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Voir la version complète : étrole et gaz les 5 vérités sur les richesses de l’algérie


nacer-eddine06
10/10/2012, 12h05
Un état inquiétant du secteur
Dans une réunion informelle tenue récemment avec des experts nationaux, le ministre de l’énergie et des Mines, Youcef Yousfi, a fait état de ses inquiétudes face à la croissance importante de la demande domestique en produits énergétiques, rapportent des sources concordantes. À ce rythme et dans un scénario de laisser-faire, l’Algérie sera un importateur net de pétrole et de gaz plus tôt que prévu, c'est-à-dire dans dix à vingt ans. Solution face à cette explosion des besoins en énergie : les amendements à la loi sur les hydrocarbures, soumis à l’examen du Parlement durant cette session d’automne. Ce texte, qui constitue un retour à la loi 86-14 très “féconde”, puisqu’elle a favorisé la reconstitution de nos réserves pétrolières et gazières à la fin de années 90 et durant la première moitié de la décennie 2000, comporte une série d’incitations aux compagnies pétrolières internationales en vue de développer le potentiel de gaz de schiste algérien considéré comme l’un des plus importants de la planète, les gisements situés dans les zones à risques : nord et ouest du pays, périmètres offshore, ainsi que les champs difficiles (gaz compact).
Ce plaidoyer, pour un dispositif institutionnel qui semble tourner la page à une gestion catastrophique du secteur pendant une décennie, occulte la question de l’opacité qui entoure le processus de décision dans notre pays. On feint d’ignorer deux motivations qui ont présidé à ces changements : une chute inquiétante de la production de gaz du pays et un recul de l’investissement étranger dans l’exploration en Algérie.
En ce sens, la polémique sur la nécessité ou non de développer le gaz de schiste — atout pour les uns, danger pour les autres — fait oublier l’essentiel : l’état inquiétant de la compagnie pétrolière nationale. Assimilée à la rente dont la logique mine l’économie nationale, Sonatrach fait face à de sérieuses difficultés en matière de relève. Amputée par le départ de centaines de cadres parmi les plus expérimentés (40 spécialistes du forage parmi les plus brillants ayant démissionné durant l’ère Khelil), elle semble tourner le dos à la nécessité de renforcer de façon urgente son management, ses ressources humaines dans son cœur de métier : l’exploration et l’exploitation des ressources pétrolières et gazières et d’acquérir les savoir-faire technologiques qui l’empêchent de s’imposer dans le club des compagnies pétrolières les plus performantes dans le monde. Sonatrach peine également à corriger son image d’entreprise enclavée, isolée de la société, au service non pas de la population, mais d’un groupe restreint de décideurs.
Par ailleurs, l’absence de débat, de véritable concertation avec les spécialistes et les opérateurs du secteur soulève la question de la pertinence des choix stratégiques en matière de politique énergétique. Gel du Haut Conseil de l’énergie, absence d’un modèle de consommation énergétique rationnel, programme d’économies d’énergie peu ambitieux, freinent l’essor du secteur. Du reste, le plan ambitieux de développement des énergies renouvelables ferme curieusement les portes dans sa mise en œuvre à Sonatrach et aux opérateurs privés. Autant de limites de la stratégie énergétique actuelle qui risquent de conduire l’Algérie, si on ne rectifie pas le tir, à de nouveaux désordres économiques et sociaux.
Par : Khaled R.
liberte

nacer-eddine06
10/10/2012, 12h07
Pétrole et gaz

Par : Khaled R.

C’est le constat amer établi par l’expert Mourad Preure qui pointe du doigt la “gestion pour le moins hasardeuse du secteur de l’énergie” depuis une décennie.

Beaucoup de contrevérités circulent actuellement dans la presse sur les richesses de l’Algérie en pétrole et gaz. En vue d’une meilleure compréhension de l’état de nos ressources en hydrocarbures, nous livrons ici la réponse d’un expert de renommée internationale, Mourad Preure, à cinq interogations : situation de nos réserves en pétrole et gaz, notre potentiel en hydrocarbures, l’évolution de la demande domestique, l’importance du gisement de Hassi Messaoud et l’avenir des energies fossiles.
“Nos ressources avérées- lit-on dans ses réponses - sont réelles mais limitées. Seulement 0.7% des réserves pétrolières mondiales (19.3 années de production) et 2.2% des réserves gazières (57.7 années de production). Le potentiel de notre domaine minier, encore insuffisamment exploré, est important. La réalité est aussi que le développement de notre amont s’est sévèrement ralenti ces dix dernières années du fait d’une gestion pour le moins hasardeuse du secteur de l’énergie. Nous en ressentons gravement les effets aujourd’hui avec une contrainte importante de volumes qui se traduit par une baisse de nos productions et exportations, par également les délestages connus cet été ainsi que l’importation désormais structurelle de carburants. Mais je le répète, notre sous-sol est en mesure de satisfaire nos besoins à long terme à la condition que nous rentrions dans les standards modernes en matière d’efficacité énergétique, ce dont nous sommes très loin. Notre croissance reste trop énergétivore et cela n’est bon ni pour nos grands équilibres ni encore pour la gestion à long terme de nos réserves. Assurer notre indépendance énergétique sur les 20 ou 30 années à venir suppose un regard nouveau sur nos ressources mais aussi sur notre consommation, l’un va avec l’autre. 60% de notre demande électrique concerne les ménages contre seulement 10% pour l’industrie. Cela n’est pas tenable car la consommation des ménages, même si elle est nécessaire, est une consommation de confort, non productrice de richesses. Si nous devions nous rapprocher des standards mondiaux en matière d’industrie, il faudra multiplier par 3 ou 4 notre consommation électrique. Donc oui, les réserves existent pour autant que l’on relance sérieusement le développement pétrolier et gazier national, que l’on regarde de près la question des gaz torchés, 6 milliards de mètres-cubes perdus annuellement. Le développement des gisements est en mesure de soutenir une courbe d’offre robuste sur longue période. L’amélioration du taux de récupération peut soulager rapidement, et sans le risque propre à l’exploration, la contrainte d’offre que nous vivons. Lors de sa découverte Hassi Messaoud, classé comme supergéant, avait des réserves en pace de l’ordre de 50 Gbls (pour comparaison, les réserves algériennes sont de 12.2 Gbl et libyenne 47,7 Gbls), seulement 15% des réserves ont été produites avec un taux de récupération de 26%. Si on augmente le taux de récupération de 2 à 3% nous couvrons les besoins nationaux sur plusieurs décennies. Mais il faut aussi reconsidérer totalement et en urgence notre mode de consommation de l’énergie. Il faut agir essentiellement au niveau de l’habitat et des transports. Il faut enfin rééquilibrer notre mix énergétique en faveur des renouvelables qui doivent et peuvent contribuer à hauteur de 40 à 50% des besoins de la génération électrique. Étant producteurs de gaz, nous pouvons promouvoir la solution des centrales hybrides qui est la plus économique et viser à être leader dans ces technologies qui sont celles de demain”.

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