerre intérieure » qui nous est compté. Cette guerre sans nom, cette période de violence, de haine parfois qui rejaillit au travers de chaque personnage et situation rencontré à l’usine dans la rue dans la vie.. Les personnes décrites ont une histoire, un visage, une vie dramatique ou belle.
L’écriture était aussi là pour provoquer ce chaud et froid. Par moment cru et d’autre auréolé de beauté et d’amour.

Extrait, Là il vient d’apprendre qu’il va être papa et sa réaction est détestable et lâche
« Je ne voulais pas d’enfant. Yasmina m’a eu. Je l’aurais fait avorter. Elle le savait, elle a dissimulé sa grossesse. Trop tard, bien joué ! Comme elle a dus se marrer pour les « précautions que je prenais ». Je l’ai désiré. Elle s’y prenait comme une p***, comme une professionnelle, elle me rendait dingue dans son rire chaud, suave, enveloppant(…) Elle a été ma femelle sur injonction de ma mère,(…) mer étalée et moi comme un navire qui est elle Bon Dieu, Je ne savais qu’une chose : ma mère me l’avait mise entre les pattes, entre les bras »
Extrait « Dans ma méditerranée, il Y a les reflets verts, des orangers et l’ombre violette des figuiers. Il y a de l’or bleu, cette lumière qui n’appartient qu’à ces rives. Dans la Méditerranée de Lillia, il y a le regard de quelqu’un qui passe, qui va passer »


C’est un livre noir qui m’a prit par les tripes car j’ai ressentis tant de violence qui graduellement a monté et la fin m’a surprise et laissé là spectatrice d’une histoire dont je ne voulais pas cette fin et j’en demandais encore. La fin est atroce et il commet un acte qui m’a fait penser « Au choix de Sophie » de William Styron. Car là se découvrait la réalité du titre
Et son amplitude.

Areski Mellal
Né en 1947 à Alger où il vit et travaille, Areski Mellal a fait toute sa carrière dans les métiers du livre :graphiste, maquettiste, typographe, éditeur de livres d’art. Passionné par la bande dessinée, il commence dans les années soixante-dix par écrire des scénarios, mais faute d’éditeurs de BD en Algérie, il les transforme en nouvelles. En 2000, les éditions Barzakh publient son premier roman Maintenant ils peuvent venir qui sera repris chez Actes Sud. Invité à des résidences d’écriture à Limoges et à Bamako, il se consacre également à l’écriture théâtrale.


Bibliographie
Maintenant, ils peuvent venir, roman, éditions Barzakh, Alger, 2000, et éditions Actes Sud, 2002
Le Caïd, in L’Algérie des deux rives, nouvelles de guerre, anthologie dirigée par Raymond Bozier, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003
La Paix en toutes lettres, ouvrage collectif, éditions Actes Sud, 2002
Azwaw, poésie, dans le catalogue d’exposition du peintre Azwaw Mameri, éditions Barzakh, Alger, 2000
Queen Kong, bande dessinée, dans Album n °1 , éditions Laphomic, Alger, 1987
Regarde la mer, in la revue culturelle La pensée de midi, éditions Actes Sud, 2001

Je n’ai lus que ce livre ainsi que « le caïd » qui est une nouvelle car j’avais achétée ce livre l’Algérie des Deux rives car l’idée de cet autre livre était séduisante. Laisser parler des écrivains des deux rives sur la période de1954 à 1962… mais là c’est une autre histoire.

Cordialement

Bachi
29/10/2004, 21h09
Merci de m'avoir donné l'envie de découvrir cet auteur que je ne connaissais pas du tout.
Tu fais un bon et honnête critique, Clémence-Bienveillance.

clémence-bienveillance
30/10/2004, 13h26
Salut à toutes et à tous.

Merci davinci 428 et merci bachi pour vos appréciations si aimables et gentilles et qui me galvanisent comme vous ne pouvez imaginer.

Je voudrai aussi te remercier Morjane pour l'effort que tu viens de faire en te forçant, en un minimum de temps, à nous produire ta promesse qui consistait à nous parler du livre d'Arezki Mellal que je découvre en fait parmi les œuvres qui auraient pu catalyser toute mon attention au regard de son contenu et du problème - ou dirai-je -, fléau qu'il traite.

