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Iska
27/01/2013, 10h48
Mondo Belmondo




http://www.lequotidien-oran.com/files/spacer.gifCurieux: venu au monde, Belmokhtar conclut qu'il n'a pas de sens ni de notice à 19 ans et que «l'Islam est la solution» puisque la vie est un problème. Il va en Afghanistan selon ses biographes. Il devient militant d'El-Qaïda. De retour en Algérie, il passe sous le sigle des GIA. Puis le GSPC. Puis AQMI. Puis crée une dissidence, comme un bon FLNiste expérimenté en coups d'Etat scientifiques et crée les «signataires par le sang». «Signataires», encore un mot du dictionnaire FLN : ce parti où tout commence par des «signataires» justement. Ensuite, Belmokhtar ne meurt pas. Il tue comme le Marlboro. Les deux ont la même étiquette. De quelle nationalité est-il ? Algérienne. On le reconnaît de loin, justement, à cause de sa capacité de passer d'un sigle à l'autre, comme un bon militant FLN du Nord. Sauf qu'au Nord, on tue l'avenir et lui tue des gens. C'est dire que le nomadisme terroriste existe aussi bien que le nomadisme parlementaire.

Autant que le nomadisme politique. D'où est venu ce bonhomme ? Pas de Libye, pas de Syrie, pas d'ailleurs : de chez nous. Made in et hand made. Comment ? Par l'ennui et l'échec. La différence entre un homme qui s'ennuie en Algérie et un homme qui devient djihadiste est que l'un croit que le ciel lui parle et l'autre que personne ne veut lui parler. Alors l'un tue et l'autre tue le temps. On s'ennuie profondément alors on regarde ce qui nous arrive et on veut hâter la fin du monde. Et Belmokhtar ? On dirait presque ce n'est pas une affaire de religion mais de vengeance quand on regarde son regard d'œil unique. L'homme en veut à quelque chose en lui et dans son ancien pays : il l'a fui mais le pays le rattrape partout. So algerian. Selon Paris Match, l'homme a éclaté en sanglots quand il a revu sa mère il y a quelques années, à l'époque des intermédiaires pour la Réconciliation. « Insensé, insensible, tu l'aimes mais pourtant tu la fuis ». Le groupe français «Sexion d'Assaut». In Amenas, In Algeria. Il a même promis de ne plus tuer et de se repentir comme un gamin. Puis il s'est ennuyé apparemment : comble de cette psychologie que nous vivons tous : il a autorisé certains de ses hommes à se repentir mais lui a préféré continuer. Là on comprend que ce n'est plus le califat qu'il vise, mais surtout à ne jamais revenir à Ghardaïa et se contenter d'un nom et prénom qui ressemblent à un écho, une répétition ou une mauvaise rime: Mokhtar Belmokhtar. Mondo Belmondo.

Ceux qui ont quarante ans aujourd'hui se souviennent de la fin des années 80, de l'ennui, du non-sens et de la religion comme tentation profonde, du FLN comme père violeur. Belmokhtar est aussi le produit de la RTA, de Alhane oua Chabab, du Chadlisme bananier, du puritanisme, de la SM, de l'autorisation de sortie, des coupe-ongles dans les Souks El Fellah vendus avec le beurre, de l'importation des cheikhs égyptiens et des livres saoudiens et de l'école, de l'émission « les 5 énigmes ». Ce n'est pas une excuse bien sûr, mais juste des pistes pour biographes. Cet homme en veut même à lui-même. La fameuse haine de soi, par l'autre. Celle qu'on nous a mise dans la tête à 19 ans. Son rêve ? Que Mokhtar tue Belmokhtar. Ou l'inverse. Une violence intime. Comme celle de presque tous les Algériens.


par Kamel DAOUD


Le Quotidien d'Oran

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