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Voir la version complète : Angoisses sahariennes


Elghifari
19/09/2012, 03h52
Aziz est pensif :

Les contraintes de tous les jours, ses pensées engourdies, ses angoisses envahissantes, un monde sombre, la nuit, le jour, se changer pour changer de vie, le chaud, le froid, le Sahara, son cerveau qui refuse de bouger, un petit malaise du dos, cette mal vie saharienne, sa solitude dans un univers fou, au milieu d'une contrée lointaine, isolée, pesante...

Tout cela inquiète profondément son être tourmenté.

Une voix intérieure lui chuchote :

Tu ne sais pas t'exprimer, ou bien as-tu peur de te révéler à toi-même tel que tu es?

Ta maturité ou est-elle?

L'écrivain en herbe est déjà las.

Il s'allonge, les os douloureux.

Ses nuits sans sommeil, comment les meubler?

L'Intifada, l'Afghanistan, les attaques du 11 Septembre sont-elles annonciatrices d'un monde moins injuste, mais aussi de l'apparition des non humains?

Le bonheur pour tous est-il devenu une nécessité universelle et impérieuse?

Ses enfants bruyants, sa femme acariâtre
assombrissent-ils ses réflexions?

postra
21/09/2012, 01h52
Merci pour cette contemplation dans le désert
le saharien est bien pensif et contemplatif avec les tempêtes modernes de nos jours

Elghifari
21/09/2012, 05h32
Des réflexions bien pessimistes et confuses anticipant un peu des drames à venir...

Rédigées il y a plusieurs années. Merci pour vos observations.

Aloha
21/09/2012, 11h32
Merci à vous ... le Sahara depuis les grecs est dans l'imaginaire de tous ...

Les Sahraouis eux mêmes alimentent mille et mille histoires, sensation, drame et vie tout court ... Pour ma part, j'ai aussi des angoisses ... j'ai tenté de lier l'exploration de ce pays indomptable en lui donnant la dimension Universelle qu'il mérite et que ses enfants méritent dans l'histoire scientifique mais cela n'intéresse pas l'Algérie Ce qui l'intéresse c'est de vider son ventre à l'instar des Colons ...

Voici ce que écrivait l'arrière arrière grand père de mes enfants ... en 1930 ses petits enfants sont Sahraouis vivant dans les Alpes... Un jour ils me demanderont et ils l'ont déjà dit d'aller faire quelque chose et d'explorer leur origines ... je leur dirais faites ... hélas pour moi je n'ai pas réussi à continuer le rêve car à Alger il y a des personnes qui n'aiment pas l'Algérie ...

Il écrivait donc ce jolie passage que j'aime et je publierais assez souvent des passages si je trouve le temps ...


« Au vrai, nous étouffons dans nos cités étroites et bruyantes, notre âme s’y débat tristement, use ses ailes à tous les angles comme un oiseau prisonnier : or nous savons qu’il y a là-bas, au-delà de la mer bleue, un pays sans limites, où le soleil se déploie magnifiquement, où les âges du monde se confondent dans une atmosphère d’infini, où le danger ni la souffrance ne comptent pour beaucoup, parce que le rêve les absorbe, et notre coeur bondit vers cette liberté. »

morjane
21/09/2012, 19h04
Elghifari, Aloha, je vous lis et c'est magnifique ce que vous nous confiez,est ce l'immensité et la magie des lieux qui emprisonnent et bercent les âmes?