De ce que tu nous as livré Morjane, j'ai retenu un terme en particulier qui a caractérisé la période ciblée par l'auteur dans son livre. Il s'agit du mot violence qui était devenu le maître mot qui a tissé par la suite les différentes relations sociales, politiques et mêmes économiques.

La violence est devenue un concept qu'on rencontrait partout ou on allait (chez soi, à la mosquée, à l'école, dans les lieux de travail, dans les souks et je ne sais quels autres endroits.

Comme j'ai retenu le mot inceste non pas à cause du fait que ce fléau a été répondu pendant cette période précise mais plutôt parce qu'il a cette capacité et force de renvoyer a une forme de violation de la confiance, de violation des liens sacrés d'une parenté et ce qui s'est passé entre les algériens durant cette période n'est que pure violation des liens sacrés du sang, c'est de l'inceste pur et simple.

J'ai regretté ?

J'ai regretté de ne pas avoir pu cerner le contenu de cette œuvre quoique tu aies bien voulu nous faire profiter de quelques extraits qui relatent des moments ou des positions fortes dans le récit de manière générale. Il est vrai aussi qu'une histoire pareille on peut imaginer son début et même sa fin qui ne peut être que violence du verbe, violence des évènements et violence des faits, n'empêche que cette violence aurait pu être décrite de différentes manières.

Similitudes :

Il est clair qu'entre le livre décrit par Morjane et celui décrit par mes soins, il existe de fortes similitudes dans l'objet traité par les deux auteurs même si l'un d'eux à traité des fondements d'une idéologie destructrice pour laquelle il a employé tous les arguments possibles et imaginables tendant à montrer que cela n'est pas du tout une fatalité mais une conséquence logique de dérives graves commises par nous tous.

Alors que l'autre, si j'ai réussi à saisir la tendance, a surtout essayé d'attirer l'attention sur la manière dont certains ont essayé de rapprocher les gens de dieu sachant que finalement ils ne faisaient que les éloigner d'une vie faite de sérénité, de générosité et de liberté vers une vie faite de violence et rien que de violence prise pour la vie qui nous rapprocherait de dieu.

C.B.

Thirga.ounevdhou
30/10/2004, 20h45
Je remercie à mon tour Morjane pour tout l'effort qu'elle a fait, pour nous exposer sa lecture en si peu de temps, avec tous ces détails,
Les quelques extraits qu'elle a tire du livre étaient très bien choisis pour comprendre le contenu, ainsi que le bref résumé. Apres tout Arezki Mellal est bien éssu de cette société, ou il a grandit, a passe tte sa vie, et ou il y'est encore, et étant écrivain "pas comme quiconque" il a cette possibilité qu'ont les artistes, les poètes et les écrivains d'interpréter, de résume et de refléter les faits de leurs sociétés sur tout les plans dans leurs oeuvres "même si ce n'est objet" on arrive a le lire entre les lignes.
Merci Morjane

Clémence Bienveillance : merci pour cette analyse et cette similitude que vous avez pu en tirer des deux oeuvres.
Les deux auteurs appartiennent a une même société, d'une même époque,ils ont vécu les mêmes événements dans les mêmes périodes, et forcement affectés par les mes conséquences et même si leurs oeuvres portent différents nom et différents contenus pour différents objectifs, ils sont les fruits d'une même société... par les mêmes fait et cela doit les affecter tout autant que leurs oeuvres. Un écrivain ne reste jamais indifférent a ce qui se passe dans sa société, c'est sa source et son inspiration...

Je vous remercie beaucoup c'est très beau ce que vous faites et que je suis avec beaucoup d'attention,
Continuez à nous enrichir...

Bonne soiree, sahha Shorkoum,

Thirga,

morjane
31/10/2004, 12h18
Bonjour à tous,
Bonjour Thirga et Clémence,

Tout d’abord je voudrai vous remercier car je me suis retrouvé dans vos paroles et analyses.

Je vais satisfaire le regret de clémence, enfin je l’espère, en parlant plus de l’histoire. Quand j’ai finis mon récit l’autre jour, je pensais de toutes les façons le faire car en me relisant j’ai vus que ma description était succincte. Il faut dire qu’en moi se mélange beaucoup de sentiment car ce livre a une atmosphère dense et n’a de fil conducteur que la vie durant cette période si troublé et troublante qui fait devenir une vie ordinaire un enfer.

