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Voir la version complète : GNL: la Russie incapable de s'adapter à une hausse de la production mondiale


Neutrino
30/08/2012, 12h22
Les revenus de la Russie liés aux exportations de gaz se réduiront, car Gazprom a sous-estimé la "révolution des gaz de schiste" aux Etats-Unis et n'a pas suffisamment diversifié ses marchés d'écoulement. Le pays n'est pas prêt à voir une augmentation significative des capacités de production de gaz naturel liquéfié (GNL) en 2014, selon le bulletin "L'industrie du pétrole, du gaz et de la pétrochimie: tendances et pronostics. Le bilan du premier semestre 2012", préparé par les experts de l'agence de notation RIA Rating (un groupe de RIA Novosti).
Les experts estiment que le marché mondial du gaz change rapidement de forme, et de toute évidence, la Russie n'arrive pas encore à s'adapter à ces changements.
"La conviction que l'Europe est soudée à notre gazoduc gène et menace la poursuite du développement de l'industrie du gaz russe. Il y a seulement cinq ans, il ne pouvait être question d'aucune concurrence au gaz russe en Europe. Autrement dit, il y avait, évidemment, une concurrence, mais elle prenait plutôt la forme d'un accord entre plusieurs acteurs du marché sur le partage dans la sphère d'influence. La situation a changé très brusquement", stipule le document.
L'expression "révolution des gaz de schiste" est entrée très rapidement dans le vocabulaire courant. Dès que cela s'est produit, les experts ont découvert tout à coup que le "marché mondial du gaz" n'était plus une notion relative.
"Bien qu'il soit toujours hétérogène, les prix du gaz dans les différents coins de la planète divergent fortement, les acheteurs et les vendeurs de gaz peuvent dès aujourd'hui non seulement constater cette différence du prix, mais également l'utiliser avec profit. Tous, à l'exception de la Russie", font remarquer les experts.
Actuellement, le gaz le moins cher est vendu aux Etats-Unis, où grâce aux nouvelles technologies, la production du gaz de schisme a considérablement augmenté au cours des dernières années. Au premier semestre 2012, le cours du gaz aux Etats-Unis dans le terminal Henry Hub était de 85 dollars les mille mètres cubes. Par ailleurs, à certaines périodes, le prix descendait jusqu'à 70 dollars. Même les tarifs nationaux en Russie sont supérieurs à ce montant. Selon l'agence russe de statistiques Rosstat, le tarif moyen du gaz acheté par les entreprises russes au premier trimestre de l'année en cours était d'environ 3.500 roubles les mille mètres cubes, soit environ 115 dollars.
Grâce à l'offre excédentaire de gaz, on constate à l'heure actuelle aux Etats-Unis des changements significatifs dans la structure et la qualité de travail de l'industrie énergétique.
Le gaz évince le charbon. Il est à noter que, selon l'agence Argus, au premier semestre 2012, l'émission de dioxyde de carbone des entreprises énergétiques américaines s'est réduite au minimum depuis ces vingt dernières années. C'est dû au fait que les centrales électriques locales ont commencé à utiliser de plus en plus de gaz bon marché.
Les experts font remarquer que pour la première fois de l'histoire, les Américains songent à la possibilité d'exporter leur gaz. Jusqu'à présent, ils construisaient dans les ports des terminaux destinés seulement aux importations.
"Evidemment, il sera impossible de restructurer toute l'infrastructure de transport en un instant, mais c'est tout à fait réalisable en deux-trois ans. Beaucoup de compagnies américaines se penchent déjà sur cette question et commenceront prochainement à construire des terminaux pour l'envoi de gaz liquéfié destiné aux exportations. Ce gaz sera en partie redirigé vers l'Asie du Sud-Est, et en partie en Europe. Ces deux régions sont très intéressées", estiment les experts.