« Au vrai, nous étouffons dans nos cités étroites et bruyantes, notre âme s’y débat tristement, use ses ailes à tous les angles comme un oiseau prisonnier : or nous savons qu’il y a là-bas, au-delà de la mer bleue, un pays sans limites, où le soleil se déploie magnifiquement, où les âges du monde se confondent dans une atmosphère d’infini, où le danger ni la souffrance ne comptent pour beaucoup, parce que le rêve les absorbe, et notre coeur bondit vers cette liberté. »

merci Aloha de nous offrir ce tresor de ton arrière grand père .c'est sublime.

postra
21/09/2012, 19h19
aloha
C’est vrai que c’est subliminale ce que tu nous révèle ici
L’image de cette immensité du Sahara
De vaste paysage coloré d’une couleur je dirais humaine
Parce que elle inspire le vide, la nature dans un autre état, l’homme face au néant et face à lui-même
Le Sahara c’est la route sans direction ni barrières ni aucune indication, c’est l’âme humaine qui s’y retrouve dans ces sentiers perdus et retrouvé à plus d’un titre

Elghifari
21/09/2012, 19h20
Le silence de l'immensité du désert procure un état d'esprit particulier, disons : incomparable ou magique pour certains...

Elghifari
21/09/2012, 19h22
Je trouve les pensées du grand-père d'Aloha parfaitement justes, pleines de vérités...

postra
21/09/2012, 19h43
Dans cette immensité sans relief
Sauf celles des dos de dromadaires et les sables en dunes
Qui se pavanent en plaine liberté de fortunes
Le soleil absorbant les lacunes
Je n’arrive pas à trouver les mots adéquats à cette perception
Comme l’eau fraiche pour étancher la soif de la sensation
Ici loin en profondeur dans l’aggloméra de machination
Je sirote un café en absorbant les lettres noires d’un journal fadasse
Je ne sais quelles chaines nous retiennent à aller vers ce large jaunasse
L’océan de sables à portée de nos jambes
Avec ces merveilles et son historique qui flambe
Est peut être plus hospitalier que le bleu de l’océan tenace

Aloha
21/09/2012, 22h23
Sublime Postra merci beaucoup !
Merci Morjane :4: et ami Elghifari et toutes et tous ...
Ce n'est mon arrière grand père à moi, le mien était un vrai nomade du désert et je suis originaire du Sahara algérien ... C'est l'arrière grand père de mon épouse qui a énormément écrit et et fait pour le système éducatif de l'Algérie il était historien un des premiers sinon le premier beaucoup de ce qu'il a écrit sur notre pays se trouve à la congres library aux USA peu exploité ni par les Algériens ni par les français ... Heureusement qu'il avait énormément écrit ...
Son écriture est un régal de lecture ... et dans beaucoup domaines

postra
22/09/2012, 15h02
aloha
Un homme comme cela qui a fait un travail comme cela
ne doit pas se faire oublié sous la poussière de l’histoire
Ne lâche pas les bras il faut trouver le moyen de faire connaitre son oeuvre
J’essaye de faire la même chose pour ma région d’origine,
comme beaucoup de personne a contribuer pour explorer et faire connaitre notre savoir et notre littérature populaire

Aloha
23/09/2012, 12h06
Pour Morjane :4: Postra et toutes et tous j'ai scannérisé le sous chapitre d'où vient le petit passage ... Quelques informations fortes importantes sur notre cher pays ... Si vous êtes sur Paris d'aller contempler les tableaux de Gustave Guillaumet je crois bien qu'ils sont au musée d'Orsay maintenant sans parler de Dinet dont les tableaux sont très appréciés sur FA en tant qu'avatars ... Le petit passage que j'avais mis l'autre jour aurait pu être la grille de lecture un choix dans notre architecture et urbanisme ...

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Chut lecture !

"Que l'existence du désert ait communiqué à des hommes cette supériorité, on peut l'expliquer; mais que ces hommes aient été d'abord attirés par le désert, voilà qui risque de surprendre.
C'est que le Désert exerce à peu près inévitablement, sur ceux qui l'approchent et dont l'âme est de quelque qualité, un charme puissant. Un charme qu'il est, certes, bien difficile de définir, et qui contraste étrangement avec l'allure hostile du milieu physique.
Goût de l'aventure, du mystère et des fortes émotions, joie de travailler à des œuvres neuves et belles, liberté de mouvements? C'est, sans doute, un peu de tout cela qu'on trouverait dans la passion du Saharien; mais il y a mieux encore: une sorte d'élévation, de sublimation de l'être intérieur, qui naît de l'horizon même et procure, au moins par moments, ce bien suprême,
la sérénité.