En me relisant, je me suis mise à sourire en voyant ce beau lapsus révélateur de mon état d’esprit « Et c’est un voyage à travers cette « guerre intérieure » qui nous est compté. » je voulais écrire conté. Mais c’est exact que la vie était compté chaque seconde de passé était une seconde de vie mais la seconde d’après, nul ne le savait.
Le livre relate donc la vie de ce héros qui n’en est pas un mais qui est un homme comme nous tous, enfin presque. Le récit d’ailleurs se relate à la première personne et je me suis surprise à chercher son prénom et ma foi, je ne l’ai pas trouvé et cela ne m’a nullement gêné, le Je était devenu moi.

Personnellement, aussi je me suis trouvée sévère vis-à-vis de ce personnage car il a montré parfois tant de faiblesse mais c’est ainsi que nous sommes aussi et de le voir chez l’autre m’ amène à m’interroger aussi et la faiblesse est un défaut que je déteste à telle point que je ne veux la voir que pouvant servir à devenir une force

Ce récit est donc l’histoire de cet homme et d’une période de sa vie durant ses années FIS Le livre est composé de différents chapitres relatant un personnage différent du roman qui chemine avec le personnage central.
Mais il n’y a pas de cassure c’est un déroulement de la vie qui vibre devant nous.

La mère débute ce livre car c’est aussi un des piliers du livre, en ce sens que même si elle meurt vite,les relations incestueuses troubles ressentis car tout était dans le non dit pas vécus mais ressentis et cela durant toute son enfance a conditionné ses relations futures avec les femmes et plus tard avec son fils.

Cette mère malade diabétique lui fait épouser une femme Yasmina car, ce qui se comprend, elle ne voulait pas mourir avant d’avoir une descendance. Il se laisse séduire car Yasmina est aussi une femme remarquable, femme féline et forte le désirant pour mari.

Lui faible se laisse séduire pour avoir la paix je crois. Le jour où Yasmina lui donne un fils il la quitte, ne se sentant ni père ni mari il est pour moi faible et égoïste mais c’est une question de survie pour lui car il ne se sent pas père n’ayant pas été fils de sa mère d’où cette importance de cette relation avec cette mère qui la trop aimée et mal aimée et réciproquement et vis à vis de Yasmina, il ne peut l'aimer car elle a été choisit par sa mère et lorsqu'il est avec elle le désir qu'il assouvit c'est comme si il mettait ses désirs d'incestes qu'il fantasmait en pratique d'où cet attirance répulsiion.

Et ainsi au fil du récit on découvre d’autre personnage tel Salah.

Salah est un militant communiste qui a passé sa vie dans les luttes syndicales. C’est un homme fort (menta
lement) résistant combattant
Extrait :
« Le boulot ça va »
« Ça va, j’ai changé de boite, c’est pire qu’avant »
Syndicaliste, Salah connaît la situation en détail : « c’est partout pareil. Ils veulent liquider le secteur d’état ils poussent les entreprises aux pourrissements… »
« Un ami m’a appelé au ministère. Il dirige un projet, je pense aller le rejoindre »
« Si tu en as envie, mais le marasme y est aussi. C’est comme la mort qui est partout…. « Partout » tiens voila un mot qui colle aux Algériens, tu te crois à l’abri a Sidi Ahmed ?
Non, ils ont pris la ville, mais ils ne s’attaquent qu’à ceux qui représentent le Taghout. Dans Alger, ils tuent à l’aveuglette.
Tu te trompes, ils ont pris plus que la ville ils s’attaquent à plus que tu ne crois. Nous parlerons longtemps de la mort désormais notre vie de tous les jours, de cet acharnement à tuer, à charcuter un humain de la façon la plus ignoble qui soit au nom de Dieu. Un assassin se fait surnommer «Le Menuisier » parce qu’il découpe ses victime avec une vieille scie à bois rouillée car disent ils, plus la victime souffre, et plus elle a de chances d’aller aux paradis. Et la mission des fous de dieu est de nous envoyer au Paradis. Dis moi Salah
Comment en est on arrivé là ? Comment ces gens ont-ils pus devenir ainsi ? La télé parle de droguer de malades mentaux ? Dis moi c’est une télé complice ou dépassée ?
« Les deux mon vieux cette télé est celle d’un pouvoir complice et dépassé. Le pouvoir sait très bien qui tue. Ne pas désigner l’ennemi est une très grave erreur que nous paierons très cher.
« Je sais très bien où veut en venir Salah : amener l’état à combattre l’idéologie islamiste. Je ne veux pas suivre cet adepte du parti état. Le combat des idées doit se faire dans la société .nous sommes tous responsables. »