A l'heure actuelle, les tarifs en Europe sont largement supérieurs à ceux pratiqués aux Etats-Unis. Au premier semestre de l'année en cours, le tarif moyen du gaz de Gazprom à la frontière allemande avoisine contractuellement les 450 dollars les mille mètres cubes. Par ailleurs, les cours du marché des changes (spot), qui se développe très rapidement, étaient en moyenne aux alentours de 350 dollars pour la même période. Autrement dit, les acheteurs ont le droit et la possibilité de choisir. Du moins, aujourd'hui cette possibilité est plus vaste par rapport à il y a quelques années.
La "révolution des gaz de schiste" est l'un des facteurs de ces changements. Et même si jusqu'à présent, les Etats-Unis n'en ont pas encore exporté, on a assisté à une redistribution du gaz en provenance du Qatar, qui, dans des conditions de surplus du marché américain, a commencé à conquérir plus activement le marché européen. Finalement, des quantités supplémentaires de gaz "non-courant" sont apparues sur le continent, ce qui a stimulé le développement des transactions boursières, suivi par l'affirmation dans notre conscience d'une autre notion – "gaz spot".
De cette manière, les vendeurs et les consommateurs de gaz à travers le monde, étant donné la diversité et l'hétérogénéité du marché, cherchent dès à présent à minimiser les dépenses ou, au contraire, à maximiser les revenus. Et seule la Russie, disposant d'une puissante industrie du gaz et des plus grandes quantités de production, est privée de marge de manœuvre, car deux circonstances primordiales n'ont pas été prises en compte à l'époque, selon les experts de RIA Rating.
Premièrement, pendant longtemps, Gazprom n'a pas voulu reconnaître le risque du facteur "gaz de schiste". Aujourd'hui, cette menace se confirme par les statistiques actuelles. Pour la majorité des experts, il est évident que c'est ce facteur qui contraint directement ou indirectement la compagnie russe à réduire la production et les exportations. Au premier semestre, la production de gaz en Russie a été réduite de 3,1% par rapport à la même période de l'année précédente.
Par ailleurs, les ventes de Gazprom à l'étranger se sont réduites de 17,8%, selon les rapports de la compagnie. A l'exception de la Turquie, tous les consommateurs importants (même la Biélorussie bénéficiant de conditions avantageuses) ont réduit leurs achats de gaz russe.
Deuxièmement, selon RIA Rating, Gazprom n'a pas fait suffisamment d'efforts pour la diversification du marché d'écoulement. Le marché gazier le plus cher se localise aujourd'hui en Asie. Au premier semestre, le prix moyen du gaz liquéfié au Japon était d'environ 525 dollars les mille mètres cubes, selon les données du Fonds monétaire international (FMI).
"D'ailleurs, son prix augmentait de mois en mois. La Chine, les deux Corées et le Japon, grâce à la hausse de la demande, pourraient compenser les pertes de Gazprom en Europe mais, malheureusement, la compagnie a trop tardé pour focaliser son attention vers l'Orient. De plus, Gazprom continue à accroître ses capacités en matière d'acheminement de gaz vers l'Occident", déplorent les experts.
Ils estiment que dans les conditions actuelles, la Russie a besoin de changer sa politique de marketing, mais elle pourrait manquer de temps. Jusqu'à présent, la question de la construction d'un gazoduc entre la Russie et la Chine n'est toujours pas éclaircie, et par conséquent, on ignore quand le gaz russe pourrait arriver sur ce marché. De plus, selon les experts de RIA Rating, la Russie ne fait pas suffisamment preuve de dynamisme dans la mise en œuvre de nouvelles capacités de production de gaz liquéfié. Le marché gazier asiatique est principalement représenté par le GNL, d'autant qu'en Europe, on prévoit un renversement de la tendance dans ce sens, tandis qu'une seule usine de production de GNL (Sakhaline) existe en Russie.
"Par ailleurs, dès 2014, on assistera dans le monde à une hausse significative des capacités de production de GNL et de son transport. Cela profitera à l'Australie, au Qatar et aux pays d'Afrique. Quant à la Russie, elle n'est pas prête techniquement à cet événement, mais elle devrait au moins s'y préparer, car les revenus de l'un des plus importants produits qu'elle exporte se réduiront", estiment les experts.

source: ria novosti

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