Tous les Sahariens sentent, plus ou moins confusément, cette splendide aumône du désert, et certains, après Fromentin, ont essayé de l'analyser. Témoin cet officier-écrivain, petit-fils de Renan, Ernest Psichari, qui mourut jeune, au début de la guerre contre l'Allemagne, mais trouva le temps
de faire passer dans quelques livres d'un sentiment exquis son fervent amour de l'Afrique et de la vie nomade: « Cette terre, sans caresses et sans baisers, écrit-il par exemple, je commence à en comprendre la vertu. Est-ce l'ivresse de la force? Mais nulle part, certainement, on ne prend possession de soi-même comme ici. Je sens de vieilles choses qui remontent en moi de mon enfance, de plus loin peut-être. Je sais qui je suis... Terre mystique. Terre d'ascètes. Thébaïde. Nous aussi, nous nous purifions, épurons, loin des pourritures modernes, loin de la misère, de la laideur, de l'indigence... On a marché tout le jour, on campe dans le plus sombre lieu de ce pays misérable. Mais qu'importe? Tous les jours, je suis pris un peu plus. Le silence où je m'enfouis, je sens que rien ne pourra plus m'en détacher... »

Mais il n'est pas que les Sahariens de profession pour éprouver, au moins superficiellement, cette séduction du Sahara. Le désert tient une large place dans la sensibilité moderne, il appelle notre curiosité et notre émotion, il inspire, en dehors des spécialistes et selon des formules diverses, maint écrivain d'aujourd'hui, et l'on pourrait citer nombre de romans ou d'études qui l'ont pris pour cadre ou pour thème: tels Pierre Benoît, dans son ensorcelante Atlantide; Mme Bassenne, dans Amélie Tedjani, princesse des Sables ; Chevrillon, dans les Puri¬tains du Désert; Gramain, dans Fana la Nomade; Grandjean, dans Antinéa; Lecoq et Hagel, dans VEmpire du Monde ; Mme Maraval Bertoin, dans les Chants du Hoggar; Pierre Mille, dans le Diable au Sahara, etc..
Les peintres, eux aussi, sont attirés par lui: après Fromentin, et ses « Chasses au faucon », Guillaumet, dont on connaît au Musée du Luxembourg la « Séguia » et la vue de « Laghouat », Dinet, qui s'est vraiment naturalisé Saharien et nous présente les types indigènes dans leur vérité touchante ou sauvage, des jeunes, surtout, de plus en plus nombreux, et qu'on ne peut songer à citer tous, Suréda, Paul-Elie Dubois, Lacobleff, etc..
Les musiciens paraissent un peu moins empressés. Le Désert, de Félicien David, n'était, malgré tous ses mérites, qu'une œuvre assez fade:
un désert « que le soleil remplit de lumière et d'amour » et où chaque grain de sable « chante un hymne ».
Mais c'est là, tout de même, une indication, et l'on peut être assuré que la musique, qui déjà s'intéresse de si près aux « Scènes » algériennes, tunisiennes ou marocaines et aux traditions symphoniques de l'Afrique du Nord, ne tardera guère à faire entrer dans son domaine cette source précieuse de poésie.

Au vrai, nous étouffons dans nos cités étroites et bruyantes,
notre âme s'y débat tristement, use ses ailes à tous les angles comme un oiseau prisonnier: or, nous savons qu'il y a là-bas, au delà de la mer bleue, un pays sans limites, où le soleil se déploie magnifiquement, où les âges du monde se confondent dans une atmosphère d'infini, où le danger ni la souffrance ne comptent pour beaucoup, parce que le rêve les absorbe, et notre cœur bondit vers cette liberté.

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