Un jour, le voisin de Salah se fait massacrer, ils l’ont empoignés, ont sortis revolvers poignards ils lui tirent six balles dans la tête et massacreront son corps en le découpant « Ils repartent tranquillement, les habitants sont tétanisés derrières leurs portes »

« Salah ; pourquoi tu ne fous pas le camp ?, les communistes en France ils vont t’aider, tes copains ils sont partis eux.
Il me répond qu’il n’est pas de ceux là « Je n’ai pas de vie de rechange, je n’ai pas de pays de rechange. Je n’ai pas vécu avec ça dans ma tête. Je n’ai pas de conviction de rechange, non plus prête pour l’exil. Mes copains ne sont pas tous partis. » (…) Les islamistes ont donc raison ? Tout ceux qui parlent ou écrivent français sont Hizb frança ?
« Les islamistes font l’amalgame avec les francophones, c’est ça la politique. Il n’est pas question qu’ils aient raison. Ma place est ici. Avec ceux qui vont au travail tous les jours, avec ceux qui vont à l’école tous les jours. Ma place n’est pas avec ceux qui écrivent des romans comme veulent l’entendre les éditeurs français »
« Dis moi, pourquoi 50 journalistes ont été assassiné et pourquoi les journaux continuent de paraître ? Pourquoi les femmes risquent leur peau tous les jours en sortant de chez elle sans foulard ? Pourquoi les voyageurs reviennent aux arrêts de bus malgré les attentats ? Pourquoi les trains déraillent tous les jours sous les bombes et repartent tous les jours ? Dans la Mitidja on a armé des citoyens « les patriotes ». A Haouch Gros, les patriotes ont repoussé une attaque de terroriste. Nous résistons tous, avec ou sans armes. Si nous partons…. Laissons ici ce mythe de l’exil. Finissons en avec ces histoires de sauver sa peau. Ceux qui veulent me tuer savent à chaque instant me trouver. Tu veux que je me terre comme un lapin ? »

Salah deviendra patriote au vus de tous ne voulant pas se cacher et un matin Baya son épouse trouvera au pied de sa porte sa tête tranché dans un sac à ordures.. »
Extrait
« Au cimetière, je n’ai pas pleuré. Trop de sanglots à la fois se bousculaient, envahissaient ma gorge. Salah, mon bon géant, mon vieux, je ne te reverrai plus, tu n’as même plus de jambes pour venir dans mes cauchemars » (…) « J’ai écouté une dernière fois tes mais sur la tombe .Ils parlaient d’un bon de commande Sonacome que tu avais restitués quand ta société t’avait attribué un véhicule. Ce bon à l’époque du rationnement, tu aurais pus le vendre à prix d’or comme tout le monde. Mais tu étais toi. »

Et chapitre après chapitre on découvre des personnages riches et aussi fort en émotion, Ammi Slimane, Kamel son fils Yasmina son épouse divorcée mas qu’il ira rechercher quand il apprendra que son père l’a jeté a la rue et que les émirs cherchent à mettre le grappin sur elle.
Il renouera et découvrira kamel son fils. Zakia dont il est amoureux, l’oncle Boualem et Safia et c’est sur safia que se finira ce roman Safia est sa perle son étoile sa vie c’est sa fille et c’est sur une horreur sans nom que se terminera ce livre.

Mais ce livre n’est pas que violence aux sens violence, la violence revêt différents habits et visages. Il est plein d’amour, de poésie aussi et d’espérance bien que la fin est une désespérance sans nom. C’est un gouffre sans fond dans le désespoir. Et c’est pour cela que j’ai été saisis par cette fin et sentis trahie car je ne voulais pas de cette fin et ne m’y attendais pas du tout tellement elle était impossible pour moi d’être envisagée.

Je ne crois pas que j’ai bien résumé le livre c’est parce qu’il m’interpelle toujours autant, il me prends toujours aussi violement aux tripes car les personnages sont forts et intenses, ils nous ressemblent. Et c’est une période dure avec tous ces bouleversements et cette terreur, cette peur qui colle aux habits, et sous les pores, cette défiance vis-à-vis de chacun. Et malgré tout la vie continue car elle est plus forte que tout.

Clémence, j'ai aussi bien aimé le parallèle et la synthèse que tu as dis. Tu as synthétisé ce que je ressentais aussi, j'ai ressentis cela aussi.
Quand à thirga, tu as dis les mots justes. L'auteur est a été au coeur de cette actu, c'est du vécu et ressentis, c'est certainement pour cela que ce livre m'a autant marqué et troublé car c'était son premier roman et son empreinte doit y être de façon forte je pense.


Cordialement

clémence-bienveillance
31/10/2004, 21h43
Salut à toutes et à tous, salut thirga.ounevdhou et salut morjane.

vivement merci morjane pour le complément que tu viens de nous faire et qui satisfait amplement ma curiosité, qui va aussi dans le sens de ce que j'imaginais.

ton analyse m'a interpéllée sur deux points essentiels que je te livre ci-dessous:

le fait que l'histoire comporte plusieurs personnages parfois difficiles à cerner mais que je trouve somme toute logique en partant du fait que les évènements narrés ont touché toutes les couches sociales et que chacun de nous les a vécues à sa manière. un point commun qui nous lie tous , c'est le fait que nous ayons vécus ces énènements dans la douleur et l'excès de violence. une violence qui, comme tu l'as si bien décrite, pouvait prendre de multiples formes.

la faiblesse et la lacheté dont tu qualifies certains personnages du récit, en l'occurence la victime de l'inceste que tu n'as pu nommé et qui symbolise peut être une grande majorité de notre société et qui , à mon avis n'est pas aussi lache, aussi faible que tu ne l'imagine. ce qu'il faut savoir en fait, de mon point de vue bien sur, c'est que la décennie noire a constitué un choc pour nous tous et que nos réactions ont évolué au fil du temps et c'est ce qui explique peut être le changement d'attitude qui a caractérisé le personnage en question.

il n'en demeure pas moins qu'il ya un point que je n'arrive à placer dans le contexte général de l'histoire: c'est cet relation d'inceste qui a caractérisé la relation fils et mère et le rejet qui s'en est suivi de la part du fils. en effet aucune des lectures que je pourrai imaginer n'a collé jusqu'à présent aux symboles forts de cette histoires aussi réelle que nous tous, aussi réelle que les évènements forts que nous avons vécu.

dans la foulée , j'aimerai bien connaitre ce qu'en pense notre Thirga.Ounevdhou.

Cordialement, C.B.

morjane
01/11/2004, 08h48
Bonjour à tous,
Azul Clémence ,

A propos de cette relation d'inceste du personnage principal. Il est le fils aimant et exclusif de sa mère. Il a ressentis durant son enfance un amour envers sa mère que lui voulait incestueux mais chez elle c'était plus ambivalent ils avaient un amour "partagé" fort et intense . Tout était dans le non dit et les paroles, les actes quotidiens, il y a différentes façon de faire passer un message. Elle a été abandonné par tous (mari et ses deux autres fils) mais lui est toujours resté pour ne pas l'abandonner. Au fil du temps il a grandit et a voulus rompre cette pulsion et redéfinir ses rapports avec cette mère, il ne voulait plus qu'être un fils et nouer des relations mère fils uniquement. Elle ne comprenait pas cela car elle avait des relations, exigeantes , égoïstes, exclusives et passionnés mais peut être moins incestueuses que lui ressentais donc ne voulait pas de cette transformation.
Je sais que j'étais sévère à priori envers lui mais je suis devenu indulgente au fur et à mesure car la vie est dure et rends les gens ainsi. Il était humain et homme et les hommes ont parfois des faiblesses que les femmes n'ont pas.

Les relations mère fils sont souvent exclusives et presque vampirisante, la mère peut reporter toute son affection sur son fils. Une mère peut être castratrice.

Tu sais cette histoire d'inceste c'est peut être pour rendre encore plus trouble la période, et en plus cela conditionne fortement le personnage et explique aussi beaucoup de ses réactions. Tout était violence et peut être même ce qui devrait être repos et réconfort devient compliqué obscur et hors norme.


Cordialement

clémence-bienveillance
01/11/2004, 22h56
salut à toutes et à tous,

maintenant, la boucle est bouclée, merci morjane pour ta patience et générosité intelectuelle.

C.B.